Des militants de la CGT du Loiret s’étaient donné rendez-vous devant le tribunal de commerce d’Orléans (Loiret), le 5 juin, quelques heures avant une audience consacrée à l’avenir de la verrerie Duralex de La Chapelle-Saint-Mesmin. Déterminés à se battre «pour que Duralex reste à La Chapelle», comme le réclame au micro Daniel Calzada, juché en haut des marches du palais de justice, autocollants CGT et PCF collés sur la chemisette. Retraité, il a travaillé 37 ans comme ouvrier chez Duralex et n’en démord pas : «il faut un industriel sérieux, qui investisse dans l’outil de production, embauche, et investisse dans un vrai service commercial pour développer les ventes à l’étranger.»
En redressement judiciaire depuis le 24 avril, New Duralex International bénéficie d’une période d’observation de six mois. Les repreneurs éventuels avaient jusqu’au 31 mai pour se manifester. Lors de l’audience du 5 juin, le tribunal, peu convaincu par les quatre manifestations d'intérêt reçues, a décidé, comme souvent dans ce genre de situation, de laisser un délai supplémentaire aux repreneurs, jusqu'au 28 juin à 18 heures, afin de donner une chance à l’entreprise d’éviter la liquidation judiciaire. Ceux qui se sont manifestés pourront transformer leur marque d'intérêt en offre ferme, et d'autres repreneurs pourront se faire connaître.
Depuis la veille, les 227 salariés de Duralex savent que les quatre marques d'intérêt reçues par le tribunal, présentées mardi 4 juin aux élus du comité social et économique (CSE), ne sont pas suffisantes pour assurer un avenir à l'usine. La seule à être connue, celle d'une Scop portée par le directeur actuel de l’usine, François Marciano, un ancien d’Arc (un temps propriétaire de Pyrex), n’a réussi à fédérer que 130 salariés, prêts à mettre chacun 500 euros au pot. La CGT, majoritaire chez Duralex, affirme ne pas être hostile au principe de Scop, mais n’y croit pas pour une verrerie, industrie lourde qui nécessite d’importants investissements.
La marque attire les fonds
Deux projets de reprise émanent d’une banque, le dernier d’un investisseur. Selon France Bleu Orléans, l'une des offres émane d'une holding du Havre (Seine-Maritime) détenue par une famille de verriers, Tourres et Compagnie, propriétaire de deux verreries, Wlterspergern, producteur de flacons pour le luxe de la vallée de la Bresle, et La Rochère, en Haute-Saône, spécialisée dans les arts de la table. Alors que l'information avait fuité dans la presse, les élus du CSE se sont vus confirmer le nom de ce repreneur éventuel.
La principale crainte des salariés demeure. Ils ont peur que la marque Duralex, mondialement connue, célébrée par le Musée d’art moderne (MoMa) de New York, attire des fonds qui pourraient s’empresser de produire hors de France. Entraînant la fermeture de l’usine historique, achetée en 1934 par Saint-Gobain au parfumeur Coty et revendue à plusieurs reprises depuis les années 70. La dernière crise n’a que trois ans : début 2021, après un premier redressement judiciaire, Duralex avait été racheté in extremis, pour 3,5 millions d’euros, par le propriétaire de Pyrex, installé à Châteauroux (Indre). Devenue La maison française du verre (LMFV), la maison-mère est détenue par un fonds luxembourgeois, Kartesia.
Flambée des prix du gaz
«Dès 2021, les experts mandatés par les salariés les ont prévenus : les fonds rachètent les entreprises pour s’en dégager cinq ans plus tard, raconte Pascal Sudre, secrétaire départemental de la CGT Loiret. Celui-là ne sera resté que trois ans…» La flambée des prix du gaz avec la guerre en Ukraine avait obligé la verrerie à stopper son activité pendant cinq mois, de novembre 2022 à avril 2023. Elle n’avait pu reprendre que grâce à un prêt de 15 millions d’euros de l’Etat venu à son secours. «Où est passé l’argent ?» s’interroge Pascal Sudre.
Maire de La Chapelle-Saint-Mesmin, une commune du bord de Loire située à quelques kilomètres en aval d'Orléans, Valérie Barthe Cheneau s'inquiète. «Tous les habitants connaissent ou ont connu des salariés de Duralex, c'est l'entreprise qui a permis l'essor de la commune, est à l'origine de la construction des écoles et de nombreux équipements. On ne peut même pas envisager qu'elle disparaisse.»
Le choix définitif du tribunal, liquidation ou reprise, est prévu le 17 juillet. Duralex, où une seule ligne de production tourne au lieu de cinq, ne dispose de trésorerie pour tenir que jusqu'à fin juillet.



