A deux semaines des enchères de la 5G, une soixantaine d’élus, dont les maires EELV de Besançon, Bordeaux, Grenoble, Marseille, Lyon, Strasbourg et Tours, ont choisi de mettre la pression sur le gouvernement en appelant à un moratoire jusqu’en 2021. Ils le disent clair et net dans une tribune publiée dans le JDD le 12 septembre 2020. Parmi les signataires figurent des grands noms de la gauche, dont Yannick Jadot, député européen EELV, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône (FI) et François Ruffin, député de la Somme (FI).
Risque de retard de la France
Le gouvernement prévoit d’organiser les enchères des fréquences 5G le 29 septembre 2020 avec l’espoir de lancement des services commerciaux à la fin de l’année. Il plaide l’urgence pour ne pas prendre du retard sur d’autres pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni au risque de priver les entreprises françaises d’une technologie clé de leur compétitivité.
Les signataires avancent le principe de précaution et demandent d’attendre les conclusions des études d’impacts sanitaires et environnementaux. Ils craignent que la 5G ne provoque une augmentation de la consommation d’énergie et des déchets et qu'elle n’accélère l’épuisement des ressources. " La technologie 5G est conçue pour permettre des débits dix fois supérieurs à la 4G sur les smartphones, mais son déploiement en France aboutira à un 'effet rebond par la hausse de la consommation de données et d'usage des télécommunications, synonyme d'une très forte consommation d'énergie par la sollicitation des antennes et des serveurs, écrivent-ils...Le déploiement de ce réseau mobile va donc impliquer un renouvellement d'une large part du matériel, augmentant encore l'empreinte écologique et le poids des déchets, et cela pour tenter de bénéficier d'une nouveauté technologique dont l'utilité reste à démontrer. Une étude d'impact environnemental préalable sur la 5G est donc nécessaire avant d'envisager son déploiement'. "
Etude des expositions aux ondes
Sur le plan sanitaire, ils pointent le risque de surexposition aux ondes électromagnétiques, car les ondes 5G s'ajoutent à celles des technologies antérieures 2G, 3G et 4G, et demandent d’attendre les conclusions de l’étude de l’Anses sur le sujet, prévues pour le premier semestre 2021, avant de lancer le déploiement. Ils font de cette mesure un principe de vigilance citoyenne plus que jamais nécessaire en matière de santé publique. " Ce temps d'analyse redonne à l'Etat son rôle souverain sur les questions sanitaires au regard de l'intérêt collectif plutôt que d'intérêts économiques industriels ", soulignent-ils.
Enfin, ils mettent en avant le risque d’aggravation de la fracture numérique. " Alors que la technologie 4G n'est toujours pas totalement déployée, que les collectivités dépensent des sommes importantes pour équiper en fibre les espaces ruraux et des espaces mal desservis, l'arrivée de la 5G risque surtout d'aggraver les fractures numériques existantes, craignent-ils. Nous nous interrogeons sur le rôle de la 5G et de l'Internet mobile dans la résorption de la fracture numérique. Nous souhaitons que les communes aient la capacité de choisir le mode d'accès à internet et la maîtrise du développement des réseaux numériques. "
Contre une 5G chinoise de Huawei
Le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a répondu à cet appel sur France 2, en défendant le calendrier de déploiement de la 5G en France, estimant que ce serait "une erreur dramatique de ne pas le faire. Ça nous priverait d'avancées en matière médicale, de gestion des flux d'énergie, de gestion des transports."
Invité à la matinale de France Inter, ce lundi 14 septembre 2020, Yannick Jadot, est d’accord sur l’intérêt industriel de la technologie mais demande du temps pour s’assurer de disposer d’une technologie européenne compétitive face à celle du chinois Huawei. " Je ne suis pas contre une nouvelle technologie, a-t-il martelé. Mais pour des questions de sécurité des données, je ne veux pas d’une 5G chinoise faite par Huawei. Il faut laisser du temps à Nokia et Ericsson pour progresser dans cette technologie et créer un grand acteur européen. " En France, deux opérateurs, Bouygues Télécom et SFR, font appel à Huawei dans la 4G et espèrent reconduire l'équipementier télécoms chinois dans la 5G, tandis que Free, qui utilise Nokia dans la 4G, s'est vu refuser l'autorisation de recourir à Huawei.
Plusieurs maires EELV, dont Pierre Hurmic à Bordeaux (Gironde), Michèle Rubirola à Marseille (Bouches du Rhône) et Eric Piolle à Grenoble (Isère), menacent d’utiliser leurs pouvoirs pour bloquer le déploiement d’antennes 5G dans leurs villes. Ce qui promet un long bras de fer avec le gouvernement.



