Les salles de production ne sont pas encore sous atmosphère stérile, ce qui permet les allées et venues des journalistes, clients et invités de Sanofi qui a inauguré mardi 10 septembre son usine de Neuville-sur-Saône (Rhône). Parmi eux, Emmanuel Macron, le président de la République, venu constater que la France disposait enfin d’une usine apte à produire des vaccins en cas de nouvelle pandémie. Il a salué "la force et le courage de l'industriel de reconvertir ce site historique en usine d'avenir".
Le géant français du médicament a investi 500 millions d’euros dans cette unité de 24000 m² (dont 240 millions d'euros apportés par l'Etat sur l'enveloppe des investissements d'avenir) construite sur un site existant. Le projet baptisé Modulus date de 2018, la première pierre a été posée en 2020. «Dans deux mois, quand les salles blanches et les matériels seront qualifiés par les autorités de santé, nous serons capables de produire quatre vaccins simultanément», explique Thomas Triomphe, directeur de la branche vaccin de Sanofi, qui estime la capacité de production à 500 millions de doses par an dans les technologies des ARN messager et des vaccins viraux vivants atténués.
Trois vaccins en approche
«Le coeur du réacteur de l’usine», selon Anne-Laure Boulet, responsable de la gestion du projet de Neuville-sur-Saône, est une grande salle de près de 200 mètres de long au premier étage du bâtiment. A l’entrée, un robot de désinfection des opérateurs a été conçu avec des PME de la région. En entrant, les machines sont espacées. Beaucoup sont sur roues. «Nous avons imaginé 34 pôles de production indépendants, les parois et la plupart des machines sont amovibles, y compris les cuves, afin de renforcer la modularité», décrit Anne-Laure Bouchet.
Cette modularité «révolutionnaire», selon Audrey Duval, présidente de Sanofi France, permettra de produire quatre vaccins simultanément, ce qui est inédit dans l’industrie pharmaceutique, selon la dirigeante. L’objectif est de pouvoir changer de production en 7 jours au maximum, «ce qui n’est pas évident dans la technologie des vaccins à partir du vivant», souligne-t-elle. Pour aider la production à opérer des transitions aussi rapides, l’usine est munie de 10.000 capteurs, soit 10 millions de points de données par jour. L’objectif premier est de répondre aux obligations de traçabilité des médicaments, mais aussi d’informer en temps réel sur la production et d’assurer une maintenance prédictive.
Le nouveau bâtiment a été recouvert de 2500 m² de panneaux solaires, contribuant à assurer 10% de la consommation électrique du site.
Sanofi dispose de trois vaccins en phase 3 actuellement, la période de tests qui précède l’autorisation de mise sur le marché. Ils pourraient entrer en production à Neuville-sur-Saône dans les mois qui viennent. Il s’agit d’un vaccin ARN messager contre la bronchiolite et les infections virales ; un vaccin contre la septicémie provoquée par la bactérie Escherichia coli pour les personnes âgées et enfin un vaccin intranasal pour les enfants de 1 à 5 ans contre les maladies respiratoires.
A Neuville-sur-Saône, Sanofi produit déjà des vaccins contre la fièvre, la rage et la rougeole, avec une équipe de 160 salariés. La nouvelle unité de biomédicaments emploiera 200 personnes à terme. 135 créations d’emplois sont prévues pour un effectif global qui atteindra 320 collaborateurs lorsque la production aura atteint son rythme de croisière.



