Ce n'est pas encore l’étude sur le mix électrique à 2050 voulue par le gouvernement. Mais ce rapport d’étape du gestionnaire de réseau national RTE et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) devrait peser lourd en 2022 ou 2023, lorsque la France devra décider ou non de lancer la construction de six nouveaux EPR en France. Il a d’ailleurs été commandé pour cela par le ministère de la Transition écologique.
Remis le 26 janvier à la ministre Barbara Pompili, et rendu public le lendemain, ce rapport détaille les "Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables (EnR) à l’horizon 2050". Il doit compléter le dossier qu’EDF doit remettre au gouvernement mi-2021 pour l’inciter à décider de la construction de six nouveaux EPR en France. Une décision que le gouvernement actuel a liée à la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche), soit au mieux fin 2022. Donc après la prochaine élection présidentielle, dont les futurs choix de la France sur le nucléaire pourrait être un sujet de campagne.
L'option 85% à 90% d'ENR en 2050 étudiée
Très attendu, le rapport dévoilé ce 27 janvier ne suffira pas à trancher. Car il ne cherche pas à savoir si un scénario avec 85 à 90% de l’électricité produite par du solaire et de l’éolien d’ici à 2050 (pour atteindre 100 % en 2060) est souhaitable, ni même viable économiquement. Il faudra attendre septembre ou octobre 2021 pour avoir une évaluation socio-économique complète des différents scénarios, allant de 50% à 100% de renouvelables.

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La France est en effet confrontée à un choix électrique, pour atteindre la neutralité carbone en 2050 dans le cadre d’une stratégie nationale bas carbone (SNBC) basée sur le développement massif des renouvelables, l’électrification des usages (industrie, transport et chauffage) et l’efficacité énergétique. Plusieurs scénarios sont possibles, mais la France a globalement deux grandes options: le remplacement de ses réacteurs nucléaires et un complément renouvelable, ou une production électrique qui repose principalement sur ces dernières.
La première option est de remplacer certains des réacteurs déclassés par de nouveaux, en lançant un nouveau programme nucléaire et en complétant le dispositif par un fort développement des EnR afin d'obtenir un mix d'électricité totalement décarbonée d'ici à 2050. Sachant qu’en 2050, même en prolongeant les réacteurs nucléaires à 60 ans, la plupart des 18 centrales actuelles auront été déclassées.
Quatre conditions au (presque) tout-renouvelable
La seconde option, étudiée par RTE et l’AIE dans ce rapport, s’appuie sur les seules EnR pour remplacer les réacteurs déclassés. Cette seconde option est théoriquement techniquement possible, selon l’AIE et RTE. Mais à quatre conditions "strictes et cumulatives", prévient Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE. La première est d’assurer l’équilibre offre demande. Ce serait possible. "Il existe des solutions technologiques permettant de maintenir la stabilité du système électrique sans production conventionnelle, c’est-à-dire sans machines tournantes, comme les centrales nucléaires et thermiques fossiles (charbon, gaz)", expliquent dans ce rapport les experts de RTE et de l’AIE. Pour la pointe de consommation, il faudrait des centrales thermiques décarbonées, par exemple à l'hydrogène.
Consensus scientifique sur la faisabilité théorique
La seconde condition est d’assurer la stabilité du réseau. Sujet d’expert qui fait débat. Le rapport explique qu’il y a un "consensus scientifique international sur la faisabilité théorique", explique Thomas Veyrenc, directeur exécutif en charge de la stratégie, de la prospective et de l’évaluation de RTE. A 100 % d’EnR, des solutions numériques, en test, entreraient en jeu, explique de son côté Keisuke Sadamori, directeur des marchés et de la sécurité énergétique de l’AIE. Mais il faut encore tester les technologies à grande échelle. Le rapport propose une feuille de route technologique avec des clauses de "revoyure", précise Xavier Piechaczyk.
La troisième condition est de renforcer les réserves de flexibilité. Il faudrait, au-delà de 80% de renouvelables, en ajouter 40 à 60 GW (stockage batteries, véhicule to grid, bâtiment intelligent, stockages gazeux pour le long terme…) au stock d’alors. Il serait de l’ordre de 30 GW en 2050, estime RTE. Il est aujourd'hui de 25 GW grâce à l’hydraulique. A 100 % d’EnR, des solutions numériques, en test, entreraient en jeu. La quatrième condition est d’investir massivement dans les réseaux et les interconnexions, pour les adapter le plus largement possible.
Ce rapport d’étape, unique en son genre dans le monde, selon l’AIE, va servir de base à une consultation publique sur les scénarios à 2050, pour alimenter le rapport mix électrique à 2050 de RTE. En aucun cas il ne dit "quel mix la France doit choisir", rappelle le président de RTE.



