Il avait été le premier site français autorisé à assurer le remplissage du vaccin BioNTech-Pfizer contre le Covid-19 en 2021. Située à proximité de Dreux, au milieu des champs d'Eure-et-Loir, l’usine Delpharm de Saint-Rémy-sur-Avre est spécialisée dans le remplissage des formes liquides stériles et la lyophilisation, un procédé complexe et recherché.
« 18 millions de flacons stériles sont produits ici chaque année pour un chiffre d’affaires de 38 M€ en 2024 », présente David Cerf, directeur du site d'Eure-et-Loir. Construite dans les années 50 par le laboratoire américain Abbott, l’usine produisait, jusqu’au début des années 2000, des médicaments sous toutes formes galéniques, avant que la CDMO Delpharm ne l’acquiert en 2019 pour ajouter des capacités de lyophilisation à son portefeuille de services.
Au milieu des anciens locaux, le nouveau bâtiment de 1 000 m² inauguré hier par Delpharm en impose dès l’entrée du site. Fruit d’un investissement de 37 millions d’euros et à peine achevé, il abrite une nouvelle ligne de remplissage stérile inaugurée hier par la CDMO. « Pour le moment, l’usine est encore en cours de qualification mais lors de sa mise en service, prévue pour 2027, elle augmentera les capacités de production du site de 45 millions d’unités supplémentaires », anticipe David Cerf.
La nouvelle ligne de remplissage fournira également la possibilité de produire des flacons de 2 mL à 100 mL - contre 30 mL maximum pour l’ancienne ligne – à la cadence de 24 000 flacons par heure. Pour assurer une telle croissance, le site prévoit d’embaucher 60 personnes, qui rejoindront les 360 employés que compte déjà l’usine.

Delpharm La nouvelle ligne de remplissage du site de Saint-Rémy-sur-Avre.
« Nous produisons ici essentiellement des traitements à intérêt thérapeutique majeur », commente le directeur du site. Répondant aux demandes d’une dizaine de clients, « autant biotechs que grands laboratoires », l’usine de Saint-Rémy fabrique des produits stériles contre des pathologies variées parmi lesquelles le zona, la varicelle, les hépatites, l’œdème de Quincke ou encore les maladies pulmonaires. Si le site ne produit plus de vaccins contre le Covid-19 aujourd’hui, le triplement des capacités de production pousse le site à se diversifier pour agrandir son carnet de commandes.
Une stratégie revue après la production de vaccins
Après la pandémie, le site a dû revoir sa stratégie pour assurer sa rentabilité. « Après avoir fait le constat que nous ne pouvions pas diminuer nos coûts fixes étant donné que nous fabriquons des produits stériles qui nécessitent de gros moyens, nous avons pris l’option d’augmenter considérablement nos capacités de production », justifie David Cerf.
Le site de St-Rémy est, par ailleurs, un site stratégique pour Delpharm, seule usine de la CDMO en France à posséder des capacités de lyophilisation. « La lyophilisation est un procédé demandé dans le domaine des produits stériles car il requiert une grande technicité et présente l’avantage de ne pas avoir à chauffer le produit, évitant de dégrader les principes actifs sensibles à la chaleur », poursuit le dirigeant.
Si le nouveau bâtiment de Saint-Rémy-sur-Avre ne dispose pas encore des équipements nécessaires à la lyophilisation, le directeur du site n’exclut pas la possibilité d’en installer dans le futur. « Cela dépendra des demandes de nos clients mais nous avons encore de la marge au rez-de-chaussée avec 600 m² d’espace encore disponible », a-t-il confié.
Des nouvelles machines que la CDMO envisage de financer notamment grâce à la participation de ses clients. Reste désormais à les trouver, même si David Cerf se veut confiant. « Les discussions sont en cours et nous prévoyons de signer prochainement de nouveaux contrats », assure-t-il.
Pour attirer de futurs clients, le site Delpharm de Saint-Rémy entend s’appuyer sur son réseau de clients historiques, parmi lesquels Abbott ou encore BioNTech, et miser sur la flexibilité de son nouveau site, capable d’assurer des formulations de 200 L à 2 000 L pour toucher toutes les tailles d’entreprises de santé. Un projet à l’unisson d’une politique d’investissements de Delpharm.
Delpharm multiplie les investissements en France
Delpharm a multiplié les engagements dans l’Hexagone ces dernières années. En novembre dernier, la CDMO inaugurait par exemple deux lignes de production de corticoïdes sur son site de Lille, en réponse aux pénuries récurrentes en France.
Soutenu dans ses investissements par Bpifrance, qui a contribué à hauteur de 10,4 M€ dans l’agrandissement du site de Saint-Rémy-sur-Avre, Delpharm reconnait l’importance du soutien économique de l’État dans son développement. « Sans l’aide de Bpifrance, nous n’aurions sûrement jamais lancé un tel projet d’agrandissement à Saint-Rémy-sur-Avre », reconnait Nicolas Ragot, directeur général de Delpharm.
Des investissements qui permettent aujourd’hui à Delpharm de se targuer de contribuer à la réindustrialisation de la France. Pourtant, parallèlement à cet investissement de 37 M€ réalisé en Eure-et-Loir, la CDMO annonçait, en mars dernier, injecter 128 M€ dans la modernisation de son usine canadienne de Boucherville, dédiée à la production de médicaments injectables stériles.
La raison d’un tel écart ? « Les politiques d’incitation fiscales mises en place au Canada », assure Nicolas Ragot. Malgré les souhaits formulés au moment de la crise sanitaire, le manque de compétitivité de la France face à l’Amérique du Nord reste une réalité plus actuelle que jamais.



