Vittel, Perrier, Contrex… Au moins un tiers des marques d’eau en bouteille auraient eu recours à des traitements illégaux

Une enquête du Monde et de la cellule d'investigation de Radio France publiée mardi 30 janvier révèle que plusieurs industriels dont Nestlé Waters et Sources Alma ont eu recours à des filtrations illégales de leurs eaux minérales avant leur embouteillage. Des pratiques trompeuses, que le premier reconnaît auprès de L'Usine Nouvelle, et qui serviraient à pallier les contaminations régulières des sources des producteurs d'eau en bouteille.

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Vittel - ligne d'embouteillage
Les eaux minérales et de source, contrairement à l’eau du robinet bien moins onéreuse, ne doivent pas être désinfectées pour être compatibles avec le cadre réglementaire.

Il va y avoir de l’eau dans le gaz entre les consommateurs et les producteurs d’eau en bouteille. Plusieurs d’entre eux, dont Nestlé Waters (Perrier, Vittel, Contrex, Hépar…), leader du secteur dans l’Hexagone, ou encore les Sources Alma (Cristaline, Mont Blanc, St Yorre, Courmayeur…), ont fait subir des traitements illégaux à leurs eaux minérales, selon Le Monde et la cellule investigation de Radio France qui ont publié une enquête sur le sujet mardi 30 janvier.

Pis, l’Inspection générale des affaires sociales, dans un rapport confidentiel remis au gouvernement en juillet 2022, estime que 30% des marques françaises d’eau en bouteille ont eu recours à des techniques de purification illicites pour leurs eaux minérales et de source. Celles-ci – contrairement à l’eau du robinet, moins onéreuse – ne doivent pas être désinfectées pour être compatibles avec le cadre réglementaire. Les deux médias, qui ont pu consulter le document, en citent un extrait d’autant plus révélateur : «La mission n’a pas de doute sur le fait que la proportion de 30% [des dénominations commerciales concernées, ndlr.] sous-estime le phénomène et que l’ensemble des minéraliers soient concernés».

Une déclaration qui contredit Sébastien Jacques, le délégué général de la Maison des Eaux Minérales Naturelles, le syndicat des minéraliers français. Celui-ci avait affirmé à L’Usine Nouvelle début janvier qu’aucune filtration n’était effectuée dans les usines. Au moment de la publication de cet article, la Maison des Eaux Minérales Naturelles n’avait pas répondu à nos sollicitations.

Les sources de Nestlé Waters régulièrement contaminées

La totalité des marques de Nestlé Waters serait concernée par ces traitements. Le groupe suisse, probablement au courant des révélations à venir du Monde et de Radio France, a pris les devants et reconnu ses torts dans les Echos le 29 janvier. Il justifie l’emploi de filtres à charbon actif et d’un traitement aux ultraviolets par la nécessité de «surmonter l’impact du dérèglement climatique et la montée du stress hydrique qui affectaient en partie la minéralité de ses eaux». Mais il ne mentionne pas les contaminations microbiologiques et les pollutions chimiques qui surviennent régulièrement dans ses sources et qui, selon les deux médias, l’obligent à traiter l’eau.

Contacté par L’Usine Nouvelle, le numéro 1 de l’eau en bouteille en France confirme qu’il doit «adapter son activité, ses pratiques et ses sites aux évolutions de l’environnement autour de ses sources, qui peuvent parfois rendre difficile le maintien de la stabilité des caractéristiques essentielles d’une eau minérale naturelle, requise par le cadre réglementaire». Il reconnaît avoir pris des mesures de protection «qui n’étaient pas en ligne avec le cadre réglementaire ou son interprétation en France» sans préciser pendant combien de temps, car il ne connaîtrait pas «l’historique exact». Interrogé au sujet des éventuelles contaminations régulières de ses puits, Nestlé Waters esquive et affirme que la sécurité alimentaire de ses eaux minérales naturelles a «toujours été garantie» et leur composition minérale «préservée».

Sources Alma affirme ne pas avoir recours «aux filtrations non autorisées»

Du côté des Sources Alma, auprès desquelles la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête en 2020, on affirme qu’aucune des eaux du groupe ne sont concernée par les problèmes de contamination mentionnés dans les travaux du Monde et de Radio France à propos de Nestlé Waters. Les enquêteurs, dans une note, avaient pourtant indiqué que le groupe usait de «traitements non autorisés pour prévenir ou traiter les contaminations épisodiques survenant à la source». Interrogé par L’Usine Nouvelle, un porte-parole de Sources Alma affirme : «Nos eaux minérales et de source sont conformes aux arrêtés préfectoraux autorisant leur embouteillage et ne font pas l’objet de filtrations non autorisées».

Nestlé Waters avait informé le gouvernement de ses pratiques illégales dès 2021. Il l’a par la même occasion convaincu de modifier le cadre réglementaire qui interdit aux industriels la microfiltration inférieure à 0,8 micron, comme l’atteste le compte rendu d’une rencontre interministérielle organisée en février 2023 consulté par Le Monde et Radio France. Une façon pour lui de continuer de traiter ses eaux minérales – en abandonnant toutefois les traitements ultraviolets et les filtres au charbon actif – sans qu’elles ne perdent leur appellation d’eaux minérales naturelles.

Nestlé Waters a toutefois indiqué à L’Usine Nouvelle avoir été contraint de suspendre des puits utilisés pour les marques Hépar et Contrex dans les Vosges. L’industriel lance également une nouvelle gamme d’eaux aromatisées à partir des eaux de plusieurs puits sur son site de Vergèze (Gard) qui ne peuvent plus être considérées comme minérales. Auprès des Echos, Nestlé Waters affirmait que la production de ces eaux, estimée à 1,7 milliard de bouteilles par an, avait chuté à 1,2 milliard depuis l'arrêt des traitements illicites.

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