Apple plaque Intel pour motoriser ses Mac avec des puces "maison", une révolution

Apple se donne deux ans pour remplacer les processeurs d’Intel dans ses Mac par ses propres puces, comme il le fait déjà pour ses iPhone. De quoi bouleverser le marché de la micro-informatique et pénaliser durement le roi des microprocesseurs de PC.

 

Réservé aux abonnés
Apple Mac avec puce maison
Il n'y aura pas de processeur Intel dans les futurs Mac...

C’est décidé, Apple ne fera plus appel aux microprocesseurs d’Intel pour ses Mac. Le géant californien de la high-tech se donne deux ans pour motoriser toutes ses machines avec ses propres puces, comme il le fait pour ses iPhone, iPad et autres produits. Ses premiers MacBook avec un processeur maison seront lancés à la fin de l’année. C’est ce que le PDG d'Apple Tim Cook a annoncé lors de l’ouverture de WWDC, l’évènement annuel d’Apple dédié aux développeurs, le 22 juin 2020.

Obsession : se différencier sur le marché

Depuis 2010, Apple est engagé dans une stratégie d’intégration verticale visant à maîtriser les puces clés de ses produits. L’obsession étant de se différencier de la concurrence en optimisant le matériel à son système d’exploitation avec, à la clé, des gains significatifs d’efficacité, de performances, de consommation ou encore de coût. Il met en œuvre cette stratégie sur un modèle « fabless », se contentant de développer ses puces puis d’en confier la fabrication à des fondeurs de semi-conducteurs comme le taïwanais TSMC. Aujourd’hui, tous ses produits sont motorisés par des puces "maison", à l’exception des Mac qui utilisent depuis 2005 des microprocesseurs d’Intel.

Apple se prépare donc à mettre fin à quinze ans de relations avec Intel, qui équipe près de 85% des PC écoulés dans le monde. Tim Cook justifie le changement par la volonté d’optimiser ses Mac en termes de performances et consommation, et de simplifier le travail des développeurs en unifiant la plateforme matérielle de ses produits. Le groupe californien a fait le pari de créer ses puces sur l’architecture de processeurs ARM (une société britannique de propriété intellectuelle), une technologie connue pour ses avantages en consommation et coût par rapport à l’architecture traditionnelle X86 promue par Intel, ce qui en fait la norme dans les mobiles. C’est cette rupture qu’Apple compte amener dans le monde des micro-ordinateurs, chasse gardée jusqu’ici de l’architecture X86.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Meilleur contrôle par Apple de son destin

" Il y a des avantages évidents à étendre cette stratégie d’intégration verticale au dernier bastion de l'architecture X86, les Mac, explique à L’Usine Nouvelle Linn Hung, analyste au cabinet IDC. Apple n'aura plus à compter sur la production d'Intel pour son approvisionnement et n'aura plus à se fier à la feuille de route de son fournisseur pour les fonctionnalités de ses produits. Il y a des avantages financiers à internaliser le processeur ainsi que des directions intéressantes pour le Mac avec une intégration plus profonde des plateformes iOS et MacOS dans le domaine tactile ou même 5G. Apple économisera de l’argent sur le long terme et aura plus de contrôle sur son propre destin. "

Pour Intel, ce changement est une mauvaise nouvelle. Apple, quatrième constructeur de micro-ordinateurs, est son quatrième plus gros client, derrière Dell, Lenovo et HP. Selon un analyste de Trading Places Research, sa défection représente une perte de chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars. Un impact que Linn Huang minimise. " Au cours des dernières années, Apple représente chaque année environ 8% des livraisons dans le monde de PC motorisés par des processeurs d’Intel, explique-t-il. La perte de ce marché, bien que non négligeable, ne va pas tuer Intel dans l’immédiat. Dans quelques années, il y aura 8% de boîtes de processeurs en moins en compétition pour les PC. Et Intel a montré un penchant à succomber à une pénurie embêtante ici et là au cours des deux dernières années. Par conséquent, bien que ce ne soit pas une bonne nouvelle en apparence pour Intel, nous nous attendons à ce que cela crée un support des PC sous Windows plus compétitif. Intel pourra ainsi compenser la perte du marché d’Apple. Il continuera à aller plus que bien. " D'ailleurs, l'annonce d'Apple n'a eu aucun impact en Bourse sur Intel.

Echec de Qualcomm

Depuis deux ans, Qualcomm, numéro un mondial des puces mobiles, tente d’imposer ses processeurs à architecture ARM dans l’univers des PC. Ses puces ont été adoptées par les constructeurs Lenovo, HP et Asus, tous clients d’Intel. Mais cette adoption reste limitée par les difficultés de transcoder les applications de l’univers X86 vers celui d’ARM. L’exemple d’Apple peut-il changer la donne et les inciter à adopter d’avantage la technologie ARM, ce qui serait encore plus dévastateur pour Intel ?

L’analyste d’IDC ne le croit pas. " Apple ne joue pas dans la même ligue que les autres constructeurs de PC de premier rang en termes de volumes, rappelle-t-il. Intel aura probablement la possibilité de compenser la perte de volumes des Mac par des gains auprès d'autres constructeurs. Donc, ce divorce ressemble à un cas de figure dans lequel les enfants seront épargnés par le drame. Un pan spécifique de l'industrie pourrait toutefois subir des changements sismiques : celui des développeurs. Aujourd'hui, ils sont nombreux à coder leurs applications sur MacBook pour les terminaux sous iOS comme l’iPhone. À l'avenir, ils pourraient potentiellement le faire sur une plateforme unifiée ARM, du Mac au serveur, en passant par l’iPhone. Certains voient dans cette logique le son de cloche de la mort de l’architecture X86. Je ne suis pas prêt à aller aussi loin. "

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.