Sanofi n’est pas rassasié. La semaine dernière, le laboratoire finalisait le rachat de Blueprint Medicines, sa plus grosse acquisition depuis 2018, sur le segment des maladies rares, pour laquelle il avait dépensé plus de 9 milliards de dollars.
Cette fois-ci, la somme est plus modeste, mais Sanofi va tout de même débourser plus d’un milliard de dollars (1,15 milliard) pour s’emparer de la biotech britannique Vicebio. La somme pourrait même atteindre 1,6 milliard de dollars, selon le succès des développements à venir. Une opération d’envergure qui va venir directement étoffer le pipeline de Sanofi.
Vicebio a avancé, en essai clinique de phase I, un vaccin combiné contre le virus respiratoire syncytial (VRS), responsable notamment de la bronchiolite, et contre le métapneumovirus humain (hMPV). Ce deuxième virus, moins connu, appartient à la même famille que le VRS. Il provoque des symptômes assez communs (toux, maux de tête, etc.) généralement bénins mais qui peuvent être aggravés chez les personnes fragilisées. Comme le VRS, il fait partie de la galaxie des infections de l’hiver responsables de plusieurs dizaines de milliers d’hospitalisations chaque année. « Cette acquisition renforce l'engagement de Sanofi en faveur de l'innovation vaccinale avec le potentiel de développer des vaccins combinés de nouvelle génération qui pourraient offrir aux personnes âgées une protection contre plusieurs virus respiratoires en une seule immunisation », rappelle Jean-François Toussaint, responsable mondial de la R&D Vaccins de Sanofi.
Sanofi dans la course pour amener un vaccin bivalent sur le marché
Plusieurs laboratoires sont positionnés sur cette approche combinée, avec un vaccin unique capable de protéger de deux maladies. Sanofi, lui-même, dispose d’un vaccin à ARNm, actuellement en phase I contre le VRS et hMPV. Le produit est en concurrence frontale avec un sérum de Moderna, en phase II. Avec les difficultés financières de la biotech, contrainte de choisir ses projets, celui-ci pourrait avancer au ralenti.
Le concurrent le plus sérieux pour Sanofi reste ainsi le produit d’Icosavax. Un vaccin qui s'appuie sur une approche avec des particules pseudovirales comme antigène. La biotech peut compter sur le soutien d'AstraZeneca, qui s'est emparé d'elle à la fin de l'année 2023 et a déboursé 800 millions de dollars (1,1 milliard de dollars potentiels) pour mettre la main sur son candidat-vaccin, prévu pour être le premier sur le marché.
Si le produit du tandem AstraZeneca/Icosavax devrait gagner la course, Sanofi veut s’appuyer sur la technologie prometteuse de Vicebio pour faciliter la commercialisation, encore lointaine, de son propre vaccin bivalent, et se tailler une part de marché conséquente.
Un vaccin plus simple à produire et à transporter
Vicebio a développé une approche appelée Molecular Clamp (ou pince moléculaire). « Une approche délibérément simple mais réfléchie pour améliorer davantage la conception des vaccins », souligne Jean-François Toussaint.
Concrètement, elle stabilise les protéines virales utilisées comme antigène. Cette version stabilisée aide les défenses de l’organisme à bien reconnaitre les protéines virales après l’injection du vaccin. Surtout, la technologie optimise les conditions de conservation et de transport, un paramètre qui peut faire la différence pour conquérir un marché à large échelle, très dépendant de la demande hospitalière.
La technologie permet un développement plus rapide de vaccins combinés sous forme liquide, à conserver à des températures de réfrigération classiques, rendant à la fois leur utilisation plus simple. La production à grande échelle, possiblement sous la forme de seringues préremplies, est également facilitée. De quoi justifier un prix d'acquisition, légèrement supérieur à celui d'AstraZeneca pour Icosavax, qui confirme les ambitions de Sanofi sur les vaccins.
Sanofi mise sur le VRS et les infections hivernales
Sanofi veut s’offrir différentes approches technologiques pour amener un vaccin bivalent… ou trivalent. Au-delà de l’association VRS et hMPV, le laboratoire français avance une triple combinaison VRS, hMPV et PIV3 (Parainfluenza virus de type 3), sous la forme d’un vaccin à ARNm, pour endiguer encore davantage les infections respiratoires hivernales. Une triplette sur laquelle travaille aussi Vicebio, avec un produit encore en préclinique.
L’avancée d’un possible vaccin bivalent ou trivalent, pour les personnes âgées, renforcerait encore sa franchise VRS où Sanofi dispose déjà du Beyfortus, son traitement préventif destiné au nourrisson. Le produit, qui a facilement dépassé le milliard de dollars de ventes, n’était peut-être qu’un premier jalon posé par Sanofi.



