Brenus Pharma créée des vaccins anti-cancéreux à base de fantômes de cellules tumorales

Brenus Pharma s’appuie sur des lignées cellulaires cancéreuses pour leur faire exprimer jusqu’à 200 antigènes et constituer des vaccins dans les tumeurs solides. Implantée à Clermont-Ferrand et Lyon, la biotech prépare un premier essai clinique et vient de lever 22 millions d’euros.

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La biotech française Brenus Pharma développe des vaccins thérapeutiques pour traiter en première ligne des tumeurs solides. Les premiers essais cliniques se concentreront sur le cancer colorectal.

C’est une histoire de fantômes. Brenus Pharma a développé une plateforme propriétaire baptisée STC pour «stimulated-tumor-(ghost)-cell», littéralement cellule fantôme tumorale stimulée. Fondée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) mais implantée à Lyon (Rhône), cette société de biotechnologies développe des vaccins thérapeutiques contre des tumeurs solides. Son produit le plus avancé cible le cancer colorectal métastatique, qui atteint 2 millions de personnes supplémentaires par an dans le monde pour un taux de survie à 5 ans ne dépassant pas 12%.

Un premier essai clinique, de phase I/II, doit démarrer avant la fin 2024 et être déployé en France, en Belgique ainsi qu’aux Etats-Unis. Le 18 septembre, Brenus Pharma a annoncé la finalisation d'une levée de fonds d’un total de 22 millions d’euros, un montant plutôt élevé pour un premier tour de table, mené par le fonds d’investissement lyonnais Angelor avec des investisseurs français, belges, ainsi que Bpifrance à travers l’appel à projets Biothérapies du plan Santé 2030

Rendre la vue au système immunitaire

Armé de plus de 20 brevets, Brenus Pharma n’est pas le premier acteur venu dans le domaine des vaccins anti-cancéreux. Mais cette société de 15 salariés se décrit comme la seule biotech au monde sur son créneau technologique contre les tumeurs solides.

Fondée en 2020, elle part du principe que de nombreuses cellules tumorales échappent à la surveillance du système immunitaire en raison de leur évolution dans l’organisme, en particulier via leur adaptation face aux traitements, comme les chimiothérapies. Ce qui entraînerait actuellement l’échec de 90% des traitements pour les tumeurs solides à cause des rechutes. Son objectif : «rendre la vue au système immunitaire et de lui donner un coup d’avance», explique Paul Bravetti, directeur général de Brenus Pharma.

Accélérer l'évolution des cellules cancéreuses

Sa plateforme part de lignées cellulaires cancéreuses, lesquelles sont «bombardées de chimiothérapie» pour accélérer leur cycle d’évolution et «leur faire exprimer leurs signatures de résistance», détaille Paul Bravetti. «Nous mettons ensuite des balises sur ces signatures puis on inactive ces cellules. Elles deviennent alors des fantômes de cellules tumorales qui vont permettre d’armer le système immunitaire.» La biotech parvient actuellement à identifier jusqu’à 200 antigènes pour constituer ses vaccins. Un chiffre particulièrement imposant au regard des vaccins traditionnels qui comportent seulement, au maximum, moins d’une dizaine d’antigènes. Cette multiplication des cibles permet d’anticiper les évolutions des cellules cancéreuses et de préparer le système immunitaire à s’adapter au fur et à mesure.

Cette technologie serait efficace même en première ligne de traitement, en complément de la chimiothérapie. Ce qui permet au système immunitaire de traquer les cellules tumorales qui évolueraient entre deux séances de traitement. Techniquement, dans le cadre de son premier produit contre le cancer colorectal, baptisé STC-1010, la posologie à l’étude dans les premiers essais cliniques serait une série d’une injection une fois par semaine pendant huit semaines, suivie d’un rappel au bout d’un mois, puis de nouveaux rappels tous les six mois. Brenus prévoit pour ce premier produit d’éventuels élargissements à d’autres tumeurs gastriques, comme des cancers du pancréas et du foie. Par ailleurs, la biotech développe un second vaccin, le STC-1020, pour lequel les cibles thérapeutiques ne sont pas encore définies, toujours contre des tumeurs solides.

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