Enquête

Big bang des métiers dans la métallurgie

Les 42 000 entreprises de la branche déploient leur nouvelle convention collective en classant 1,6 million d'emplois. Un travail titanesque mais prometteur.

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78 conventions collectives de la métallurgie ont été fondues en un seul texte.

« L'ancienne convention était illisible, je ne l’ai jamais lue ! La nouvelle sera un bon outil de pilotage de mes ressources humaines. » Maxime Frachon, le président de la PME de fabrication de circuits imprimés Cirly, dans le Rhône, pousse son enthousiasme jusqu’à qualifier la nouvelle convention collective de la métallurgie de « ludique » ! « La nouvelle classification des métiers tient compte de critères nouveaux, comme l’engagement, la communication, l’autonomie… Des compétences tellement critiques, aujourd’hui ! », salue le jeune dirigeant de 44 ans de l’entreprise de 23 salariés. Accompagné par l’UIMM locale, l’organisation patronale de la métallurgie, il a commencé à rédiger des fiches emploi, qui n’existaient pas. « Cela nous oblige à réfléchir aux attendus de chaque poste », se félicite-t-il. Le 7 février 2022, après huit ans de discussions, trois organisations syndicales de la métallurgie (CFDT, CFE-CGC, FO) et l’UIMM ont signé un nouvel ensemble de textes conventionnels, sans la CGT. Soixante-dix-huit conventions collectives, dont 76 territoriales, ont été fondues en un seul texte de 230 pages au lieu de... 7 000.

Les entreprises ont jusqu’au 1er janvier 2023 pour mettre en conformité leurs accords de protection sociale et un an de plus pour s’adapter au nouveau texte sur le temps de travail, la santé, la formation… Avec un gros morceau : la nouvelle classification des emplois. Les 42 000 entreprises de la métallurgie doivent faire entrer leur 1,6 million de salariés dans des classes d’emploi totalement redéfinies, qui figureront sur les bulletins de paie de janvier 2024. Un travail colossal, auquel les grands groupes s'attellent depuis un an, quand beaucoup de PME tardent à s’y mettre. Chaque emploi de l’entreprise doit être coté à partir d’un référentiel qui évalue six compétences sur une échelle de 1 à 10. Un niveau 5 en connaissances techniques rapporte autant de points (5) qu’un niveau 5 en communication. Une révolution ! À chaque emploi correspond donc un total de points, de 6 à 60. Les emplois aux cotations proches sont regroupés, pour aboutir à 18 « classes d’emploi » correspondant à 18 salaires minimaux. Les diplômes ne sont plus pris en compte, les catégories ouvriers et Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise) disparaissent, celle des cadres est maintenue. Ça bouscule !

Apporter de l’équité

« Les partenaires sociaux ont conçu un texte extrêmement novateur dans sa philosophie », souligne Vincent Mackie, le directeur des affaires sociales de Safran. Son groupe y voit l’occasion de « mettre de la cohérence » entre ses différentes entités. « Un emploi doit être coté de la même façon dans toutes les filiales, ce qui apportera de l’équité et favorisera les mobilités », poursuit-il. Vingt-cinq groupes de travail, correspondant à 25 ensembles de métiers, réunissent des managers et RH venus d’au moins cinq filiales. « La nouvelle classification donnera plus de visibilité aux salariés sur les progressions de carrière fondées sur la mobilité professionnelle. »

Airbus a commencé dès septembre 2021 et a créé 2 500 fiches emploi. Dans les métiers du supply management, par exemple, celui d’acheteur peut relever de la classe 12, 14 ou 16. Entre septembre et décembre 2022, la direction positionne chacun de ses 50 000 emplois de France sur l’une des 2 500 fiches. Début janvier, chaque salarié recevra sa fiche, avec le détail de sa cotation, qu’il pourra discuter. Airbus et ses syndicats ont décidé d’utiliser ce chambardement pour remettre à plat les 170 accords d’entreprise. « Notre objectif est de simplifier, moderniser, et harmoniser nos différentes structures », détaille le DRH France, Mikaël Butterbach. Un dialogue « constructif », salue-t-il, important pour limiter les contestations au moment des remises de fiches de poste, phase délicate. Les 6 000 managers d’Airbus y seront formés. « Nous leur demanderons d’évaluer les attendus d’un poste, pas la performance de celui qui l’occupe, rappelle Mikaël Butterbach. C’est compliqué, mais c’est une étape clé. » Il salue la disparition des diplômes dans la cotation : « Les nouvelles générations ne veulent plus être payées en fonction de leur diplôme, ou évoluer uniquement par l’ancienneté. »

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Demandes de formations

Les petites entreprises sont moins avancées. Beaucoup de syndicalistes témoignent de directions qui n'impliquent pas leurs salariés. Seule une information consultation du CSE (comité social et économique) est obligatoire. « Les directions ne doivent pas travailler seules, ni bâcler les fiches emploi, sinon ce sera la guerre lors de leur remise aux salariés, et ce n’est pas ce qu’on souhaite », met en garde Géraldine Nivon, chargée de la mécanique chez Force ouvrière. Les syndicats sont en train de former leurs militants, qui pourront décrocher une certification faisant d’eux des référents. De son côté, l’UIMM a missionné 80 correspondants classification pour aider ses adhérents. « Les PME ne doivent plus tarder à s’y mettre, mais ont d’autres soucis en ce moment… », rappelle Bruno Voland, le président de l’UIMM du Rhône.

La grille salariale actée en février 2022 sera réactualisée au premier semestre 2023. Aucun salaire ne baissera, mais certains bonus prévus dans les conventions territoriales disparaîtront. « Dans le Bas-Rhin, l’UIMM a refusé de maintenir la prime de vacances de 500 euros par an, parce que l’accord national prévoit de payer une demi-heure de plus par jour aux salariés postés, raconte Éric Borzic, le secrétaire général FO métallurgie dans ce département alsacien. Mais ceux qui ne sont pas postés n'auront plus rien ! » Ici, comme dans le Haut-Rhin, qui perd son treizième mois, le dialogue social de branche était bloqué depuis la mi-septembre. Certains employeurs ont proposé de reprendre ces avantages par accord d'entreprise. En dehors de ces rares couacs, le déploiement se passe plutôt bien. L’heure de vérité sonnera avec la remise des fiches emploi, réexaminées lors de l'entretien annuel. « Quand ils auront vu ce qui leur manque pour gagner des points, les salariés réclameront des formations », prédit Maxime Frachon. Certains pourraient aussi demander des augmentations. Pourquoi pas, répondent les DRH. 

Les six critères de la classification

Chaque critère est coté de 1 à 10, selon le degré d’exigence attendu

Complexité de l’activité

- Réalisation de tâches simples et répétitives

- Conception de programmes, de projets, de stratégies visant à anticiper des évolutions

Connaissances

- Minimales

- Création de connaissances qui font référence

Autonomie

- Exécuter des tâches simples prédéfinies sous contrôle permanent

- Définir des orientations stratégiques et les moyens associés

Contribution

- Effet circonscrit à ses activités

- Engage la pérennité de l’organisation

Encadrement coopération

- Coopération ponctuelle

- Direction et coordination de la totalité de l’organisation

Communication

- Compréhension des consignes et des échanges simples

- Mobilisation d’acteurs décisionnaires clés

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