Chronique

[Chronique éco] Préparez-vous à la «greenflation»

La hausse des prix de l'énergie emporte l'Europe dans un cycle inflationniste qui ne devrait pas se tarir à cause d'un phénomène plus structurel, que l'économiste, membre du directoire de la BCE, Isabel Schnabel, appelle la « greenflation ». Il s'agit des coûts entraînés par la transition énergétique et écologique.

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Eolienne
La transition écologique entraînera de l'inflation, un phénomène que l'économiste Isabel Schnabel, appelle la « greenflation ».

En France, l’inflation a poursuivi sa hausse en avril, avec un taux de 4,8% sur un an. La zone euro subit elle aussi une envolée à cette même date de 7,5%, selon Eurostat. Et notre grand voisin, l’Allemagne affronte un taux de 7,4%, un niveau inédit depuis 30 ans dans ce pays. En Europe, la poussée inflationniste est largement alimentée par la hausse des prix de l’énergie, que la guerre en Ukraine a accélérée. Aux Etats-Unis, au-delà des prix de l’énergie, c’est l’ampleur des plans de relance, la désorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales après l’épidémie de Covid, et les pénuries de compétences, qui ont alimenté le phénomène.

L’économie mondiale est entrée dans une phase inflationniste, qui n’est sans doute pas près de s’arrêter. A cela deux raisons principales qui n’ont aucune raison de se tarir. La première relève de ce qu’Isabel Schnabel, économiste et membre du directoire de la BCE, appelle la « fossilflation », l’inflation due aux fossiles. Le 11 mars, alors qu’en février 50% de l’inflation de la zone euro était déjà due à la hausse des prix de l’énergie, elle déclarait que « les embargos sur les importations de pétrole russe imposés par les États-Unis et le Royaume-Uni, ainsi que le projet de la Commission européenne de réduire de deux tiers les importations de gaz russe d'ici à la fin de l'année, signifient que l'inflation fossile, et ses répercussions plus larges sur les autres prix des intrants et des extrants, devrait rester un facteur important de l'inflation globale et sous-jacente dans un avenir prévisible ». Aujourd'hui, c'est l'Union européenne qui se prépare à déclarer un embargo progressif sur le pétrole russe.

La « greenflation », pour refroidir le climat

Mais Isabel Schnabel pointait aussi dans ce discours un autre choc propre à alimenter la hausse des prix : la « greenflation ». C’est une tendance sur laquelle alertent, depuis quelque temps déjà, de nombreux économistes et gestionnaires d’actifs. Pour refroidir le climat, l’économie entre en surchauffe. La transition écologique, contribue à rendre les prix des fossiles plus chers, avec une taxe carbone et des coûts financiers pour les producteurs qui s’élèvent, et la perspective d’actifs échoués si les réglementations se durcissent. Mais elle implique aussi une évolution coûteuse de l’appareil de production.

D'une part, il faut investir pour décarboner les processus de production. D'autre part, les nouveaux produits nécessitent des minéraux et matériaux que le monde ne produit pas encore dans des quantités suffisantes. « Une centrale éolienne en mer consomme plus de sept fois la quantité de cuivre nécessaire à une centrale à gaz » illustre Isabel Schnabel. Par ailleurs, même si l’économie circulaire se développe, elle ne dispose pas toujours d’assez d’intrants à retraiter. Concernant les batteries de véhicules électriques, Christel Bories, présidente du Comité stratégique de filière mines et métallurgiques, expliquait au Sénat en 2019 : « Nous attendons de grandes quantités, environ 50 000 tonnes, à recycler à partir de 2027, et plus encore sans doute en 2030 ».

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Les biens industriels à la hausse

Le développement durable promet donc une inflation durable. Et il n’y a pas que les économistes qui alertent sur ce sujet. Dans le JDD, le 30 avril, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, estime qu’il faut inventer « un capitalisme décarboné » en reconnaissant que l'essor des technologies vertes « entraînerait une hausse des prix des biens industriels dans de nombreux secteurs, dont le logement ». Dans ce contexte, la Banque centrale européenne n’est pas prête à abandonner son principal mandat en rehaussant sa cible d’inflation.

« Lorsqu'il s'agit de faire avancer l'agenda vert, la politique budgétaire doit rester aux commandes […] en concentrant et en accélérant les investissements publics dans les infrastructures et les technologies vertes», tranche Isabel Schnabel.Il semble que même si les Etats et les marchés mettent la main à la poche pour financer cette révolution de l’appareil productif, il va falloir apprendre à vivre un moment dans ce cycle haut d’inflation. Jusqu'à ce que les investissements produisent leurs effets et nous ramènent sur une voie à la fois plus écologique et plus sobre... A une échéance qu’il est encore difficile de prévoir.

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