Au Salon de l’agriculture, un hackathon pour faire émerger des outils à base d'IA

Gestion de la nutrition des poulets, traduction de l'arabe et du roumain en français ou encore système de détection de maladies sur des parcelles. Au Salon de l'agriculture, huit équipes ont travaillé sur des problématiques soulevées par des professionnels dans le cadre d'un hackathon organisé par La ferme digitale. Les projets doivent s'inscrire dans la durée.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
La start-up NeoFarm cultive des légumes bio sous serre à l'aide d'un robot qu'elle a elle-même développé.

Les hackathons ne sont pas réservés aux événements de la tech. Au Salon international de l’agriculture, qui se tient du 22 février au 2 mars, huit équipes ont travaillé pendant 72 heures sur des projets numériques dans l’agriculture. Ce hackathon, organisé dans le cadre du projet Gaia porté par l’association La ferme digitale, vise à répondre à des problématiques précises soulevées par des professionnels.

«Avec Gaia, l’objectif est de créer des communs numériques agricoles et de les diffuser massivement, détaille David Joulin, l’un des cofondateurs de La ferme digitale. Cela prend la forme d’applications développées à l’occasion du hackathon, de briques logicielles sélectionnées et de projets d’open data consolidés à d’autres occasions.»

Outil de traduction pour le roumain et l’arabe

Lors du hackathon, «des kits avec accès à des modèles d’IA et à des bases de données ont été mis à disposition des équipes qui pouvaient aussi se tourner vers d’autres outils», témoigne David Joulin. Cette compétition a fait émerger «huit projets relativement biens aboutis puisque des preuve-de-concept (PoC) ont été réalisés», juge-t-il. Par exemple, un assistant pour la nutrition des poulets a vu le jour à la demande du groupe Avril. L’idée est d’aider les éleveurs à anticiper les maladies sur leur élevage, faire la synthèse de l’ensemble de la réglementation et répondre à des questions.

Autre exemple : le développement d’un logiciel de traduction de l'arabe et du roumain vers le français et vice versa. L'objectif est d'aider les agents de la sécurité sociale agricole MSA à instruire les demandes de travail. Une troisième équipe a mis au point un outil pour faire des simulations technico-économiques sur l’utilisation d’une flotte de robots. Ici, le projet vise à utiliser un robot pour détecter les maladies sur une parcelle et l’analyser pour savoir s’il y a un risque de propagation. Cela permet d’étudier plus finement la balance avantage/coût d’un robot.

Des nomenclatures unifiées

Au-delà du hackathon, Gaia est un ensemble de projets prenant différentes formes. Certains sont open source et d’autres non. «Il est possible de récupérer une solution et l’utiliser telle quelle, mais aussi d’en poursuivre le développement sous un format qui n’est plus open source», détaille David Joulin. Le projet Lexicon vise à regrouper et normaliser les sets de données disponibles sur data.gouv – la plateforme de diffusion de données publiques de l’État - ayant un intérêt pour l'agriculture. Le but ? Avoir une API unique pour accéder à tous ces jeux de données.

D’autres travaillent sur la création d’une ontologie agricole afin de structurer et standardiser la terminologie agricole pour faciliter l’interopérabilité entre les données. «Les variétés du vivant sont normalisées sous leur forme latine, explique David Joulin. Aujourd’hui, chaque acteur utilise une terminologie différente pour identifier les espèces comme BT, BTH ou en encore blé tendre pour qualifier cette espèce dont la dénomination latine est triticum aestivum.» Cela permet de cataloguer le vivant et d’émettre des règles métiers entre le vivant. De la même façon, les produits phytosanitaires sont normalisés. Et pas mal d’entreprises utilisent cet outil pour assurer la traçabilité de ces produits.

Aider les agriculteurs à se saisir des outils numériques

Ces boîtes à outils sont utiles pour les entreprises et start-up du numérique : elles n’ont pas à faire individuellement ces opérations chronophages et coûteuses. «La donnée est accessible, solide et utilisable», résume David Joulin qui utilise lui-même l’outil d’ontologie agricole avec sa start-up Ekylibre, qui développe un logiciel d’automatisation et de gestion des tâches administratives dans le monde agricole.

À terme, l’ambition est de réaliser des défis dans le cadre du plan France 2030 pour obtenir des subventions et poursuivre le développement d’outils d’intelligence artificielle. «Tous les deux mois de nouveaux modèles d’IA sortent, nous utilisons aussi cette logique pour développer des produits d’IA qui répondent à des cas d’usage précis», détaille David Joulin. Encore faut-il que ces outils soient ensuite utilisés par les agriculteurs. «Ceux liés à la météo sont très largement adoptés, s’exclame le cofondateur de La ferme digitale. Quant aux outils de comptabilité et de gestion le taux d’adoption est autour de 10 à 15% et celui-ci est très faible pour la robotique mais notamment en raison du prix.» Le numérique doit poursuivre ses efforts pour percer dans le monde agricole.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.