Voilà un phénomène que l'on n’avait pas vu venir. Des chercheurs américains s’installent… en France ! C’est un mouvement discret mais symbolique : l'Hexagone se prépare à accueillir des scientifiques américains en rupture avec leur pays. Rien à voir avec des vacances ou une conférence, ils viennent mener leurs travaux de recherche ici, à long terme. Certains sont poussés vers la sortie par les coupes budgétaires ou à cause de sujets de recherche devenus tabous. Plusieurs universités françaises ont décidé de leur tendre la main. Aix-Marseille a ouvert le bal début mars, et maintenant CentraleSupélec et l’Université PSL s’y mettent aussi.
La fondation de CentraleSupélec met ainsi sur la table un fonds de 3 millions d’euros. Objectif : accueillir des chercheurs de haut niveau, leur permettre de reconstituer une petite équipe, de s’équiper, de s’installer... Et si le fonds s'avère efficace, il pourrait même être renforcé avec le soutien d’anciens élèves français.
PSL – qui regroupe l’ENS Ulm, les Mines de Paris ou encore Chimie ParisTech – va de son côté ouvrir ses laboratoires à 15 chercheurs et post-docs américains. Priorité aux grands sujets stratégiques : le climat, la santé, l’intelligence artificielle et les sciences sociales. Autant de sujets devenus irritants pour le gouvernement Trump. Soit par désintérêt de l'administration, soit parce que les travaux de ses chercheurs ne vont pas dans le sens du récit que tente d'établir le président, en dépit de toute rationalité scientifique. Ce qu’ils cherchent ici, c’est un espace où ils peuvent continuer à produire, publier, enseigner, sans pression.
Un message envoyé au reste du monde
Si la France fait, ce n'est pas par pure solidarité. Il y a aussi un but mercantile. Accueillir les cerveaux américains, c'est une manière d’attirer des compétences, de renforcer nos écosystèmes de recherche, et d'envoyer un message aux autres pays du monde sur ce que nous voulons être : un pays où la science a encore toute sa place.
Le ministère de la Recherche consulte en ce moment les universités françaises pour voir comment accompagner le mouvement. Comme nous a confié une des personnes actives dans ce dossier : si dix prix Nobel cherchent à nous rejoindre, nous saurons trouver les moyens de les accueillir ! L’idée d’un fonds européen d’accueil d’urgence commence à émerger. Mais cela reste symbolique. La France a perdu énormément de chercheurs partis aux USA... faute de moyens suffisants pour les retenir.



