Ces entreprises espagnoles qui testent la semaine de quatre jours

Le gouvernement espagnol promeut (timidement) la semaine de 32 heures. Les entreprises industrielles ne sont pas encore convaincues.

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AFP NE PAS REUTILISER siège Desigual
A Barcelone, les salariés de Desigual ont voté en faveur de la semaine de travail de quatre jours à l'automne 2021.

Les salariés de Desigual ont de la chance, et pas seulement parce que le siège de leur entreprise se trouve en face de la plage à Barcelone. Depuis septembre 2021, ils ne travaillent plus le vendredi. Les employés de la marque connue pour ses vêtements bariolés ont voté en faveur de la semaine de quatre jours. «86% des gens ont dit oui à cette mesure», explique Josefina Muñoz, employée au marketing. «C’est agréable de savoir que le vendredi on peut rester à la maison».

Chez Desigual, les employés du siège travaillent désormais 34 heures par semaine au lieu de 39 heures et demie. «Ça me permet d’aller rendre visite à ma famille qui ne vit pas à Barcelone. C’est donc très positif», remarque Manuel Diaz, salarié. «Et puis je compte faire des choses pour moi-même, comme suivre un cours par exemple. Je remarque aussi qu’on est beaucoup plus concentré au bureau. On fait moins de pause et on est plus productifs en général.» Mais cette réduction du temps de travail s’est accompagnée d’une baisse des salaires de 6,5%.

C’est la principale différence avec le projet pilote du gouvernement espagnol : la semaine de 32 heures testée dans 160 entreprises depuis plus d’un an ne s’accompagne pas de baisses de rémunération. En Andalousie, Delsol, une entreprise spécialisée dans la conception de logiciels, applique cette semaine de 32 heures sans couper dans les feuilles de paye depuis trois ans. «On a augmenté notre productivité et notre chiffre d'affaires a progressé de près de 20%, constate Ana Aroyo, responsable des ressources humaines. Et puis on avait un problème d’absentéisme. Avec ces nouveaux horaires, il s’est réduit de 28%».

Soutien financier de l'Etat

Après avoir lancé une première phase de test, Madrid a élargi son projet pilote aux PME du secteur industriel. Aux 50 millions mis sur la table au départ, s’ajoutent 10 millions d’aides à destination des entreprises de moins de 250 salariés qui sont prêtes à se réorganiser. Si au moins un quart du personnel s’engage dans le plan pour réduire d’au moins 10% son temps de travail sur une durée de deux ans, alors l’entreprise pourra toucher jusqu’à 200 000 euros d’aide. Autrement dit, les PME qui passent à la semaine de quatre jours, sans toucher aux salaires, sont aidées par l'État.

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Mais pour le moment, la semaine de quatre jours séduit surtout les entreprises de services et notamment celles des nouvelles technologies. «Jusqu’à présent, toutes les expériences viennent du tertiaire», admet Joan Sanchis, économiste, auteur du livre "Quatre jours. Travailler moins pour vivre dans un monde meilleur". «L’industrie est un secteur plus conservateur et ses processus sont beaucoup plus rigides et complexes. Cela explique cette hostilité au départ. Malgré tout, il y a un intérêt de l’industrie pour la semaine de quatre jours. Et puis regardez en Allemagne : le syndicat IG Metall défend la semaine de 4 jours pour maintenir des emplois »

Pour ce professeur d’économie à l’Université de Valence, la réduction du temps de travail dans l’industrie ne représente que des atouts. «Cela va améliorer la productivité : si les salariés sont mieux dans leur tête et dans leur corps, ils travaillent mieux. Et puis on aura moins d’accidents du travail». Cet avocat de la semaine de quatre jours avance un dernier argument : «c’est aussi un geste pour l’environnement, en réduisant la mobilité».

Risque de baisse des salaires

Mais la semaine de 32 heures est encore loin de faire l’unanimité en Espagne et la gauche au pouvoir n’en fait pas un objectif prioritaire. Les syndicats majoritaires non plus. Le gouvernement a d’ailleurs renoncé à utiliser les fonds du plan de relance européen pour financer le projet pilote. Pire, dans certaines entreprises, le projet s’est soldé par un échec comme chez le géant Telefonica. 1% seulement des salariés du groupe ont voté en faveur de la semaine de 4 jours. Le projet a rapidement été abandonné. «C’est normal, ça impliquait une baisse de salaire de 16% !, indique Joan Sanchis. Parfois, la semaine de 4 jours sert d’excuse pour précariser les employés».

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