En 2022, 35 sites industriels avaient été inaugurés par des start-up en France, selon la première édition de l’observatoire de Bpifrance consacré à ce sujet. Sa deuxième publication, dévoilée en exclusivité par L’Usine Nouvelle mercredi 20 mars, fixe un nouveau record. En 2023, les jeunes pousses se sont industrialisées en plus grand nombre, contribuant davantage au mouvement de réindustrialisation. 60 sites industriels ont vu le jour l’an passé grâce à des start-up, soit une hausse de 71%.
Et la dynamique semble se confirmer sur les premiers mois de 2024, malgré le refroidissement de l’activité observé plus largement. «Nous avons déjà identifié 95 projets d’implantations industrielles par des start-up pour cette année, à comparer aux 60 inaugurations en 2023», se félicite Nicolas Dufourcq, le directeur général de la banque publique, auprès de L’Usine Nouvelle.
Côté projets, l’étude de l'observatoire mentionne par exemple les ouvertures annoncées de l’usine de piles à combustibles d’Inocel à Belfort (Territoire de Belfort), de l’usine pilote de la start-up des nanosatellites U-Space à Toulouse (Haute-Garonne), de deux unités de traitement des déchets alimentaires près de Bordeaux (Gironde) et Angers (Maine-et-Loire) par Moulinot ou encore de l’usine d’instruments et de dispositifs médicaux de MGA MedTech près de Roanne (Loire). Inauguré lundi 18 mars, le nouveau site de production d’alternatives végétales aux filets de viande et de poisson d’Umiami, situé à Duppigheim (Bas-Rhin), va également s’ajouter à la liste.
«Un soutien très fort à des projets fondés sur des technologies de pointe»
De manière générale, Bpifrance accompagne ces jeunes pousses à travers deux plans, celui sur les start-up ainsi que les PME industrielles et celui sur la deeptech. «La montée en puissance de notre plan start-up et PME industrielles nous permet désormais ‘d’industrialiser la réindustrialisation’ avec un soutien très fort à des projets fondés sur des technologies de pointe qui vont mailler l’ensemble de notre territoire avec de nouvelles usines», considère Nicolas Dufourcq.

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Dans le détail, les sites identifiés par Bpifrance et inaugurés en 2023 correspondent majoritairement à des nouvelles usines, avec 38 implantations, dont 26 premières usines et 12 autres usines arrivant après une première unité de production déjà existante. Parmi les premières usines, on retrouve la première gigafactory française de batteries ACC, l’unité de production de microalgue spiruline – utilisée dans les compléments alimentaires et la cosmétique – d’Inblue, l’usine de reconditionnement de batteries au lithium de VoltR, celle de recyclage de panneaux solaires de Rosi Solar, l’usine de piles à combustible à hydrogène de Symbio, ou encore celle de la start-up du quantique Quandela.
L'énergie, secteur de choix pour les start-up industrielles
Le reste des inaugurations concerne des démonstrateurs, au nombre de 13, ainsi que deux nouvelles lignes dans des usines existantes, trois extensions et quatre déménagements d’un emplacement à un autre. Au global, près d’un quart de ces sites font partie du secteur de l’énergie, batteries comprises, ce qui le place en tête des plus dynamiques. Viennent ensuite la valorisation des déchets et la dépollution (22%), la chimie industrielle et les matériaux (15%), l’agroalimentaire (12%), puis la santé (8%) et les biens de consommation (8%). De façon plus générale, la transition écologique booste largement la réindustrialisation par les start-up. Celles actives dans ce domaine, aussi appelées greentechs, représentent trois quarts des nouveaux sites identifiés par la banque publique.
Les données de Bpifrance proviennent des activités de la banque, mais aussi de sources externes comme les médias. Elles ne comptabilisent que les ouvertures d’usines, sans tenir compte des fermetures ou des menaces de fermeture. Le cas de la biotech clermontoise Metabolic Explorer, qui a annoncé avoir sollicité une procédure de sauvegarde mardi 12 mars, a pourtant rappelé la réalité de telles situations.
Bpifrance Répartition des sites inaugurés par des start-up par région. Carte : Bpifrance.
Des levées de fonds en hausse de 11%
A la fin de l'année 2023, Bpifrance a recensé 2523 start-up à vocation industrielle en France au total, contre 1900 identifiés en 2022. La banque publique estime que, parmi celles-ci, 300 correspondent à des start-up créées en cours d'année. L’accélération de l’industrialisation des start-up est sans aucun doute favorisée par la bonne dynamique de leurs levées de fonds.
A rebours de la déprime observée plus généralement dans le capital-risque, les jeunes pousses industrielles ou visant à terme une production en série de biens industriels ont bénéficié d’une hausse de 11% des montants collectés en 2023 par rapport à 2022, pour un total d’environ 4,2 milliards d’euros en 235 levées. Elles ont représenté grosso modo la moitié des opérations réalisées l’an passé par la French Tech en valeur.
Bpifrance, qui a réalisé une année historique de financement de l’innovation en 2023 grâce au déploiement du plan France 2030, y a contribué. «Dans un contexte mondial difficile et globalement à la baisse [notamment aux Etats-Unis et en Chine, ndlr], on ne peut que se féliciter de la croissance des levées de fonds industrielles en 2023 dans notre pays. La France renforce ainsi sa position de leader dans l’Union européenne» sur ce segment, commente Nicolas Dufourcq.
Parmi les start-up industrielles ayantlevé des fonds l'an dernier, 54% sont des greentechs. Elles participent fortement à la réindustrialisation. En examinant plus finement les seules start-up industrielles ayant atteint le stade de commercialisation de leurs produits, Bpifrance identifie 124 jeunes pousses qui fabriquent elles-même leurs biens, dont 96% avec une production en France, et 36 entreprises recourant à la sous-traitance, pour les deux tiers en France également.
118 nouveaux sites inaugurés au total
Malgré ces bons résultats sur les levées de fonds, Bpifrance met en évidence un point d’attention. Pour la banque publique, la vigilance est de mise car il est encore très difficile d’identifier des co-investisseurs du privé pour financer les start-up industrielles. « Les investisseurs privés doivent se mobiliser pour sécuriser la dynamique positive des levées de fonds », est-il écrit dans le rapport. Parmi les 50 fonds de capital-risque les plus actifs en France en 2023, les acteurs publics comme Bpifrance, la Banque des territoires ou le fonds du Conseil européen de l’innovation (EIC Fund) ont investi deux fois plus que les fonds privés dans les jeunes pousses industrielles. En clair, les fonds publics ont réalisé 60% de leurs investissements dans des start-up industrielles, contre 28% pour les investisseurs privés.
En intégrant les 58 inaugurations de sites industriels par des PME et ETI innovantes, c’est-à-dire avec un produit ou un process innovant, une autre donnée observée par Bpifrance, 118 nouveaux sites ont été inaugurés au total l’an passé. Pour les PME et ETI innovantes, il y a eu 29 nouvelles usines, 13 déménagements, 12 extensions et quatre nouvelles lignes dans des usines existantes.
Contrairement à la forte sectorisation des start-up qui créent des usines dans des domaines comme les énergies et la valorisation des déchets, les PME et ETI industrielles innovantes œuvrent dans des domaines plus diversifiés, avec sur le podium la production de biens de consommation, la chimie et l’agroalimentaire pour celles qui ouvrent des sites. Là encore, l’année 2024 est pleine de promesses : 63 projets d’inaugurations ont d’ores et déjà été repérés par la banque publique pour cette année.



