Enquête

À Bruxelles, les industriels français renforcent leurs positions dans les discussions européennes

Face à l’essor d’une politique industrielle européenne, les entreprises françaises s’organisent pour renforcer leur visibilité dans les institutions et leur influence sur les réglementations.

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Le groupe de défense NKDS. dispose d’un bureau de représentation à Bruxelles depuis 2018.

Aux yeux des industriels, la dernière mandature de la Commission européenne a été prolifique sur le plan de la réglementation. Aux priorités initiales de transformations écologique et numérique se sont ajoutés, à partir de 2023, des textes s’inscrivant dans une stratégie industrielle européenne (NZIA, Critical raw materials act…). «L’inflation législative s’est faite à marche forcée, notamment sur des sujets de politique industrielle», considère Natacha Clarac, la directrice générale du cabinet de lobbying européen Athenora Consulting. Ces derniers mois, la réponse européenne à l’Inflation reduction act a notamment trusté les discussions lors des déjeuners qu’organise le cabinet entre grandes entreprises françaises (EDF, Air France, Orange, Veolia…) et décideurs européens.

Même si les plus grands groupes sont présents de longue date dans la capitale européenne, les industriels tricolores renforcent leur visibilité à Bruxelles depuis 2019. Il s’agit d’anticiper davantage les réglementations à venir, de contribuer mieux ou davantage aux travaux préparatoires de la Commission européenne sur ses textes et d’intervenir plus souvent dans des conférences.

L’implication du CEA à Bruxelles était historiquement liée aux programmes de recherche, mais ce n’était plus suffisant.

—  Bertrand Bouchet, représentant du CEA à Bruxelles

Fin 2023, le Medef a dévoilé un plan en ce sens, avec la volonté de faire grossir son équipe de sept personnes dédiées à l’Europe. «Nous préparons, entre autres, un répertoire d’intervenants pour être plus présents dans les très nombreuses conférences bruxelloises où se forment les grandes idées névralgiques», commente Fabrice Le Saché, qui occupe la nouvelle fonction de vice-président de l’organisation patronale chargé de l’Europe. Celui-ci garde en tête les débats interminables sur la taxonomie verte qui auraient pu coûter cher à la filière nucléaire.

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Trouver les bons interlocuteurs

En ouvrant un bureau à Bruxelles il y a trois ans, le CEA a suivi la même logique. «Avant de créer ce lieu de représentation, nous nous impliquions déjà davantage dans la conception des politiques en déposant nos avis issus de nos travaux sur le site des consultations de la Commission. Mais l’effet sur la décision restait trop mineur, indique son représentant à Bruxelles, Bertrand Bouchet. Notre rôle est de trouver les interlocuteurs avec qui partager ces analyses, par exemple dans les directions générales de la Commission, les députés européens de la commission Itre [industrie, recherche et énergie, ndlr] ou la représentation permanente de la France.»

L’organisme dispose aujourd'hui d’un bureau à Bruxelles qui compte quatre personnes. Son objectif : orienter les financements vers les priorités de recherche sur lesquelles il se positionne. «L’implication du CEA à Bruxelles était historiquement liée à notre participation aux programmes de recherche européens, mais ce n’était plus suffisant», raconte Bertrand Bouchet.

Pour le Mouvement Impact France, une association patronale pensée comme une alternative au Medef, l’Europe est également devenue une priorité depuis deux ans. Pour être plus audible, il a lancé en février une coalition baptisée Business for a better tomorrow avec une quinzaine de réseaux d’entreprises similaires. «Pour nous, accélérer la transition de l’économie tout en instaurant des mesures de protection de l’industrie est un moyen de gagner en compétitivité par rapport au reste du monde», justifie Malo Bourel-Weeger, le responsable du plaidoyer Europe du Mouvement Impact France. De son côté, France Industrie a annoncé à l’été 2022 son renforcement à Bruxelles. Son bureau local s’appuie désormais sur une équipe plus étoffée et expérimentée qu’auparavant, de trois personnes.

Plus de poids dans la défense

Autre illustration de la montée en puissance des industriels tricolores à Bruxelles : le secteur de la défense. «En cinq ans, nous sommes passés d’une Union européenne avec un rôle marginal dans la défense à une Union qui finance la R&D commune, subventionne les achats en commun et les investissements dans les capacités industrielles. Il est indispensable d’y être pour comprendre ce qui s’y déroule et que ces politiques soient cohérentes avec nos spécificités», souligne Alexandre Ferrer, le responsable des affaires publiques France et Europe du fabricant de véhicules de combat et de munitions KNDS.

Constitué d’une seule personne en 2018, son bureau bruxellois est maintenant animé par trois personnes. De quoi, ajoute Alexandre Ferrer, rencontrer le «petit monde bruxellois de la défense» pour lui expliquer les besoins de l’entreprise. 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3730 - Mai 2024

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