A la rentrée 2021, il y a près d’un an et demi, 13% des responsables RH sondés par le cabinet de conseil en transformation numérique Axys Consultants affirmaient avoir déjà mis en œuvre des solutions d’intelligence artificielle (IA). Un gros tiers supplémentaire avait commencé à travailler sur le sujet. Parmi les 162 professionnels questionnés, issus d’entreprises de toutes tailles, le pourcentage de ceux pour lesquels le sujet n’était pas du tout à l’ordre du jour s’élevait à 48%, en net recul par rapport à 2019.
L’élan ne devrait pas s’arrêter là. «L’IA est la technologie qui va continuer à porter les tendances concernant les RH, a estimé Samuel Tamba, de LinkedIn France, lors d’un événement récent organisé par le cabinet de conseil Parlons RH. C’est la technologie la plus mature déjà présente dans les systèmes d’information RH, que ce soit pour le sourcing des candidats ou pour les enquêtes d’engagement.»
Alstom utilise l'IA pour la mobilité interne
Globalement peu sophistiqués, les outils d’IA déjà déployés par les équipes RH servent principalement à la pré-sélection de CV à partir de mots-clés, à la génération automatisée de documents ou à l’automatisation de tâches administratives. Jusqu'ici plutôt centrée sur l’expérience candidat et le gain de temps pour le personnel RH, l’intelligence artificielle pourrait se tourner de plus en plus vers l’amélioration et la personnalisation de l’expérience du salarié, notamment pour faciliter sa mobilité interne.
Le géant du ferroviaire Alstom a par exemple mis en place un outil boosté à l’IA qui permet aux salariés de déclarer des compétences qu’ils possèdent et dont l’entreprise n’a pas forcément connaissance. Ces compétences peuvent provenir d’activités extérieures au monde du travail, pour un salarié qui serait manager d'un club de foot ou comptable dans une association, par exemple. L’outil fait ensuite coïncider les compétences déclarées avec les postes à pourvoir au sein de l’entreprise. «A partir du moment où un salarié a 60% des compétences requises pour un job, il reçoit automatiquement le push de l’annonce. Cela permet de créer une mobilité dans la tête des collaborateurs et aussi de secouer les managers», a détaillé Jérôme de Grandmaison, le vice-président d’Alstom en charge de la gestion des talents, lors d’un rendez-vous récent du Top Employers Institute.
Besoin de formation pour les RH
Si l’IA semble gagner le match des technologies dans les RH, c’est aussi parce que le métavers reste «la technologie la moins mature pour les RH», selon Samuel Tamba. Ce concept est pour l’instant plutôt limité à l’onboarding virtuel des candidats. Pour Samuel Tamba, la blockchain a davantage de potentiel, dans la traçabilité des compétences et la gestion des communautés notamment.
La montée en puissance de ces technologies ne sera en tout cas pas anodine pour les fonctions RH. «Elles vont devoir se former afin de pouvoir jouer le rôle de confiance dans le choix des outils, déclare Mathilde Le Coz, la DRH France de Mazars, dans le Cahier de tendances 2023 publié par Parlons RH. Ce n’est pas à la DSI de choisir les outils métiers de la fonction RH.» Un nécessaire travail d’audit est par ailleurs à faire pour être en conformité avec le règlement européen sur la protection des données. De quoi susciter encore une certaine appréhension dans le déploiement de ces outils dans les entreprises.



