Sous le ciel bleu azur, la menace plane. À Vergèze (Gard), près de 10% de chômage, le printemps charrie les mauvaises nouvelles. Début avril, c’est la verrerie O-I, fournisseur historique des bouteilles de Perrier, qui a annoncé la suppression des 164 emplois du site. «L’inquiétude planait avec des rumeurs de restructuration sur l’ensemble des sites d’O-I Illinois en France, confie la maire Pascale Fortunat-Deschamps. Mais là, c’est l’effet de surprise : l’usine de Vergèze est rayée de la carte. L’entreprise gagne de l’argent, elle est rentable. La décision est compliquée à comprendre.»
Dans la grande salle où nous reçoivent les syndicats de l’usine, les salariés tentent de rester optimistes malgré l’incertitude liée à la recherche d’un repreneur. La chute de la verrerie a été précipitée par l'un des anciens propriétaires des lieux, Nestlé, ce dernier réduisant sa demande en bouteilles sur son usine d'embouteillage.
24000 tonnes en moins pour Perrier
«La demande de bouteilles Perrier baisse depuis quelques années sur les grands formats, détaille Jacky Cortier, représentant CGT, le syndicat majoritaire. Le nombre de cols bleus est stable mais pour nous, le tonnage est moins élevé. Donc mécaniquement, nos coûts de production augmentent. Par ailleurs, historiquement, nous fournissions 80000 tonnes de verre à Perrier (et 30000 à Heineken). Sauf que cette année, Perrier s’est tourné vers du verre blanc pour sa nouvelle gamme Maison Perrier. Ces bouteilles sont fabriquées à Puy-Guillaume (Puy-de-Dôme). Nous avons perdu 24000 tonnes.»
Dans son communiqué du 8 avril, l’industriel américain s’est contenté d’évoquer une situation globale complexe, conduisant à la suppression «nette» de 320 emplois sur le territoire. «Le marché du verre en France a été fortement mis à l’épreuve, principalement en raison du ralentissement du marché du vin. Ce ralentissement, combiné à une surcapacité et à une forte concurrence, a conduit l’entreprise à envisager des actions supplémentaires pour améliorer sa compétitivité à long terme», est-il indiqué dans le communiqué.

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Avis aux repreneurs
Pas question pour l’instant de baisser les bras du côté de Vergèze. Les syndicats se sont accordés sur la stratégie : maintenir l’outil en marche pour séduire un repreneur. Ils égrainent donc les qualités d’un site dont tout le monde est fier. «Le niveau de profitabilité de Vergèze est de 7%, confie Santiago Bruno, autre représentant CGT présent à cette réunion. Sur la logistique, nous sommes imbattables : quand vous coupez la pâte de verre, une heure et demie plus tard, c’est chez Perrier. On leur assure tout le stockage en amont.»
«Par exemple, pour Heineken, on a su leur baisser de 10 grammes le poids des bouteilles, souligne Ivan Palier, de chez FO. Nous sommes très bons sur la satisfaction client, grâce à un véritable savoir-faire. C’est un métier passionnant.» Ce qui ne veut pas dire que tout est rose, les représentants syndicaux dénonçant un sous-investissement chronique de la part d’O-I sur le site. Le four devra être refondu en 2027.
Succession de mauvaises nouvelles sur le territoire
En l’absence de repreneur, un nouveau coup dur se profilerait pour le territoire. Fin 2024, Royal Canin a annoncé la suppression de 100 postes dans la commune avoisinante d’Aimargues. À quarante kilomètres de là, Eminence, un fabricant de lingerie, bat de l’aile. Une soixantaine d’emplois sont menacés. Aussi, la possible perte de l’appellation «eau minérale naturelle» à Perrier, avec une décision du préfet attendue d’ici à la fin juin, pourrait être un nouveau coup rude pour la commune de Vergèze. Dans ce climat d’incertitude, difficile pour l’instant de savoir combien des 1000 emplois pourraient être affectés par l’annonce. La maire, elle, appelle au maintien coûte que coûte de l’appellation.



