Le compte à rebours du remplacement des microprocesseurs d’Intel par une puce maison d’Apple dans les Mac a commencé. La firme à la pomme a dévoilé, le 11 novembre 2020, sa puce M1 et la première vague de MacBook Air, MacBook Pro de 13,3 pouces et Mac mini à en bénéficier. La transition vers cette solution interne se poursuivra jusqu’à mettre fin en 2022 à la relation qui lie depuis 2005 le géant de Cupertino au roi mondial des microprocesseurs pour micro-ordinateurs.
Meilleure puce jamais créée par Apple
Les performances de M1 s’annoncent époustouflantes. La puce repose sur la technologie de la société britannique ARM dans la continuité des processeurs maison qui motorisent depuis 2010 les iPhone et iPad. Elle est fabriquée en technologie nec plus ultra de 5 nanomètres chez le fondeur taïwanais de semi-conducteurs TSMC. Apple entend en faire un marqueur différenciant fort sur le marché des micro-ordinateurs, à l’instar de ce qu’il fait déjà dans les smartphones et les tablettes.
" Il n'y a jamais eu de puce comme M1, notre circuit intégré révolutionnaire pour Mac, se vante Johny Srouji, vice-président senior en charge des technologies matérielles chez Apple. Il s’appuie sur plus d’une décennie de conception de puces de pointe pour iPhone, iPad et Apple Watch, et inaugure une toute nouvelle ère pour le Mac. En ce qui concerne le silicium à basse consommation, M1 possède le cœur de processeur le plus rapide au monde, les graphiques intégrés les plus performants au monde dans un ordinateur personnel et d’incroyables performances d'apprentissage automatique avec le moteur neuronal d'Apple. Avec sa combinaison unique de performances remarquables, de fonctionnalités puissantes et d'une efficacité incroyable, M1 est de loin la meilleure puce que nous n’ayons jamais créée. "
Apple Macbook Air motorisé par la puce M1 (Crédit photo: Apple)
Par rapport à la dernière génération de Mac animée par des processeurs d’Intel, Apple annonce des gains de performances d’un facteur 3,5 en calcul, 6 en traitement graphique et 15 en apprentissage automatique, le tout avec une efficacité énergétique triplée qui promet un doublement de l’autonomie de batterie des Macbook. L’amélioration de l’efficacité énergétique constitue le grand avantage de la technologie ARM. Ce n’est pas un hasard si elle est au cœur de presque tous les mobiles. Les nouveaux Macbook se contentent ainsi d’une consommation de seulement 10 W avec la promesse d’une autonomie de 15 à 20 heures selon les usages.
16 milliards de transistors sur 120 mm2
Avec les microprocesseurs d’Intel, Apple devait ajouter d’autres composants (processeur graphique, circuit d’entrées/sorties, mémoires, sécurité…) pour créer le moteur à hautes performances de ses Mac. L’ensemble de ces éléments est maintenant intégré dans la puce M1, offrant des gains d’encombrement, de simplicité, de temps de latence ou encore de consommation. La puce comprend huit cœurs de calcul (quatre à hautes performances et quatre à forte efficacité énergétique) et huit cœurs de traitement graphique qui accèdent à une mémoire unifiée. Plus besoin de dupliquer les données entre différents niveaux de mémoire pour les fournir aux unités de traitement. Au total, M1 entasse 16 milliards de transistors. Apple n’en dévoile pas la taille. Mais si on la compare à la puce A14 de l’iPhone 12 qui réunit 11,8 milliards de transistors sur 88 mm2 selon le cabinet TechInsights, elle devrait mesurer 120 mm2.
"En passant à ses propres puces basées sur ARM, Apple peut augmenter les capacités de ses Mac en bénéficiant de l'intégration profonde entre le logiciel et le matériel que l'on trouve dans l'iPhone et en utilisant les fonctionnalités intégrées de traitement graphique, sécurité, contrôle de mémoire et de stockage, et processeur d'apprentissage automatique, commente David McQueen, analyste au cabinet ABI Research. Cette intégration est renforcée par le lancement de Mac OS Big Sur, le premier Mac OS conçu par Apple pour sa puce M1."
Avec ce lancement, Apple unifie l’architecture de traitement de tous ses appareils (iPhone, iPad, Apple Watch et maintenant Mac), offrant aux utilisateurs un fonctionnement plus transparent entre tous ses produits et une meilleure expérience utilisateur. Cela devrait également bénéficier aux développeurs qui pourront créer beaucoup plus facilement des applications fonctionnant sur tous les produits de la marque à la pomme avec une expérience d’utilisateur plus riche et plus transparente.
Une étape vers la connectivité 5G
Selon l’analyste d’ABI Research, Apple franchit ainsi une étape importante vers l'intégration de la connectivité 5G dans ses Mac. "Ce changement pourrait ouvrir la voie à la possibilité pour tous les appareils d'Apple d'activer la connectivité 5G, offrant potentiellement une intégration étroite avec ses propres modems 5G à l'avenir, après avoir acheté la majorité de l'activité de modems pour smartphones d'Intel, qui s'est achevée en décembre 2019, prévoit-il. Si une telle initiative devait se concrétiser, elle pourrait être l'impulsion dont le secteur a rêvé, devenant le catalyseur pour stimuler la demande dans le secteur afin de tenir la promesse d'expériences de calcul mobile améliorées."
Depuis 42 ans, l’industrie des PC reste fidèle à l’architecture X86 de microprocesseurs détenue par deux fournisseurs dans le monde : Intel et AMD. Le passage d’Apple à l’architecture ARM pourrait constituer un tournant majeur. D’autres constructeurs de micro-ordinateurs, comme Lenovo, HP, Dell, Asus ou Acer, ont-ils la capacité d'imiter Apple? " Non, j'en doute, car aucun fabricant traditionnel de PC ne dispose de ses propres capacités de traitement et s'appuie plutôt sur des puces tierces, à savoir celles d'Intel et d'AMD, répond David McQueen. Cependant, au cours des dernières années, ils ont désormais la possibilité d'utiliser des puces ARM de Qualcomm, qui va être rejoint par MediaTek qui vient d'annoncer de nouveaux processeurs MT8192 et MT8195 conçus pour la prochaine génération de Chromebooks, mais ceux-ci ne sont pas 5G. " En dehors de Qualcomm et MediaTek, il y a aussi potentiellement Samsung et Huawei qui ont la capacité de développer leurs propres puces selon l'analyste d'ABI Research.
Selon le cabinet TrendForce, Apple devrait écouler 15,5 millions de Macbook en 2020, en bond de 34,1 % par rapport à 2021, et grâce à la puce M1 ses ventes devraient atteindre un record de 17,1 millions en 2021, portant sa part du marché des PC portables à 8,7 %.



