Pas encore de machines ni d’opérateurs. L’atelier investi en octobre 2021 par Venture Orbital Systems (VOS), à Reims, ressemble davantage à un hangar qu’à une usine. Rénové, cet ancien garage automobile de 1 700 mètres carrés accueillera la fabrication du Zéphyr, le microlanceur que la pépite compte faire voler d’ici à 2024, avec un moteur entièrement imprimé en 3D. Pour l’instant, seule une maquette de la fusée trône dans l’atelier, sous un drapeau français punaisé au mur. Un peu plus loin, un prototype de réservoir fourni par CMP Composites jouxte des tables bardées de câbles et de tuyaux : des bancs de test destinés à qualifier de premiers composants.
« Ce bâtiment est dédié au prototypage et à la fabrication de notre premier lanceur, précise Stanislas Maximin, le cofondateur de VOS. Nous allons bientôt recevoir des pièces pour commencer l’assemblage début 2023. » Col camionneur et lunettes fines, l’entrepreneur de 22 ans parle vite. Et se projette. « En 2024, nous déménagerons dans 6 000 mètres carrés. »
Depuis sa création en 2019, la start-up a levé un peu plus de 1 million d’euros, et « des investissements sont en cours », confie le PDG, qui chiffre à 150 millions d’euros ses besoins « pour la production en série ».
Vers une production de masse
Confiant dans sa capacité de passer de 31 à 70 salariés d’ici au milieu de l’année, il vise une cinquantaine de lancements de nanosatellites par an d’ici à 2027. « C’est encore un marché de niche, même si nous avons de la concurrence au Canada, en Corée, aux États-Unis... » Avec ses microlanceurs, VOS ambitionne de « faciliter l’accès à l’espace en réduisant les coûts et les délais de lancement des nanosatellites », aujourd’hui « obligés de prendre des charters coûteux dans de gros lanceurs, inadaptés à leurs besoins. »
Quelques vélos et un filet de badminton sont rangés le long des murs. Rémi Claudel, le responsable des tests, montre, dans une petite valise noire, Aurora : un prototype de moteur métallique imprimé en 3D, où apparaissent en relief les noms d’ArianeGroup, d’Air liquide, d’AddUp et… de l’école d’ingénieurs Estaca. Relique d’un projet étudiant qui a rejoint VOS à sa création, et dont les résultats « ont posé les bases de la motorisation du Zéphyr, le moteur Navier », explique-t-il. À côté, un banc d’essai du système d’allumage est dissimulé sous un sac plastique. « C’est notre volonté de production de masse qui nous a poussés vers la fabrication additive et vers l’équipe de l’Estaca », commente Stanislas Maximin.
Imprimés par la PME luxembourgeoise Saturne Technology, deux exemplaires du Navier devaient arriver à Reims fin mars. « L’un sera coupé en deux pour vérifier sa qualité de fabrication, l’autre sera mis à feu », précise le PDG. Initialement prévu sur un banc d’essai maison, ce test pourrait être délocalisé chez ArianeGroup, à Vernon (Eure), où devrait ouvrir cet été une installation dédiée aux microlanceurs. En parallèle, la start-up mènera les essais des systèmes annexes : séparation des étages, détachement de la coiffe, orientation des moteurs… Autant d’éléments qui devraient remplir son usine.



