STMicroelectronics anticipe un trou d’air en 2024 mais maintient ses ambitions à long terme

Après quatre années de croissance du chiffre d’affaires et des bénéfices, STMicroelectronics anticipe un décrochage en 2024 qui l’oblige à diminuer ses investissements. Mais le fabricant franco-italien de puces maintient ses ambitions à long terme.

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STMicroelectronics
STMicroelectronics confronté à un coup de mou en 2024

Baisse de régime en perspective pour STMicroelectronics. Pour 2024, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs, qui compte 51 500 salariés dans le monde, dont 12 000 en France, anticipe un chiffre d’affaires médian de 16,4 milliards de dollars (avec une marge de plus ou moins 500 millions de dollars), en baisse de 5,2% par rapport à 2023, et une marge brute comprise entre 41 à 46%, contre 47,9% en 2023. Le chiffre d’affaires serait ainsi inférieur de près de 1 milliard de dollars au consensus des analystes financiers de 17,34 milliards de dollars. C’est dire la déception des investisseurs. La Bourse de Paris a réagi à l’annonce de ces prévisions, ce jeudi 25 janvier, par un repli du cours de l’action de plus de 3%.

D’autant que les résultats 2023 s’avèrent aussi en dessous des attentes. Le chiffre d’affaires s’affiche en croissance de 7,2 % à 17,3 milliards de dollars, tandis que la marge d’exploitation tombe à 26,7%, contre 27,5% en 2022. Certes, le groupe fait beaucoup mieux que son marché resté plat en 2023 selon le président du directoire et directeur général, Jean-Marc Chéry. Mais il a été surpris par la rapidité de la dégradation de la situation dans l’automobile et les marchés industriels, qui forment ses deux plus gros débouchés avec respectivement 41 et 30% du chiffre d’affaires total en 2023.

Avertissement du client Mobileye

Les clients dans ces deux secteurs se retrouvent avec d’énormes stocks qu’ils ont accumulés par sécurité pendant la période de pénurie de puces. Maintenant que cette pénurie est terminée, ils préfèrent les réduire plutôt que d’acheter de nouveaux composants. Ce mouvement de correction de stocks a débuté au troisième trimestre 2023 et devrait prendre fin au deuxième trimestre 2024 selon les prévisions de Jean-Marc Chéry. Au début de l’année, l’américain Mobileye a averti les investisseurs qu'il disposait de 6 à 7 millions de puces Eye-Q d’assistance à la conduite automobile en trop dans ses stocks. Cette puce est fournie par STMicroelectronics, ce qui fait de Mobileye son troisième plus gros client derrière Apple et Tesla, selon la banque d’affaires Bryan Garnier. Cette mauvaise nouvelle n’empêche pas Jean-Marc Chery de se montrer optimiste et d’entrevoir une progression d'un peu moins de 10% du chiffre d'affaires dans l’automobile en 2024.

Apple est l’autre grand client qui plombe STMicroelectronics mais dans un autre marché : celui de l’électronique grand public, dominé par les smartphones. La firme à la pomme n’a pas reconduit le contrat d’assemblage du module de caméra 3D pour sa nouvelle génération d’iPhone 15 lancée à l’automne 2023. L’impact a commencé à se faire sentir sur les résultats de STMicroelectronics au second semestre 2023. Mais c’est en 2024 qu’il sera le plus significatif.

Année de transition

Jean-Marc Chéry relativise les mauvaises projections et voit 2024 comme une année de transition après quatre années consécutives de croissance du chiffre d'affaires et d'amélioration de la profitabilité. «Pour comparer avec pertinence 2024 à 2023, il faudrait prendre en compte l’arrêt du contrat d’assemblage des modules optiques, explique-t-il lors de la présentation des résultats 2023 aux analystes ce 25 janvier sans jamais citer le nom du client Apple. Cela représente un chiffre d’affaires d’environ 800 millions de dollars en 2023 qui ne se répètera pas en 2024. Donc il faudrait comparer le chiffre d’affaires médian de 16,4 milliards de dollars prévu en 2024 à celui de 16,5 milliards de dollars et non de 17,3 milliards de dollars réalisé en 2023.»

Pour tenir compte de la baisse de régime, le groupe abaisse son plan d’investissement à 2,5 milliards de dollars en 2024, contre un record de 4,1 milliards de dollars en 2023, sans sacrifier ses projets de développement stratégiques dans le carbure de silicium ou la fabrication sur plaquette de 300 mm de diamètre. «Cela montre la flexibilité de notre modèle industriel et notre capacité à ajuster nos investissements en fonctions des conditions du marché», affirme Jean-Marc Chéry.

100 clients dans le carbure de silicium

Dans le carbure de silicium, qui reste sa grande priorité stratégique, le groupe annonce mener 160 projets avec 100 clients. Le chiffre d’affaires dans cette activité atteint 1,14 milliard de dollars en 2023, en bond de plus de 60% par rapport à 2022, et Jean-Marc Chéry anticipe 1,5 à 1,6 milliard de dollars en 2024 puis 2 milliards de dollars en 2025. Le groupe a annoncé avoir débuté à Catane, en Sicile, la production intégrée de ces composants avec la fabrication sur site également de substrats de carbure de silicium pour réduire sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs tels que Wolfspeed et SiChrystal. Tesla reste de loin le plus gros client dans ce domaine. Mais Jean-Marc Chéry assure que son poids dans cette activité est en train de baisser régulièrement.

Le coup de mou en 2024 remet-il en cause le plan stratégique à long terme qui prévoit un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de dollars et une marge brute de plus de 50% entre 2025 et 2027 ? « Absolument pas, répond Jean-Marc Chéry. Quand nous regardons nos points forts, notre positionnement sur le marché et les méga tendances qui tirent nos applications, nous ne voyons aucune raison de changer notre plan de développement à long terme. Bien sûr, nous devons simplement examiner les implications de 2024, qui sont spécifiques, notamment au premier semestre. Mais nous confirmons notre ambition pour 2025-2027.»

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