« Il faut mener, en même temps, la bataille de l’innovation et celle de l’industrialisation. L’opposition entre les start-up et l’industrie est une opposition du XXe siècle », a déclaré Emmanuel Macron en présentant, le 12 octobre au palais de l'Elysée, le plan France 2030. Doté de 30 milliards d’euros sur cinq ans (dans l’hypothèse de la réélection du président actuel), ce plan vise au développement de nouvelles filières, comme à la revitalisation de celles « où nous sommes menacés, mais qu’on n’a pas le droit d’abandonner ».
Emmanuel Macron n’a pas été tendre avec les grandes entreprises, jugeant que « l’innovation de rupture ne se faisait plus dans les grands groupes ». Un constat partagé par l’économiste Elie Cohen, qui note « que le Président a beaucoup insisté sur l’apport des start-up, y compris dans des secteurs où on ne les attend pas naturellement, comme le nucléaire ou le spatial ».
Selon ce spécialiste des questions industrielles, «les entreprises établies sont victimes de ce qu’on appelle une "dépendance de sentier", qui conduit par exemple un spécialiste du moteur diesel à orienter sa recherche sur d’autres domaines que l’électrique. C’est ainsi que les Big pharma ont poussé leur recherche sur leur blockbusters, en ignorant que l’innovation se faisait à leur marge dans les biotechs.»
Le principe du plan est donc d’accorder une large place aux nouveaux entrants : « Il faut accepter de financer l’innovation d’où qu’elle vienne : des grandes entreprises, des ETI, des start-up. Le plus innovant gagne et appelle les financements », a insisté le chef de l’Etat. Qui en parallèle annonçait tout de même un fléchage de 5 milliards d’euros vers les start-up, dont 3 milliards en fonds propres. Selon Elie Cohen, dans le milliard consacré au nucléaire, ce sont « des nouvelles pistes, au-delà du projet Nuward, qui sont attendues et qui seront portées par d’autres acteurs, qu’EDF, Naval Group ou Technicatome." Pour l’économiste, qui a participé aux sélections des premières vagues des Investissements d’avenir : « il faut revenir à cet esprit initial. On a vu arriver, au départ, des grands groupes qui voyaient là un nouveau guichet pour financer leurs projets et qui étaient tout étonnés, se pensant vernis des Dieux, de voir qu’on pouvait sélectionner des petites entreprises innovantes dans les territoires.»
Au delà des start-up, leur culture
Il n’y a pas que dans l’orientation des financements qu’il faut comprendre la confiance que le Président met dans les capacités des jeunes pousses. Dans le tempo comme dans la philosophie générale, la culture « start-up » est mise à l’honneur pour réindustrialiser le pays.
Suite à la présentation du plan, le président de France industrie, Alexandre Saubot, a bien noté « que le Président a mis en exergue l’accélération». Tout en se disant satisfait « de priorités qui font écho à la conviction que l’industrie est au cœur des solutions pour résoudre les difficultés de la France ». Effectivement, SMR et avion bas carbone doivent naître, selon le Président, dans un calendrier plus court que celui envisagé jusqu’alors par les industriels. Cette rapidité de mise en œuvre, le chef de l’Etat l’a promise aussi pour les instances de gouvernance de France 2030, qui devront sélectionner les projets financés : « Nous avons des systèmes de pilotage très intelligents, mais qui mettent quatre à cinq fois plus de temps que ceux de nos concurrents ». Le "commando" France 2030 devra éviter cet écueil.
Autre attribut de la philosophie start-up : « l’acceptation de l’échec ». Mais l’échec que l’on ne met pas des années à acter. « Il faut qu’il y en ait et qu’on en sorte vite. » Enfin, l’accent a été mis sur la logique de collaboration. L’idée n’est pas de tout attendre des start-up, mais que les grands groupes sachent identifier et intégrer les bonnes innovations. Il a conseillé de faire confiance à « l’émergence » et assuré que le plan serait un échec si chacun raisonne en se demandant « Combien il y a d’argent pour moi ? ». Un réflexe bien humain, auquel n'échapperont pas les dirigeants d'entreprise.



