Cinq ans de négociations, un nombre de réunions que plus personne ne se hasarde à compter, des groupes de travail ultra techniques, des ballons d’essai dans les entreprises et auprès des salariés… A l’arrivée, une convention collective unique au lieu de 78 (76 territoriales, une pour les cadres, une pour la sidérurgie), un texte de 230 pages à la place d’un ensemble de 7000 pages, et des changements importants pour les salariés et les employeurs.
« Un chantier historique, par la qualité du travail réalisé, un événement très marquant pour notre branche », salue Hubert Mongon, délégué général de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), la fédération patronale. Qui résume l’objectif de ce dialogue social exemplaire : « doter la branche de textes conventionnels qui créent un modèle aussi performant économiquement que socialement ». Selon lui, le nouveau texte « permettra à la branche de gagner en attractivité, alors que ses besoins en recrutements sont énormes et que plus de 30 000 postes sont non pourvus ».
Un souci partagé par les syndicats. Dans un communiqué, FO Métaux souligne que tout au long de cette négociation, « l’objectif a été de renforcer un tissu conventionnel de qualité pour les salariés, tout en permettant aux entreprises de s’adapter, avec comme objectif la défense de notre industrie, de ses secteurs d’activité et de ses emplois. »« Pour réussir une telle négociation, il faut de la confiance, un diagnostic partagé, et un intérêt à agir ensemble, analyse Gabriel Artero, président de la Métallurgie CFE-CGC. Nous partageons cet intérêt commun : la donne sociale doit faire partie d’une industrie qui retrouve des couleurs. »
Lundi 7 février, en fin de journée, trois syndicats sur quatre (FO, CFDT, CFE-CGC) ont signé la nouvelle convention collective nationale avec l’UIMM. Réunie en congrès quelques jours plus tôt, la CGT de la métallurgie, deuxième syndicat de la branche, a décidé de ne pas le parapher.

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Une grille, soixante cases
Changement le plus important apporté par ce nouveau texte : il réécrit complètement la classification des emplois. Or à chaque niveau d’une grille de classification correspondant un salaire minimal en-dessous duquel les entreprises de la branche ne peuvent pas descendre. Les notions d’ouvriers, agents de maîtrise, ingénieurs, disparaissent de la grille. Chaque emploi, dans une entreprise, sera défini par le niveau exigé (de 1 à 10) pour chacun des six critères de la grille (complexité de l’activité, communication, contribution…). Exemple : en matière d’autonomie, un emploi de degré 1 demande à son titulaire « d’exécuter des tâches simples prédéfinies sous contrôle permanent », quand le degré 7 « requiert de déterminer des méthodes/procédés/moyens avec validation par les résultats ». Chacune des cases apporte un nombre de points à l’emploi, le total de cette cotation définit le salaire minimal correspondant.
« La nouvelle classification apporte de la transparence, puisque tout le monde saura pourquoi il est classé sur tel emploi, analyse Hubert Mongon. Mais aussi de l’équité : deux salariés qui occupent strictement le même emploi seront classés de la même manière. Si l’un travaille différemment de l’autre, cela relève de l’évaluation annuelle, pas de la classification de l’emploi. »
La grille tient sur une feuille A4 et il ne faut pas plus de 10 minutes pour classer un emploi, assurent les négociateurs. Mais dans les grosses entreprises, le chantier s’annonce titanesque, même si elles ont jusqu’au 1er janvier 2024 pour faire entrer tous leurs salariés dans cette nouvelle classification. Beaucoup de grands groupes ont suivi la négociation nationale de près, et sont dans les starting-blocks. Mais Airbus, dont les 50 000 salariés français sont concernés, est l'un des rares à avoir ouvert le chantier.
Le chantier a démarré chez Airbus
« Airbus avait décidé de toiletter l’ensemble de ses accords internes, pour les unifier, nous avons décidé, dans nos négociations, de prendre en compte la nouvelle convention collective », explique Françoise Vallin, déléguée centrale CFE-CGC d’Airbus. Pas question, dans un groupe d’une telle taille, d’examiner chaque poste un par un. Des fiches-emploi seront rédigées et s’appliqueront à tous les salariés qui répondent aux critères, après validation par eux. Autre adaptation de la convention aux besoins de l’entreprise : « un glossaire mis à la disposition des salariés précise ce qu’est l’autonomie, par exemple, pour un groupe comme Airbus, et pourquoi tel poste se voit attribuer tel degré, explique Françoise Vallin. On n’aura pas trop d’un an pour se stabiliser, ajuster les différentiels… » Le groupe doit aussi veiller à une certaine équité entre salariés français et salariés étrangers.
La finesse de la nouvelle grille et les évolutions qu’elle permet ouvrent de nouvelles perspectives de carrière aux entrants, en particulier aux jeunes. « Jusqu’ici, les évolutions de salaire, chez Airbus, passaient surtout par l’ancienneté, les nouvelles générations devaient attendre le départ de leur chef pour espérer une évolution, ils ne le comprennent plus », commente Françoise Vallin. « Un jeune qui débute dans une entreprise comprendra rapidement ce qu’il doit faire pour évoluer », confirme Hubert Mongon. L’UIMM, qui espérait remplacer la prime d’ancienneté par d’autres avantages sociaux, plus attractifs pour les jeunes, s’est heurtée au front des syndicats.
La nouvelle grille de salaires n’aura pas d’impact financier dans les grands groupes, où les salaires sont nettement au-dessus des minimas de branche. Dans les TPE et PME, « elle pourrait se traduire par des hausses de la masse salariale, reconnaît Gabriel Artero. Les salaires de référence ne changeront pas, mais le système classant permettra aux salariés d’évoluer. » Les petites entreprises ont d’ailleurs jusqu’à 2030 pour prendre en compte cette montée en charge.
Un régime de prévoyance pour tous
La nouvelle convention met en place un régime de protection sociale de branche qui n’existait pas. Santé, prévoyance, solidarité… Tous les salariés de la métallurgie bénéficieront d’une couverture minimale. Il a fallu trois ans de débat au sein de l’UIMM pour faire avaler la pilule à certains employeurs peu enclins à accepter cette nouvelle dépense. « Ce sont des dispositions qui peuvent représenter un certain coût pour les entreprises, reconnaît Hubert Mongon. Un vote de la gouvernance de l’UIMM a validé sa mise en place, importante pour l’attractivité de la branche. »
Les chambres territoriales de la métallurgie ont jusqu’à fin juin pour signer avec leurs propres syndicats l’extinction de leur ancienne convention collective et leur adhésion à la nouvelle. Et pour négocier éventuellement des accords autonomes propres à leur territoire (jours de congés particuliers, primes historiques, 13e mois…). Idem pour la sidérurgie, qui tout en adhérant à la nouvelle convention collective pourra, par un texte complémentaire, conserver certains de ses avantages sociaux (prime de vacances, prime d’ancienneté plus intéressante…).
Là où la CGT est majoritaire localement, la démarche pourrait capoter, ce qui ne ferait que reporter l’adhésion du territoire à la nouvelle convention. Un point d’étape sur les décisions des territoires et de la sidérurgie est prévu en septembre par les partenaires sociaux nationaux, bien décidés à faire appliquer le texte pour lequel ils ont tant donné.



