Le secteur du nucléaire met un coup d’accélérateur sur la formation. Le 16 octobre, l’Université des métiers du nucléaire (UMN) et l’Association des pôles formation de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) ont signé une convention de partenariat pour faciliter l’adaptation et la création de formations avec une coloration nucléaire.
Une initiative prévue dans le plan d’action pour attirer 100 000 recrues dans le nucléaire sur les dix prochaines années, remis par l’UMN au gouvernement le 9 juin. L’association des pôles formation de l’UIMM, créée en 2022, regroupe une trentaine de pôles et 135 lieux de formation, pour un chiffre d’affaires total de 470 millions d’euros, selon Nicolas Foucard, son président. «Nous accueillons des apprentis, des salariés en formation continue et des demandeurs d’emploi», indique-t-il.
Flécher les compétences vers le nucléaire
La présence de ces pôles sur tout le territoire et leurs multiples niveaux de formation en font des partenaires idéaux pour l’UMN. La présidente de celle-ci, Hélène Badia, souhaite proposer des "Passeports nucléaire" sur ces pôles. «L’objectif est d’intégrer des modules de 20 à 50 heures sur le nucléaire dans des formations qui mènent potentiellement aux métiers du nucléaire, détaille-t-elle. Il y aura également des possibilités de stage et d’immersion». Cette coloration pourrait donc s’appliquer aux formations en soudure, en chaudronnerie ou en électrotechnique, entre autres. «80% des formations qui mènent au secteur du nucléaire n’y sont pas spécifiquement destinées, le but est aussi de donner envie d’aller vers le nucléaire», souligne Hélène Badia.
Le "passeport nucléaire" est déjà proposé dans une trentaine d’établissements, comprenant principalement des lycées professionnels, mais aussi des écoles d’ingénieurs et des universités. «Nous avons d’abord ciblé les lycées professionnels parce que les Bacs pro et Bac +2 constituent les plus grands besoins à court-terme, explique la présidente de l’UNM. Actuellement, la coloration touche 2 000 élèves en formation initiale. Nous souhaitons l’étendre à tous les lycées professionnels qui sont à côté d’une centrale nucléaire, des usines d’Orano et Framatome, du CEA et les fournisseurs du nucléaire.»
Impliquer les entreprises dans la formation
Selon Nicolas Foucard, les formations pourraient être adaptées aux besoins locaux. «Les entreprises en Normandie et celles en Lorraine n’ont pas les mêmes attentes, par exemple», détaille-t-il. Les deux structures entendent par ailleurs davantage impliquer les entreprises dans la formation. «Nous voulons organiser des visites de centrales nucléaires et d’usines, mettre en place des ateliers où on construit des turbines ou des robinets, affirme Hélène Badia. Nous organisons déjà des immersions pour des formateurs et des conseillers Pôle Emploi.»
La relation avec ces derniers est importante, puisque les demandeurs d’emploi font partie des types de publics les plus ciblés par ces formations. «Nous souhaitons amener des populations peu statistiquement représentées dans le nucléaire, à commencer par les femmes, indique Hélène Badia. Mais également des jeunes des zones rurales, des quartiers prioritaires et des jeunes en décrochage scolaire.» Pour attirer ces publics, les deux structures comptent sur l'organisation d'événements, notamment la «semaine des métiers du nucléaire».
Si cette signature marque une étape importante dans la généralisation des formations avec une coloration nucléaire, pour Nicolas Foucart, il y a un grand retard à rattraper. «Les opinions sur le nucléaire ont provoqué une désaffection des métiers, confie-t-il. Il faudra mettre les bouchées doubles à cet effort national de revalorisation de la filière.»



