Embouteillage spatial en vue. Ils seraient quelques 600 000 objets spatiaux à graviter au-dessus de nos têtes, rien qu'en orbite basse, selon Thales Alenia Space. La joint-venture entre Thales (67%) et l'italien Leonardo (33%) fait référence aux débris de quelques centimètres à la station spatiale internationale, en passant par les coiffes et réservoirs de fusées laissés depuis Spoutnik en 1967.
Et la situation devient problématique, car tout ce petit monde multiplie les risques de collisions, ce qui, mécaniquement, augmenterait le nombre de débris spatiaux. Sans compter les dégâts qu'ils engendreraient sur des satellites qui coûtent des milliards d'euros… Car comme le rappelle l'Agence Spatiale Européenne (ESA), "un objet de 1 cm de diamètre aura la même énergie qu’une berline lancée à 130km/h" et risque donc d'endommager irrémédiablement ces engins spatiaux.
ESA (Augmentation des débris spatiaux depuis 1967 crédits : ESA)
C'est pour tenter de remédier à ce problème que la start-up canadienne NorthStar Earth a signé un contrat avec Thales Alenia Space pour construire une constellation (baptisée Skylark). Les 40 satellites qui la composent auront pour objectifs de cartographier les débris et d'éviter les collisions. Le groupe franco-italien a annoncé le début de la production des trois premiers engins mardi 27 octobre.
Thales présent à tous les niveaux
Selon les termes du contrat (dont le montant n'est pas connu), Thales Alenia Space fournira le logiciel et le système embarqués ainsi que la charge utile des satellites. Telespazio, l'autre co-entreprise formée avec Leonardo, mais dans des proportions inverses (67% pour Leonardo et 33% pour Thales), s'occupera des systèmes d'observation au sol et des services de communication avec les satellites. Les deux groupes, réunis au sein de la Space Alliance, étaient montés au capital de NorthStar en 2018, participant ainsi à une levée de fonds de 33,5 millions d'euros.
Enfin, Thales Alenia Space apportera aussi son concours pour l'assemblage des satellites, puisque elle sera dévolue à LeoStella (co-entreprise entre BlackSky, propriétaire d'une constellation de 60 mini-satellites construits par l'américain Spaceflight Industries et Thales Alenia Space).
Capteurs optiques en orbite
Les satellites devraient être équipés de capteurs optiques, qui permettront d'améliorer les systèmes existants (comme le Space Surveillance Télescope (STT) américain spécialement conçu pour repérer les débris spatiaux), en les améliorant, grâce à une meilleure précision et une image plus globale.
"En observant l'espace sous des angles différents, les satellites Skylark amélioreront considérablement le suivi des objets spatiaux (…) [ce qui permettra] de meilleures prévisions de collisions potentielles", assure Thales Alenia Space.
Anticiper les collisions voire nettoyer l'espace, des enjeux majeurs
L'ensemble des satellites opérationnels - 2 063 satellites appareils selon l'Union of Concerned Scientists - représente des centaines de milliards d'euros. Autant dire qu'une mise hors service à cause d'une vis lancée à 8 Km/s serait fâcheuse… Eviter les collisions pourrait donc s'avérer un business très juteux.
ESA D'autres acteurs spatiaux vont même plus loin, en proposant des solutions pour nettoyer l'espace. C'est le cas de la mission ClearSpace-1 confiée à l'ESA, dont le lancement est prévu en 2025. Elle aura pour objectif de "capturer" à l'aide de bras robotiques l'étage supérieur de Vespa (VEga Secondary Payload Adapter). Un autre projet mené par une entrepreneuse japonaise, Nobu Okada, consiste à attraper les débris à l'aide d'une plaque aimantée, pour les précipiter dans l'atmosphère. Un démonstrateur était prévu pour 2020.



