Dans le panorama des projets crédibles de SMR français, ces mini-réacteurs nucléaires modulaires, le projet Calogena est à part. Comme son grand frère Nuward d’EDF, il est porté non par une start-up, mais par un industriel : le groupe Gorgé. Et surtout par son dirigeant, Raphaël Gorgé, qui explique à l’Usine Nouvelle pourquoi il se lançait dans l’aventure. «Je trouvais dommage depuis longtemps, avant [le plan, ndlr] France 2030, qu’il n’y ait pas d’alternative privée alors que la France maitrise les petits réacteurs avec la propulsion nucléaire. Pendant longtemps, il n’y avait que l’américain Nuscale».
Raphaël Gorgé raconte avoir rencontré une équipe d’experts du nucléaire français, des anciens du programme EPR, de Framatome, du CEA, qui partageaient la même envie. «Mais personne ne le faisait, car il s’agit d’un exercice difficile, ambitieux, estime le PDG. Il faut avoir la crédibilité suffisante et garder une certaine agilité pour en pas tomber dans les travers des grands projets par les grands groupes. Mais aussi être une ETI qui peut s’engager sur le long terme.»
Un concept presque trop simple
Le groupe Gorgé, qui réalise déjà «environ 15% de son chiffre d’affaires dans le nucléaire» était «le bon partenaire» pour cette équipe, explique le dirigeant. Spécialiste des drones navals et de l’impression 3D, le groupe (500 millions d’euros de chiffre d’affaires) a aussi une filiale, Baumert – spécialiste des portes de sécurité des centrales nucléaires, installées dans l'intégralité des réacteurs français et dans tous les EPR dans le monde – et une société d’ingénierie Seres (250 personnes), qui travaille sur les sujets de sûreté nucléaire avec TechnicAtome ou EDF. L’appel à projets réacteur nucléaire innovant de France 2030, doté de 500 millions d’euros, fait office le déclencheur. Mi-2022, Gorgé créé la filiale Calogena avec les 12 experts du nucléaire à son capital.
Dix-huit mois plus tard, le projet est sélectionné par France 2030 et décroche 5,2 millions d’euros de subvention, sous réserve de pouvoir en lever autant dans le privé. Cela ne devrait pas être un problème, car l’idée séduit même les autres start-up du SMR, d’autant plus qu’elle ne vise pas les mêmes marchés. Alors que les autres projets de SMR français visent à produire de l’électricité, comme Nuward, Naarea ou Newcleo, ou de la chaleur haute température comme Hexana ou Blue Capsule, Calogena vise le marché du bâtiment et des chaufferies urbaines.

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Basée sur le concept des réacteurs à eau pressurisé (REP) du parc français actuel, mais en réduisant la pression à 5 bars au lieu de 60, la chaudière nucléaire de 30 mégawatts thermiques (MWt) fournira de la chaleur entre 70° et 110°C, ce qui est suffisant pour alimenter des réseaux de chaleur. En diminuant la puissance et la pression, on «est moins contraint pas les technologies de fabrication et de qualification», explique Raphaël Gorgé. Et en plongeant le réacteur dans une piscine, celle-ci assurera le refroidissement et laissera au moins 7 jours aux équipes pour intervenir en cas d’arrêt. Ce que l’on appelle la sureté passive.
La difficile question de l'acceptabilité
Le principal défaut de cette idée est qu’elle est presque trop simple, et risque donc d’être facilement copiée, ont remarqué les experts de France 2030. Raphaël Gorgé le sait. «Nous ne pensons pas déposer le design, mais nous avons déjà déposé trois brevets, qui portent surtout sur la sûreté, le contrôle de la réactivité et le confinement des matières radioactives», rappelle-t-il.De quoi avancer sereinement et commencer la phase d’avant-projet sommaire (APS) pour un dépôt de dossier à l’ASN (Autorité de sureté nucléaire) fin 2024.
Reste l’épineux problème de l’acceptabilité, même si les chaufferies nucléaires Calogena pourront être installé dans des bâtiments de 1 000 m² et des terrains de 3 000 m², à 10 ou 20 km des centres urbains, « les réseaux de chaleur modernes permettant de transporter l’eau chaude sur de longue distance ». Même si, selon une enquête de l’institut Cluster17 pour Calogena, réalisé mi-novembre, «plus de la moitié des Français sont prêts à voir un SMR installé dans leur propre commune», Raphaël Gorgé sait qu’il va être très vite confronté à la question de l’acceptabilité. Et sait qu'il ne pourra la régler seul. Il regarde déjà ailleurs. «Notre marché n’est pas forcément français, observe-t-il. Dans les pays du Nord ou d’Europe de l’Est où il y a moins d’opposition.»



