« Non, le lieu de travail ne pèse pas pour 29% dans les contaminations », s’est ému Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, sur l’antenne d’Europe 1 le 20 mars. Dans son discours du jeudi 18 mars annonçant de nouvelles mesures sanitaires, Jean Castex a affirmé que 29% des contaminations au Covid se faisaient en milieu professionnel. Il s'est trompé. Pourtant ce chiffre est repris partout… Le Premier ministre a évoqué l’enquête de l’Institut Pasteur publiée le 8 décembre, qui n’est pas la dernière.
Celle-ci portait sur des contaminations relevées durant la deuxième quinzaine d’octobre (période de couvre-feu) et prenait en compte 25 600 personnes contaminées hors personnels soignants. 44% des personnes avaient identifié la personne qui les avait contaminées. Dans ce cas, il s’agissait à 35% d’une personne appartenant au foyer familial (conjoint ou enfants), à 65% d’une personne hors du foyer. Et parmi ces sources hors foyer, 29% sont d'origine professionnelle.
Cette enquête ComCor sur les sources de contamination a été mise à jour le 1er mars 2021. Elle porte désormais sur 77 208 malades (hors personnels soignants) identifiés entre le 1er octobre et le 31 janvier 2021, et couvre donc une variété de situations : période de couvre-feu ou de confinement, fêtes de fin d’année, début 2021. Son échantillon, plus large, est plus sûr. Cette fois aussi, 45% des malades savent identifier la personne qui les a contaminés. Dans ce cas, il s’agit à 42% d’une source interne au foyer, à 58% d’une personne extérieure au foyer. Et parmi ces personnes extérieures au foyer, 27% sont des contacts professionnels.
Interrogé sur cette apparente erreur du Premier ministre, l’Institut Pasteur répond que le bon chiffre à retenir pour savoir quel est le pourcentage de contaminations ayant une source professionnelle, est, dans son étude de mars 2021, 27% des 58% de sources hors foyer, soit 15%. En décembre, cette part était donc de près de 19%.
Un pourcentage parmi les seules contaminations dont l'origine est connue
Avec une nuance importante à garder en tête: il s’agit uniquement de la part des contaminations dont l’origine est connue, soit moins de la moitié. Impossible d’extrapoler ce pourcentage aux 55% de contaminations dont l’origine reste non identifiée.
C’est pourtant ce qu’a fait le secrétaire d’Etat aux retraites et à la santé au travail, Laurent Pietraszewski. Après avoir subi les remontrances des organisations patronales lors de la visioconférence du lundi 22 au soir, il a cru bien faire en corrigeant le chiffre avancé par le premier ministre. Sur BFM TV, mardi 23 mars, il a déclaré que les contaminations « qu’on peut attribuer à l’entreprise sont, au regard de toutes les contaminations constatées, de l’ordre de 7 à 8 % ». L’enquête de l’Institut Pasteur cite effectivement ce chiffre : parmi l’ensemble des contaminations, seules 7 à 8% ont été identifiées comme ayant une origine professionnelle. Mais il y en a forcément d’autres parmi les 55% de contaminations dont la source n'est pas connue, sans que l’on sache quelle part.
L’étude Pasteur révèle d’autres enseignements intéressants : la première source de contamination en milieu professionnel est la cantine ou la cafétéria. D’où le tour de vis données aux règles sanitaires dans la restauration collective, présenté le 22 mars au soir par le ministère du Travail aux partenaires sociaux. Et l’incitation encore plus forte à recourir au télétravail. C’est sûr que si les salariés ne peuvent plus déjeuner dans de bonnes conditions, ceux qui le peuvent opteront peut-être plus pour le télétravail et un repas maison…



