Y aura-t-il assez de gaz et d’électricité cet hiver ? Le risque de pénurie n’a pas complètement disparu des préoccupations du gouvernement. Pour passer l’hiver sans encombre, les entreprises et les ménages vont devoir réduire leurs consommations aux heures de pointe. Mais « dans les scénarios les plus probables, si chacun prend ses responsabilités et fait preuve de la sobriété nécessaire, il n’y aura pas de coupure », rassure Elisabeth Borne, la Première ministre, qui a reçu un peu plus tôt, le 14 septembre, les prévisions des deux gestionnaires GRTgaz et RTE. Mais dans l’immédiat, le casse-tête est d’un autre ordre pour le gouvernement. Face à « des prix anormalement élevés » de l’énergie, celui-ci doit tenir une ligne de crête étroite. « Nous devons continuer à répondre aux inquiétudes tout en veillant à ne pas creuser davantage notre dette et à cibler au mieux nos dispositifs», a détaillé Elisabeth Borne.
Eviter une augmentation de 120 % des factures d'électricité et de gaz en 2023
Le gouvernement maintient donc le bouclier tarifaire, mais il sera moins généreux l’an prochain. Les ménages et les petites entreprises qui réalisent moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires verront donc leurs factures progresser de 15% pour l’électricité et le gaz début 2023. En l’absence de tout soutien, ceux-ci auraient dû absorber une hausse de 120% en janvier. Pour compenser l’effort demandé aux ménages les plus fragiles, des chèques énergie – allant de 100 à 200 euros – seront versés aux 12 millions de foyers les plus modestes.
« Ce sont des mesures ciblées. Il n’est pas question de remettre un quoi qu’il en coûte. Certains nous demandent un bouclier énergétique pour toutes les entreprises. Mais si l’Etat compense, l’inflation ne finira jamais », défend le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui n’évacue pas une remise sur le carburant fin 2022 en cas de hausse du baril de pétrole.
45 milliards d'euros brut de dépenses supplémentaires pour le bouclier tarifaire
Pour les finances publiques, ce nouveau bouclier tarifaire aura un coût. Bercy estime qu’il devrait creuser les dépenses de 16 milliards d’euros dans le prochain budget, après 24 milliards d’euros en 2021 et 2022. Et encore, Bercy raisonne désormais en « net ». Le coût réel pour les finances publiques approche en réalité les 45 milliards d’euros pour l’Etat, dont 11 milliards d’euros pour le bouclier sur le gaz.

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En face, l’Etat compte sur ses rentrées fiscales exceptionnelles générées par la flambée des prix de l’énergie pour financer une grande partie du bouclier tarifaire. Grâce à son mécanisme de compensation, similaire à celui proposé par la Commission européenne, la France récupère, au-delà d’un certain prix de l’électricité, les « superprofits » réalisés par les producteurs d’énergie solaire et éolienne. Après 9 milliards d’euros en 2022, l’Etat en espère 20 milliards d’euros de recettes l’an prochain. Le mécanisme devrait être étendu à l’hydroélectricité, et notamment à la Compagnie nationale du Rhône.
Une révision de "fond en comble" des aides aux energo-intensifs
Pour les entreprises réalisant plus de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, aucun nouveau dispositif n’est prévu. A partir du 1er octobre, elles pourront toutefois accéder à la version simplifiée du guichet d’aides déjà annoncées pour compenser leurs pertes lorsque leur facture d’énergie dépasse 3% du chiffre d'affaires. « Tant que les prix resteront élevés, le guichet restera ouvert », confirme Bruno Le Maire. Le ministre de l’Economie veut revoir de fond en comble le dispositif européen qui encadre les aides aux entreprises les plus énergo-intensives, dont les pertes peuvent être compensées jusqu'à 50 millions d’euros. « Le dispositif est trop complexe. Ce ne sont pas de petits ajustements qu’il faut faire », plaide Bruno Le Maire, qui espère que les discussions avec Bruxelles aboutissent avant fin 2022.
Pour les entreprises, l’autre solution pour réduire la facture sera de se plier à la sobriété. Le gouvernement a prévu de lancer son grand plan de communication le 10 octobre pour rappeler que « chaque geste compte » lorsqu'il s'agit d'économiser l’énergie. Les plans de sobriété des neuf groupes de travail, dont l’un regroupe les industriels, devront être détaillés fin septembre. Ce sera ensuite à chaque entreprise de valider son propre plan. Réduire le chauffage des bureaux, éteindre les écrans lumineux, favoriser le télétravail dans certains cas… « Il n’y a pas de vérité unique » en la matière, juge Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique.



