[Édito] Le paracétamol, tout un symbole

La cession d'Opella, la branche santé grand public de Sanofi, a créé beaucoup d'émois dans les média et la société. L'explication se trouve sans doute dans le portefeuille d'Opella. Il abrite, en effet, le Doliprane, marque emblématique de paracétamol, le médicament le plus vendu dans l'Hexagone.

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Doliprane, Dafalgan, deux marques de paracétamol vendues dans les pharmacies françaises.

Cette fois, le feuilleton Opella semble avoir trouvé son épilogue. L’offre de l’investisseur français PAI écartée, Sanofi entre en négociations exclusives avec la société d’investissement américaine CD&R pour lui céder 50 % de sa filiale de santé grand public. Le laboratoire restera un actionnaire « significatif » avec 48 % du capital. L’État français devrait participer jusqu’à 2 %, via Bpifrance, tout en ayant réussi à imposer des clauses qui garantissent l’emploi, des investissements (70 M€ sur cinq ans) et le maintien du siège et des activités de R&D en France, au risque de se voir appliquer des pénalités dissuasives.

Dans cette transaction, qui devrait être finalisée au plus tôt au deuxième trimestre 2025, Opella, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 5,2 milliards d’euros en 2023, se trouve valorisée autour de 16 Mrds €. Et l’objectif de ses actionnaires est bien de voir s’envoler la valeur de cette filiale de 11 000 collaborateurs, opérant dans 100 pays et gérant 13 sites de production et quatre centres de recherche et d’innovation. Avec un portefeuille de marques comme Allegra, Doliprane et Dulcolax, assorti de vitamines, minéraux et compléments alimentaires, Opella serait déjà numéro trois mondial derrière Kenvue (ex-Johnson&Johnson), Haleon (ex-GSK et Pfizer) et devant Viatris (ex-Pfizer et Mylan). Car ce désengagement des grands laboratoires mondiaux de l’OTC est une tendance de fond, réclamée par les investisseurs, pour apporter de la croissance à ces pure players. Non pas pour les démanteler.

Une molécule incontournable

Alors que la cession d’Opella était programmée depuis un an, ce qui frappe, c’est l’émoi provoqué par sa concrétisation. Mais Opella n’est pas n’importe quel laboratoire. C’est le propriétaire et fabricant du Doliprane, la plus célèbre marque de paracétamol, devenue une molécule incontournable avec la crise du Covid-19. Aux premières heures de l’épidémie, le paracétamol était, en effet, la seule arme pour lutter contre la fièvre liée à l’infection, alors que les anti-inflammatoires non stéroïdiens, de type ibuprofène, étaient déconseillés. Puis, Emmanuel Macron s’est emparé de la molécule pour en faire le symbole d’une souveraineté sanitaire à retrouver, alors que la question des tensions et ruptures d’approvisionnement a pu être portée à la connaissance du grand public. Le paracétamol n’étant plus produit en Europe depuis 2008, le président a su convaincre Seqens d’investir dans sa production, à Roussillon. Un acteur plus « exotique », Ipsophene, s’est ensuite positionné à Toulouse. Des tensions existent sur des antibiotiques, des médicaments cardiovasculaires, des anticancéreux… Pourtant, c’est de Doliprane dont on craint de manquer.

Des contrats verrouillés pour Seqens

Du côté de Seqens, ce changement d’actionnariat d’Opella n’est pas perçu comme une menace. Le groupe a verrouillé un contrat à long terme sur dix ans (au départ de 2022) avec Sanofi, ainsi qu’avec UPSA. Les deux laboratoires auront une part significative de la capacité de 15 000 t/an promise par Seqens, sans pour autant être les seuls clients de ce paracétamol qui sera proposé à un coût compétitif, avec une empreinte carbone réduite, grâce à un procédé totalement revisité. Quant à UPSA, il a déclaré qu’il « ne laissera[it] pas monter la fièvre ! ». Fort de sa capacité de production française de 450 millions de boîtes de médicaments à base de paracétamol par an, le laboratoire, qui soutient donc Seqens, mais aussi Ipsophene par le biais d’une prise de participation, a sous-entendu que, si d’aventure, l’ex-branche de Sanofi réduisait la voilure sur le Doliprane, on pourrait toujours compter sur ses Dafalgan et Efferalgan. Deux marques emblématiques du laboratoire depuis près de 90 ans.

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