Plus de 50 milliards d’euros. Voici le coût de la contrefaçon en Europe, estimé en 2020 par un rapport de l'Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle. Un manque à gagner colossal pour une dizaine de secteurs industriels, auquel s’attaque la jeune pousse Inoocq, située à Grenoble (Isère).
Emanation du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), cette deeptech révèle publiquement sa solution lors du CES, le célèbre salon technologique qui se tient du 9 au 12 janvier à Las Vegas. Officiellement créée en 2023, l’entreprise n’en reste pas moins le fruit de près de huit ans de travaux de recherche au sein des laboratoires du CEA. Le temps nécessaire pour développer une technologie doublement brevetée qui repose sur une complémentarité entre des marqueurs physiques et un détecteur numérique.
Les utilisateurs directement impliqués
D’une part, Inoocq choisit des particules communicantes, invisibles à l'œil nu. Bio-compatibles et non toxiques, ces marqueurs sont intégrés dans les produits ou leurs emballages, que cela soit dans des encres ou des colles par exemple, sans les dénaturer. «Il n’y a rien de magique. Il s’agit juste d’une pincée de physique, de beaucoup de chimie et de pas mal de passion», assure Bruno Laguitton, son directeur technique et chercheur en nouveaux matériaux au sein du CEA, qui évite d’entrer dans les détails techniques par mesure de confidentialité.
L’avantage ? Voulue infalsifiable, cette technologie s’intègre directement et facilement dans les chaînes de production des fabricants. Les marqueurs de traçabilité peuvent être créés sur mesure pour chaque client. Encore faut-il trouver le moyen de les lire ensuite.
C’est là qu’intervient le volet numérique. Inoocq a développé une application, baptisée identiDOTS, qui permet de les détecter simplement en les scannant avec un smartphone. Autrement dit, tout le monde est en capacité de pouvoir authentifier un produit, et non uniquement son fabricant.
«On partage le pouvoir aux consommateurs qui peuvent être préoccupés par la sécurité des produits qu’ils utilisent», indique Jahrl Stefan Norberg, un entrepreneur doté d’un bagage en physique qui a rejoint l’aventure en juillet dernier en tant que directeur général. Dès l’achat, les clients peuvent ainsi vérifier s’ils se procurent une contrefaçon ou non.
En phase de levée de fonds
Si les applications sont en soi illimitées, l’équipe de Inoocq (trois personnes accompagnées par une poignée d’experts industriels) se concentre pour l’heure sur trois marchés principaux : la cosmétique, la pharmacie et le secteur du revêtement (colle, peinture etc.). Des tests sont déjà en cours auprès de certains acteurs, notamment du secteur du luxe.
La présence au CES de Las Vegas représente une opportunité pour la deeptech de faire connaître sa technologie au monde professionnel et d’accélérer son développement. Une levée de fonds en amorçage autour du million d’euros est d’ailleurs en cours afin de recruter les premiers salariés de l’entreprise sur Grenoble dans le courant de l’année.



