En image

[En images] Les nouvelles frontières du spatial dans la prochaine décennie

Le secteur spatial va tenter de repousser les limites du voyage habité lors des années 2020. Stations en orbite, retour vers la Lune, Mars… Tour d’horizon des prochaines grandes missions dans l’espace.

Réservé aux abonnés
ISS station spatiale internationale
Le désorbitage de la Station spatiale internationale pourrait être l'un des grands chantiers des années 2020.

En 2019, un anniversaire s’est imposé comme l’un des grands événements du secteur spatial : les 50 ans du premier voyage humain sur la Lune. Depuis 1969, le concept de “nouvelle frontière” du président américain John Fitzgerald Kennedy a gardé toute sa pertinence. Désormais, entreprises, États et individus semblent au seuil de nouvelles expéditions spatiales. Quelles seront les grandes missions de la décennie 2020 ? Sortons le télescope et observons, de l’orbite terrestre jusqu’aux confins du système solaire.

Des nouveaux défis, plus bas que nous ne le pensons

Les initiatives privées ont marqué le secteur spatial lors des années 2010. La grande prouesse revient sans doute à SpaceX qui a industrialisé les lanceurs réutilisables. L’entreprise américaine a avancé dans un autre chantier important : la création d’une constellation de mini-satellites. À terme, Elon Musk imagine des grappes de milliers de satellites en orbite terrestre basse pour connecter toute la planète. OneWeb et Amazon travaillent également sur le sujet.

SpaceX constellation starlinkSpaceX
SpaceX constellation starlink SpaceX constellation starlink

(Une première flotte de soixante mini-satellites Starlink a été placée en orbite par SpaceX en mai. Crédit : SpaceX)

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Si ces projets se concrétisent, il faudra s’attendre à une augmentation exponentielle du nombre de satellites. En 2018, près de 5 000 appareils orbitaient déjà autour de la Terre, dont environ 3 000 satellites inactifs auxquels il faut ajouter 29 000 débris spatiaux de plus de 10 centimètres. Résoudre la question des “embouteillages” et de la pollution dans l’orbite terrestre représentera un défi important pour les acteurs du secteur.

L’Agence spatiale européenne (ESA) et Airbus travaillent sur des satellites capables de nettoyer l’espace. De son côté, SpaceX privilégie des technologies pour permettre aux mini-satellites de manoeuvrer de façon autonome afin d’éviter d’éventuelles collisions. Le dernier accord (timide) entre le CNES et les États-Unis semble en revanche écarter des solutions réglementaires.

filet airbus removedebrisSurrey Space Centre / YouTube
filet airbus removedebris filet airbus removedebris

(En septembre 2018, Airbus avait testé dans l'espace un filet capable d'intercepter d'éventuels débris spatiaux. Crédit : Surrey Space Centre / YouTube)

Une décennie tournée vers la Lune

L’anniversaire de la mission Apollo 11 a ravivé les ambitions des États-Unis. En 2024, la NASA espère bien ramener des astronautes sur la Lune. Dès 2020, une mission non habitée doit s’approcher du satellite. Et, si tout se passe bien, nous devrions assister à plusieurs voyages humains entre 2024 et 2028.

Blue Moon, Blue Origin, jeff bezosBlue Origin
Blue Moon, Blue Origin, jeff bezos Blue Moon, Blue Origin, jeff bezos

(Un prototype d'alunisseur présenté en mai par le patron de Blue Origin, Jeff Bezos. Crédit : Blue Origin)

Peut-on espérer une base permanente sur la Lune dans la décennie 2020 ? “Nous devons retourner sur la Lune, cette fois pour y rester”, déclarait Jeff Bezos, fondateur de Blue Origin, lors de la présentation d’un alunisseur en mai. Vraisemblablement, le village lunaire ne se construira pas si tôt. Dans le cadre du programme Artemis, la NASA travaille en revanche sur une station spatiale en orbite lunaire. Baptisée Lunar Orbital Platform-Gateway, elle devrait au moins assurer une présence régulière (mais pas permanente) près de la Lune.

Boeing GatewayBoeing
Boeing Gateway Boeing Gateway

(Le projet de station en orbite lunaire Gateway, tel qu'imaginé par Boeing. Crédit : Boeing)

Si les projets de SpaceX se concrétisent, nous devrions tout de même être les témoins d’une mission inédite dans les années 2020 : un premier voyage touristique autour de la Lune. Avant cela, l’entreprise d’Elon Musk devra mener à bien le développement de la fusée Starship. Ce vol, avec le milliardaire japonais Yusuke Maezawa et cinq autres passagers, est toujours prévu pour 2023.

SpaceX fusée starship prototype Mk1SpaceX
SpaceX fusée starship prototype Mk1 SpaceX fusée starship prototype Mk1

(Le premier prototype de la fusée Starship, Mk1, a explosé lors d'un test en novembre. Crédit : SpaceX)

La Chine, nouveau leader du secteur ?

