«Notre message est plutôt rassurant». Venus présenter mercredi 14 septembre devant la presse leurs perspectives du système gazier français pour l’hiver 2022/2023, Thierry Trouvé et Dominique Mockly, respectivement directeur général de GRTgaz et de Teréga, les deux gestionnaires du réseau de transport de gaz français (GRT), se sont montrés confiants quant à la capacité de la France à passer la période hivernale sans coupure.
Parmi les quatre scénarios qu’ils ont dévoilés, la simulation centrale indique qu’en cas d’hiver moyen (avec des températures habituelles de saison), «le système gazier français est capable de faire face à la demande, tout en soutenant le système électrique et en contribuant activement à la solidarité européenne». En cas d’hiver très froid comme celui qu’a connu l’Hexagone en 2010-2011, le déficit en gaz français serait de 16,2 TWh (soit 4,7% de la consommation hivernale). Mais ce scénario du pire n’est pas le plus probable, pour plusieurs raisons.
GRTgaz et Teréga Crédits : GRTgaz et Teréga
251 TWh de GNL importés depuis le début de l’année
Véritable «atout» de la France «par rapport à ses voisins», le remplissage des stockages souterrains de gaz est en bonne voie. Au 14 septembre, les réserves sont remplies à 94,2%, soit 124,9 TWh disponibles dans nos sous-sols (contre 84% en moyenne en Europe). Ce sera 100% d’ici l’entame de l’hiver, ce qui représente un tiers de la consommation hexagonale. Dans le même temps, les quatre terminaux méthaniers français (Fos Tonkin, Fos Cavaou, Dunkerque, Montoir-de-Bretagne) sont «utilisés à 90%» et «contribuent très fortement à l’approvisionnement en gaz de la France et de l’Europe», a affirmé le directeur général de GRTgaz, Thierry Trouvé, alors qu’une cinquième installation provisoire va voir le jour au Havre au printemps 2023. Depuis le début de l’année, 251 TWh de gaz ont été importés sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), pulvérisant le record de 233 TWh établi en 2019 grâce à des fournisseurs «extrêmement variés» (Algérie, Espagne, Egypte, Qatar, des pays d'Afrique, Etats-Unis).

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Dans ce contexte, «les flux se sont inversés», explique encore Thierry Trouvé, et la France est en capacité de ré-exporter une partie de son gaz vers la Suisse, l’Espagne, la Belgique et, bientôt, l’Allemagne. Des travaux techniques vont débuter prochainement pour permettre d’envoyer cet hiver jusqu’à 100 GWh/j de gaz outre-Rhin, contre zéro actuellement.
«La sobriété n’est pas un vain mot»
Dans ces circonstances, et malgré l’arrêt des livraisons de gaz russe par gazoduc depuis le 15 juin, l’entame de l’hiver ne devrait pas être trop compliquée. Les deux dirigeants seront davantage vigilants en fin de période du froid, quand les stockages souterrains seront en partie vidés. Disposant alors de peu de «marge de manœuvre», ils affirment que des «situations de tension» ne sont pas à exclure. Mais rassurent aussitôt : un éventuel déficit en gaz ne sera «pas ingérable», moyennant une gestion «en bon père de famille» des stocks de gaz «dès le début de l’hiver» par les fournisseurs ainsi que des efforts de sobriété «indispensables dès maintenant» de la part de la population et des entreprises. «La sobriété n’est pas un vain mot, c’est quelque chose vraiment entre nos mains !», s’est exclamé Thierry Trouvé. Insistant sur la relation réciproque entre électricité et gaz, il a rappelé «que 1°C en moins dans un local réduit la consommation d’environ 7%. Appliqué à la France, ça représente 170GWh/j, ou 17 TWh sur la durée de l’hiver».
Pour mémoire, en cas de tension trop importante sur le système, les GRT pourraient décider de recourir à des dispositifs de réductions imposées de la consommation. Ils ont à leur disposition deux leviers : les interruptibilités rémunérées (qui représentent 200GWh/jour maximum) et, en dernier recours, le délestage en ciblant les grands consommateurs consommant plus de 5 GWh par an.
Après EcoWatt, bientôt «EcoGaz»
Alors que les autorités publiques invitent désormais régulièrement la population à consulter EcoWatt, l’outil d’appel à la réduction de consommation volontaire d’électricité développé par RTE pour éviter au maximum les mesures de délestage, GRTgaz a par ailleurs annoncé travailler au pendant gazier de cet outil. En cours de finalisation, «Ecogaz» (son nom officiel n’a pas encore été dévoilé) sera mis en service «courant octobre». «On est déjà en discussion avec beaucoup d’acteurs, car l’idée c’est de demander à des industriels, des collectivités locales, des gestionnaires de parc immobilier, etc. de prendre des engagements sur base de leur activité» à partir d’une «charte de recommandations écogestes», a détaillé Thierry Trouvé. Il y aura un «site Internet, mais également un système automatisé» pour permettre «à un gestionnaire d’immeubles de se connecter automatiquement pour que la consigne de chauffe de sa chaudière soit baissée en cas de vigilance rouge, par exemple».



