Vantée par ses promoteurs comme un moyen de mieux concilier la vie personnelle et professionnelle, d’augmenter la productivité et de créer des emplois, la réduction du temps de travail revient sur le devant de la scène en Europe. A commencer par l’Espagne, où le projet de budget 2022 alloue 10 millions d’euros à l’accompagnement d’entreprises qui expérimenteraient la semaine de quatre jours. En début d’année, le syndicat allemand de la métallurgie, IG Metall, en avait déjà posé les premiers jalons lors des négociations sur les salaires.
De l’autre côté des Pyrénées, la région de Valence fait figure de pionnière. Celle-ci prévoit de présenter dès cet automne ou cet hiver son projet de semaine de quatre jours sans perte de salaire, selon El Independiente. Le média espagnol rapporte que la Généralité valencienne devrait compléter le salaire – et donc l’éventuel manque à gagner pour les entreprises volontaires – à 100% la première année, 50% la deuxième et 25% la troisième, jusqu’à ce que la productivité devienne suffisante avec la semaine de quatre jours.
La CGT en ordre de bataille sur les 32 heures
Quid de la France ? Dans notre pays aussi, l’idée d’une réduction du temps de travail infuse. Jeudi 14 octobre, la CGT a relancé son opération de communication pour la semaine de 32 heures sans baisse de salaire et avec obligation de création d’emplois. Selon Philippe Martinez, le secrétaire général du syndicat, une telle mesure pourrait générer environ deux millions d’emplois, public et privé compris. Pour la CGT, le format de cette campagne ne date pas d’hier. Il remonte… à 2016 !
La résurgence de ce sujet à l’approche de l’élection présidentielle n’est sûrement pas anodine. A gauche de l’échiquier politique, la plupart des partis posent la question du temps de travail. L’écologiste Sandrine Rousseau a défendu le 12 octobre sur BFMTV la semaine de quatre jours et les 32 heures avec « réduction de salaire pour les plus hauts salaires » et une « compensation pour les salaires les plus faibles ». Deux jours plus tôt sur France 3, Anne Hidalgo a, elle, estimé que « reposer la question du temps de travail [était] à peu près une évidence ». La candidate socialiste renvoie toutefois le sujet aux négociations de branches.
L'exécutif pas convaincu
Ces prises de position tranchent avec la déclaration d’Emmanuel Macron, qui a affirmé lors de la présentation du plan France 2030 que l'Hexagone était « un pays qui travaille moins que les autres en quantité » avec « une quantité de travail allouée qui n’est pas au bon niveau à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulés ». Une affirmation sujette à controverse.
Pour une partie de la gauche, la question de la réduction du temps de travail semble être aussi une opportunité d’orienter davantage le débat politique sur le terrain du social. Mais tous ne sont pas sur cette ligne. Arnaud Montebourg estime ainsi que « les 32 heures, c'est le nouvel ennemi de la feuille de paye parce qu'on ne pourra pas diminuer le temps de travail et augmenter les salaires ».



