Etude

Dans le monde, les entreprises se basent largement sur des articles scientifiques étrangers pour leurs brevets

Les entreprises se basent largement sur les contributions scientifiques étrangères, souligne une étude du groupe de réflexion La Fabrique de l’industrie publiée ce jeudi 13 mars. Si les États-Unis restent les champions des publications scientifiques et des dépôts de brevets, la Corée du Sud et le Japon performent singulièrement en innovations de rupture.

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Entre 80 et 90% des publications citées par les déposants de brevets de dix pays membres de l’OCDE – dont la France – proviennent de l’étranger. (illustration)

Plus de deux tiers des articles scientifiques cités par des entreprises déposantes de brevets dans le monde proviennent de l’étranger, selon une étude publiée par le groupe de réflexion La Fabrique de l’industrie ce jeudi 13 mars. Dans le détail, entre 80 et 90% des publications citées par les déposants de brevets de dix pays membres de l’OCDE – dont la France – proviennent de l’étranger. Ce taux fluctue entre 65 et 80% aux États-Unis et entre 60 et 70% en Chine.

 «Nous observons une très grande mobilité de la connaissance dans le monde», souligne Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l’industrie. Après avoir disséqué une centaine de milliers de brevets et autant d’articles scientifiques liés à douze technologies de pointe (ordinateur quantique, acier bas-carbone, photovoltaïque…), l’institut note des taux semblables dans la littérature académique : lorsqu’ils citent des brevets, les scientifiques font majoritairement référence à des innovations effectuées à l’étranger.

«On peut avoir la tentation de bâtir des instruments essentiellement territoriaux, comme à Grenoble ou sur le plateau de Saclay dans le cas de la France, parce qu'on veut améliorer, pâté de maison par pâté de maison, la qualité de l'interaction entre les acteurs de la science et ceux de l'innovation. Sans nier l’importance de l'effet machine à café, ce qui est décisif, c’est d’aller chercher la science à l’étranger», pointe Vincent Charlet.

L’ouverture internationale des États-Unis

Ce constat est particulièrement vrai aux États-Unis. En tête de la recherche mondiale, le pays nord-américain publie 37% des articles cités par les brevets. Pourtant, «les déposants de brevets [des États-Unis] vont davantage chercher leurs sources scientifiques à l'étranger, en Allemagne ou en France par exemple», pointe Vincent Charlet. Au bout du compte, le pays nord-américain cite plus d’articles étrangers dans ses brevets que ses publications scientifiques ne sont elles-mêmes citées par des entreprises internationales.

L’étude constate également une baisse de régime entre les publications scientifiques et les dépôts de brevets aux États-Unis. Alors que le géant américain publie plus de 37% des articles cités par des brevets dans le monde, il dépose près de 25% des brevets de rupture. L’étude observe la même tendance en France, au Royaume-Uni ou encore en Chine. «Aux États-Unis, l’effet volume est tel que le pays reste dominant de toute façon dans les innovations de rupture», constate Vincent Charlet.

Montée en puissance en Corée du Sud et au Japon

La Corée du Sud et le Japon affichent, eux, une tendance atypique. Alors que ces deux pays publient 15% des articles cités par des brevets dans le monde, ils déposent 33% des innovations de rupture. «Les politiques industrielles de ces deux pays semblent assumer une forme de planification, qui serait acceptée et adoptée par les acteurs économiques», avance prudemment le délégué général.

L’étude pointe, enfin, le rang «décevant» de la France dans les innovations de rupture. Dans une précédente étude, publiée en 2023, l'Hexagone est absent des quatre plus gros apporteurs de dépôts de brevets dans les douze technologies les plus en pointe. De son côté, la Corée du Sud – au PIB inférieur à la France – figure en troisième position de six de ces technologies (nanoélectronique, ASN messager ou encore batterie).

«Les entreprises françaises n’ont pas à rougir de leur niveau d’investissement dans la R&D, qu’elles soient dans l’automobile, l’aérospatial ou encore la santé. Mais le tissu industriel français se compose d’un grand nombre de secteurs faiblement innovants dans les technologies de pointe», explique Vincent Charlet.

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