Mieux vaut prévenir que guérir. Storengy, la filiale d’Engie qui opère la majorité des sites français de stockage de gaz naturel, entend continuer à investir dans les infrastructures. Après avoir injecté quelque 200 millions d'euros sur ses sites en 2022, la société promet rapidement des «investissements de performance pour maximiser les capacités de gaz disponibles» et étudie «à moyen terme» la possibilité d’augmenter ses capacités de stockage de 4 à 6% (environ 4 à 6 TWh) sur son site de stockage d’Etrez dans l’Ain, en utilisant des cavités salines déjà existantes mais non exploitées.
«Ces cavités salines seraient dotées d’équipements également adaptés au stockage d’hydrogène. Le projet, soumis à la CRE, est en cours d’analyse», précise l’entreprise à L’Usine Nouvelle. Dans la Marne, ses équipes se préparent en outre «à remettre en service le site de Trois-Fontaines-l’Abbaye afin de soutirer le gaz encore présent dans cet ancien stockage», ce qui représenterait 8 TWh.
Pour rappel, le stockage souterrain de gaz est un véritable atout français. Le gaz stocké dans le sous-sol joue un rôle majeur dans le lissage et la sécurisation de la consommation. Storengy gère une majeure partie des stocks (100 TWh sur 132 TWh) aux côtés de Teréga, gestionnaire du réseau de transport de gaz dans le sud-ouest. Au total, ces deux entreprises opèrent 16 sites répartis sur l’ensemble du territoire, pour un volume utile total de 11,9 milliards de mètres cubes. Soit près de 25% de la consommation annuelle du pays.
Contacté par L'Usine Nouvelle, Teréga dit suivre la même logique que Storengy. «Pour maximiser la sécurité d’approvisionnement de l’hiver 2023-2024», l'entreprise indique avoir «présenté formellement à la Commission de régulation de l'énergie et à la direction générale de l'Énergie et du Climat (DGEC) des propositions d’augmentation de capacités pour les stockages existants», sans plus de détails.
Des stocks remplis entre 30 à 35% à la fin de l’hiver
L’idée est de préparer l’avenir… plutôt proche. Certes, la crainte de pénurie de gaz un temps redoutée pour l’hiver qui s’ouvre s’est évaporée avec la diversification rapide de l’approvisionnement européen. Les stockages souterrains de gaz ont fait le plein grâce à des importations massives en GNL depuis les Etats-Unis et le Qatar et par gazoducs depuis la Norvège, l’Algérie et l’Azerbaïdjan couplées à une baisse de l’ordre de 10% de la demande européenne, et notamment de la consommation gazière industrielle en baisse d’environ 30% en France et en Allemagne.
Au 15 novembre, le taux de remplissage moyen des stocks de l’Union européenne se situe à 95,46%. En France, il est de 99,15% (voir notre baromètre). Une excellente nouvelle, quand on sait que plus de 50% de la consommation française de gaz est fournie par les stockages en cas de pointe de froid. Dans ce contexte, Storengy prévoit des stocks remplis entre 30 à 35% à la fin de l’hiver, s’il n’est pas trop rigoureux.
De quoi sauter de joie ? A court terme, sans doute. «Optimiste», l’opérateur s'inquiète toutefois pour l’hiver suivant, en 2023-2024. Et il est loin d’être le seul. L’Agence internationale de l’énergie appelle les gouvernements à anticiper. «Il n'est jamais trop tôt pour se préparer à l'hiver prochain», exhorte l’AIE dans une analyse publiée le 3 novembre. «Des mesures visant à limiter la demande à court terme et l'épuisement des stocks, parallèlement à des mesures plus structurelles visant à faire baisser la demande de gaz, sont absolument essentielles pour positionner l'Europe pour l'année prochaine. La campagne visant à remplir les stocks de gaz de l'Europe pour la saison de chauffage de l'hiver 2023-24 doit commencer dès maintenant», insiste l’agence basée à Paris, alors que l’Union européenne tarde à finaliser son mécanisme de correction des prix du gaz.
Des inquiétudes pour l’approvisionnement en prévision de l’hiver 2023-2024
«Nous sommes dans une meilleure position, mais cela ne signifie pas que nous devons nous détendre», a confirmé jeudi 17 novembre Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, lors d’un forum de discussion organisé à Singapour par le journal économique Bloomberg.
Grâce à des températures douces pour la saison, le soutirage n’a pas encore véritablement commencé mais pourrait soudainement s'accélérer en cas de vague de froid. A plus long terme, une reprise de l’activité économique en Asie pourrait bouleverser le marché et relever les prix alors que l’Europe a profité de la baisse des importations dans ces pays, notamment en Chine, où la demande en GNL a chuté de 20 % (19 milliards de m3) depuis le début de l'année 2022.