D’autres projets permettront de poser les bases d’un éventuel village lunaire. La Chine se montre particulièrement ambitieuse sur le sujet. En 2019, un robot chinois a exploré la face cachée de la Lune et son successeur - Chang’e 5 - doit partir en 2020 pour recueillir des échantillons de roche.

Mission chine Lune Chang'e-4Qiuqiuziziz / CNSA / CC BY-SA 4.0
Mission chine Lune Chang'e-4 Mission chine Lune Chang'e-4

(Une image capturée sur la face cachée de la Lune lors de la mission chinoise Chang'e 4. Crédits : Qiuqiuziziz / CNSA / CC BY-SA 4.0)

La communication chinoise est moins rodée que celle de la NASA ou de l’Agence spatiale européenne (ESA). Malgré sa discrétion, le pays pourrait devenir un partenaire incontournable dans le secteur spatial. Notamment dans l’orbite terrestre puisque la Station spatiale internationale (ISS) semble condamnée. En théorie, son exploitation devrait prendre fin en 2024, les États-Unis souhaitant se concentrer sur la station Gateway. Le désorbitage de l’ISS, chantier particulièrement complexe, risque d’être un long sujet. De son côté, la Chine travaille sur une nouvelle station modulaire en orbite terrestre, Tiangong-3, qui doit être assemblée dans l’espace dès 2022.

ISS - NasaD.R. - Nasa
ISS - Nasa ISS - Nasa

(La Station spatiale internationale risque de connaître ses dernières heures en 2024. Crédit : NASA)

D’autres nations pourraient grandir dans le secteur. Plusieurs pays veulent rejoindre le petit club des pays ayant réussi à poser des appareils scientifiques sur la Lune. Après un échec en septembre, l’Inde souhaite à nouveau tenter sa chance. Timide dans ses ambitions, l’Europe souhaite poser son atterrisseur lunaire pour 2025. Toutes ces missions devraient permettre d’étudier des technologies nécessaires à un éventuel village spatial comme l’impression 3D ou l’exploitation des ressources lunaires.

Planète rouge à l’horizon

Le premier voyage humain sur Mars sera-t-il pour la décennie 2020 ? Officiellement, SpaceX espère une première expédition habitée sur la planète rouge en… 2024. Plus prudente mais également optimiste, la NASA planifie quant à elle cette mission pour 2033. À moins d’une percée technologique, il est difficile d’imaginer un tel voyage dans les années 2020.

Rover Exomars 2020ESA/ATG medialab
Rover Exomars 2020 Rover Exomars 2020

(Le rover européen ExoMars doit être lancé dans l'espace en 2020. Crédit : ESA/ATG medialab)

De façon réaliste, on peut s’attendre en revanche à plusieurs voyages inhabités sur Mars. 2020 doit être l’année de décollage de plusieurs missions scientifiques : ExoMars pour l’Europe, Mars 2020 pour les Etats-Unis et Huoxing-1 pour la Chine. Ces instruments doivent notamment permettre d’étudier l’éventuelle présence de traces de vie (actuelle ou passée) sur la planète rouge. Si elle reste hypothétique, une découverte en ce sens pèserait peut-être autant pour l’histoire qu’un premier vol habité sur Mars.

Les yeux ouverts sur l’espace lointain

À côté de ces chantiers, tournés vers le voyage habité, les projets scientifiques fleurissent. Plusieurs satellites doivent être placés en orbite pour améliorer notre connaissance des exoplanètes et de l’espace lointain. En 2021, la NASA doit lancer le télescope spatial James Webb pour étudier l’atmosphère de planètes situées à l’extérieur de notre système solaire. Successeur du satellite européen, Cheops, le télescope Ariel doit être lancé à la fin de la décennie pour conduire des observations similaires.

header (1)
header (1) header (1)

(Le télescope spatial James Webb recherchera également des signes de vie extraterrestre en étudiant l'atmosphère des exoplanètes. Crédit : NASA)

Avec sa fusée Starship, Elon Musk souhaite permettre l’exploration du système solaire mais des voix appellent au développement de technologies plus disruptives pour aller plus loin. “Je crois sincèrement que nous pouvons construire quelque chose qui nous pousserait au-delà de la vitesse de la lumière”, estimait en juin Al Worden, un astronaute du programme Apollo. Début décembre, l’astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson a invité Elon Musk à réfléchir à un tel sujet : “Quand allez-vous arrêter de traîner avec des fusées pour Mars & [les trains] Hyperloops & les camions électriques & les interfaces cerveau-ordinateur pour concentrer vos vastes ressources sur le développement d’un warp drive [moteur à distorsion] ?”

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.