Après l’inflation des prix de l’alimentaire, gare à l’inflation verte

C'est l'un des enseignements du rapport remis par l'économiste Jean Pisani-Ferry sur les conséquences économiques de la transition verte. Les investissements massifs nécessaires à son accomplissement devront être financés en partie par un surcroît d'endettement public, mais aussi par plus d'inflation.

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Ã?oliennes en Wallonie
La transition énergétique risque d'alimenter une hausse de l'inflation à moyen terme.

La France va-t-elle devoir s’habituer à des prix en surchauffe ? Depuis un an, la guerre en Ukraine a fait flamber les prix de l’énergie, principalement du gaz et par ricochet de l’électricité. Les cours des marchés de matières premières ont suivi la même pente ascendante. Ces derniers mois, un autre feu alimente l’inflation du panier des ménages, en hausse de 5,9 % en avril selon l’Insee : celle des prix des denrées alimentaires que le gouvernement essaye d’endiguer coûte que coûte en poussant les 75 plus grandes entreprises de l’agroalimentaire à renégocier leurs tarifs.

Plus la transition est anticipée, moins l'effet sur les prix sera élevé

La transition environnementale pourrait bien prendre le relai et alimenter à son tour un régime plus soutenu d’évolution des prix. « A l’horizon 2030, la transition climatique crée un risque significatif de configuration inflationniste », pointe l’économiste Jean Pisani-Ferry dans son rapport rédigé avec la haut fonctionnaire Selma Mahfouz et remis le 22 mai. Plusieurs mécanismes entrent en ligne de compte. Pour encourager la décarbonation, les politiques climatiques passent par une hausse des prix des énergies fossiles, par l’intermédiaire de taxes carbone. Et celle-ci devrait au moins en partie se répercuter sur les prix de l’électricité des prochaines années. En parallèle, le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables et des véhicules électriques va nécessiter des quantités astronomiques de métaux, avec des risques de pénurie. De façon générale, des équipements vont devenir obsolètes avant d’avoir été amortis et des compétences de l’ancienne industrie vont devoir se réinventer. « Il va falloir investir plus pour produire plus ou moins la même quantité de biens ou de service », note le rapport.

L'ampleur du choc inflationniste à venir dépendra en réalité beaucoup de la capacité des politiques à anticiper la transition. Et à s’y tenir sans retour en arrière ni demande de pause réglementaire, qui brouille les signaux pour les investisseurs et les industriels. Rien n'est perdu d'avance donc. « Plus la transition sera mise en place de façon ordonnée et crédible, moins les chocs macroéconomiques seront importants et moins l’impact sur les prix sera élevé », assure Stéphane Dees, responsable de l’unité économie du climat de la Banque de France, qui a réalisé quatre scénarios possibles de la transition et a participé à la rédaction du rapport de Jean Pisani-Ferry. 

Selon les différentes options, la transition devrait aboutir entre une baisse de 0,8 point et une hausse de 0,6 point de l’inflation à cinq ans, même si l’effet inflationniste est jugé plus vraisemblable. Autre enseignement à garder en tête : au-delà de la hausse probable des prix des biens, la transition va surtout se traduire par « une hausse de la volatilité », estime Stéphane Dees, similaire à celle du choc énergétique et sur les matières premières du printemps dernier.

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Un enjeu clef pour les banques centrales 

Pour les banques centrales, cette nouvelle inflation verte n’est pas anodine. La transition va nécessiter près de 34 milliards d’euros d’investissement public supplémentaires par an. Si la Banque centrale européenne resserre trop sa politique monétaire, elle va renchérir le coût du financement de la transition et freiner la capacité des Etats à s’endetter. Avec in fine pour conséquence de ralentir le rythme des investissements indispensables dans cette transition. Au printemps 2022, l’économiste Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, avait alerté sur ce risque. D’où la nécessité pour l’institution de Francfort de surveiller de près cette nouvelle dynamique d’inflation verte. Sans modifier pour l’instant sa cible d’inflation. « La banque centrale fait abstraction de la volatilité de court terme tant qu’elle ne modifie pas les anticipations des acteurs sur l’inflation. En quelle mesure cette volatilité va persister plus longtemps qu’un choc traditionnel ? C’est toute la question », remarque Stéphane Dees. 

Cette incertitude a déjà forcé les banquiers centraux à se remettre en question. Dans la zone euro, ceux-ci ont ajouté depuis peu des variables liées à la transition énergétique à leurs modèles macro-économiques, qui produisent leurs prévisions de croissance et d’évolution des prix. Ceux-ci intègrent des hypothèses de prix des quotas carbone sur le marché ETS, au même titre que des estimations de taux de change ou du cours du baril de pétrole. « Nous sommes en train de faire évoluer nos outils. Nos modèles ont leur limite. Il faudrait par exemple y intégrer un secteur vert et un autre qui ne le serait pas pour voir comme se déroule la réallocation du capital entre les deux », pointe l’économiste de la Banque de France. Celle-ci y travaille déjà.

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