[Édito] Un soutien aux médicaments essentiels sanctuarisé

Outre l’importance de soutenir l’innovation dans le secteur de la santé, en s’intéressant à la bioproduction, à la santé numérique ou aux nouveaux dispositifs médicaux, en 2023, l’État s’était engagé à s'intéresser aussi aux médicaments plus matures. Après une première vague de soutiens à sept entreprises qui avaient postulé à l’appel à projets « Industrialisation et Capacités Santé 2030 », en juin 2023, sept nouvelles entreprises ont été sélectionnées.

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Le gouvernement soutient les médicaments essentiels, en parallèle d'un soutien à l'innovation.

En visitant, lundi 6 janvier 2024, le site industriel d’EuroAPI à Vertolaye (Puy-de-Dôme), le ministre de la Santé et de l’Accès aux soins Yannick Neuder et le ministre de l’Industrie et de l’énergie Marc Ferracci ont relancé le dossier de la relocalisation en France de la production de médicaments essentiels. Outre l’importance de soutenir l’innovation dans le secteur de la santé, en s’intéressant à la bioproduction, à la santé numérique ou aux nouveaux dispositifs médicaux, en 2023, l’État s’était engagé à soutenir aussi des médicaments plus matures, souvent bon marché, faisant appel à des technologies de production standard, mais qui ne sont plus (ou quasiment plus) produits en France et en Europe. Une menace bien réelle pour notre sécurité sanitaire, qui avait été mise en lumière avec l’épisode du Covid-19.

Première vague en 2023

En juin 2023, après une première vague de soutiens à sept entreprises qui avaient postulé à l’appel à projets « Industrialisation et Capacités Santé 2030 », géré par Bpifrance dans le cadre de France 2030, sept nouvelles entreprises ont été sélectionnées. Ceci porte à quelque 300 millions d’euros le montant des investissements qui devraient être réalisés par ces quatorze industriels pour leurs projets de relocalisation, moyennant une aide de l’État de 50 M€.

Dans cette promotion 2025, figure notamment Zach Systems, filiale de l’italien Zambon, qui compte injecter 48,7 M€ dans son site d’Avrillé (Maine-et-Loire) pour augmenter la capacité de production de principes actifs essentiels. Le groupe de Chenôve (Côte d’Or), AdhexPharma, compte investir 24,2 M€ dans la relocalisation de médicaments qui seront présentés sous forme de patchs ou de films orodispersibles. Le toulousain Ipsophène est soutenu pour un investissement de 14 M€, visant à mettre en place un procédé innovant de fabrication de paracétamol avec une faible empreinte carbone. À ces trois plus gros investissements s’ajoutent les projets de Delpharm Lille, Delpharm Tours, Benta Lyon, et NextPharma. EuroAPI, visité ce lundi, appartenait à la première promotion de 2023, avec deux projets d’augmentations de capacités dans les antibiotiques macrolides, les corticoïdes anti-inflammatoires, et les antidouleurs morphiniques, à Vertolaye (Puy-de-Dôme) et Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Figuraient à ses côtés, Interor, Aguettant, SkyePharma, Ethypharm, et Benta Lyon.

Une définition européenne en attente

Mais qu’entend-on exactement par médicaments essentiels ? En France, on a désormais les idées claires, avec une liste de 450 molécules. 193 ont été jugées éligibles à l’appel géré par Bpifrance, en raison de leur intérêt thérapeutique et de la vulnérabilité de leurs approvisionnements. Avec les quatorze projets aidés, ainsi que ceux déjà soutenus par France Relance, 42 molécules verront leur production renforcée. Au niveau européen, il faudra encore avancer sur le sujet, dans le cadre de la nouvelle Alliance pour les médicaments critiques (Critical Medicines Alliance), lancée en avril 2024, qui doit rédiger un acte législatif européen sur le sujet, au printemps 2025. La France espère y voir figurer une liste européenne de médicaments vulnérables, un plan d’investissement européen coordonné pour renforcer leur production, la publication d’un cadre pour favoriser la commande publique ou encore des mesures pour rendre la concurrence plus équitable avec les acteurs extra-européens qui ont pris le monopole de la production de principes actifs essentiels. Les avancées sont encore modestes, mais Vincent Touraille, président du Sicos, estime que 2024 fera date pour le secteur de la chimie fine pharmaceutique, en devenant l’année de la prise de conscience de l’importance de cette industrie, tant pour l’économie que pour la souveraineté de la France.

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