Comme souvent, Donald Trump a manié la carotte et le bâton pour l’industrie pharma. Le président américain a évoqué une surtaxe de 200 % pour les médicaments, via de nouveaux droits de douane. « Nous annoncerons très bientôt quelque chose pour les produits pharmaceutiques », a-t-il lancé le 8 juillet, à l’occasion d’un conseil des ministres. La mesure de taxation ne serait cependant pas effective dans l’immédiat. « Nous donnerons aux gens un an à un an et demi pour venir ici », a-t-il ajouté, laissant entrevoir une marge de négociations.
L’industrie pharma est dans le viseur du président américain depuis de longs mois. Jusqu’à présent, Donald Trump avait évoqué une surtaxe de l’ordre de 25 %. Des droits de douane annoncés régulièrement comme imminents… et reportés avec la même cadence. Les laboratoires sont accusés d’avoir massivement délocalisé, notamment en Irlande. « Nous ne produisons plus rien ici en termes de médicaments », avait taclé Donald Trump, au printemps dernier.
Face à la menace de droits de douane, de nombreux laboratoires ont opportunément communiqué sur des projets d’investissements sur le sol américain. Sur le seul début d’année, Lilly, MSD, J&J, ou plus récemment Sanofi ou les laboratoires suisses Novartis et Roche ont dévoilé des enveloppes de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
La crainte d’un exode des investissements
La politique américaine laisse craindre une chute des investissements destinés à l’Europe. En avril dernier, plusieurs patrons de grands laboratoires avaient appelé l’Europe à réagir. L’EFPIA, lobby européen de l’industrie pharma, avait chiffré à une centaine de milliards d’euros, les investissements qui pourraient faire défaut.
Le secteur espère mettre à profit ce débat pour avancer sur des revendications de longue date. L’industrie pharma plaide pour une R&D mieux soutenue et pour accélérer les délais réglementaires autour de la mise au point de nouveaux médicaments.
Il faut dire que les États-Unis savent se rendre attractifs. Avec le vote récent de sa « grande et belle » loi de finances, Donald Trump a prolongé les allégements fiscaux issus de la « Tax Cuts and Jobs Act », une mesure instaurée durant son premier mandat qui réduit le taux d’imposition des entreprises. Elle est régulièrement citée comme un facteur propice à l’installation de sites pharma. « Elle a été fondamentale pour les investissements de Lilly dans la production nationale », avait notamment déclaré David Ricks le p-dg de Lilly, à l’annonce d’une enveloppe de 27 Mrds $.
En mai, Donald Trump avait aussi signé un décret pour faciliter la production sur le sol américain, en demandant à son agence du médicament, la FDA, de réduire les délais, d’améliorer ses inspections ou encore « de travailler avec les industriels en amont, avant la mise en service des installations ». En parallèle, le décret exigeait de l’agence de l’environnement qu’elle facilite la construction de sites pharma.
Et si les laboratoires ne relocalisent pas aux États-Unis, Donald Trump dispose d’un deuxième levier : celui de baisser le prix des médicaments, plus élevés outre-Atlantique que dans le reste du monde. Une mesure choc annoncée en mai dernier, aux contours encore vagues. Une menace qui, si elle était exécutée, prendrait les allures d’un coup de massue pour l’industrie pharma.



