Soil capital pousse les entreprises de l’agro à soutenir l’agriculture régénératrice via la certification carbone

Soil capital, pionner de la certification carbone, met en relation des agriculteurs et des entreprises. Objectif : permettre à ces dernières très majoritairement issues de l’agroalimentaire, de financer la transition vers l’agriculture régénératrice des premiers et de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

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Soil capital veut rémunérer les agriculteurs qui stockent le carbone dans les sols.

Il y a urgence. La publication le 14 septembre d’un rapport rédigé notamment par l’Agence internationale de l’énergie souligne, sans grande surprise, le rythme de transition trop faible d’acteurs qui pèsent bien lourd dans le bilan carbone mondial : «des secteurs difficile à décarboner comme l’acier, l’hydrogène et l’agriculture ne se transforment pas assez vite malgré certains progrès encourageants», pointent les auteurs, arguant d’un «niveau d’investissement insuffisant» pour «atteindre les objectifs climatiques».

Un timing opportun pour Soil Capital, 5 millions d’euros levés en début d’année, qui promet de flécher les investissements vers les champs, et se verrait bien passer à la vitesse supérieure. L’entreprise se fait le chantre de l’agriculture régénérative, soit le déploiement d’un ensemble de pratiques agronomiques focalisées sur la santé des sols – qu’il s’agisse de limiter leur érosion, d’améliorer leur contenu organique, d’en doper la fertilité… Et qui permettent d'améliorer au passage le bilan carbone (ou équivalent) des exploitations, en stimulant la capacité de stockage des sols et en réduisant les émissions, notamment via la diminution de la fertilisation azotée (l’effet de serre de l’azote est 100 fois plus important que celui du CO2).

Vente de certificats carbone

«Les agriculteurs, qui ne veulent pas vendre des droits à polluer, ne participaient pas au marché carbone, situe Chuck de Liedekerke, l’un des cofondateurs. Pourtant, une multitude d’entreprises peuvent leur proposer une rémunération, car elles veulent réduire les émissions de leur scope 3 ou sécuriser leurs approvisionnements sur le long terme.»  «Nous faisons de l’accompagnement à l’agriculture régénératrice avec un produit d’appel : la rémunération carbone», poursuit-il façon VRP. En filigrane, une obsession : s’assurer que la transition est rentable pour l’exploitation.

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Grâce à son application, Soil Capital simule l'impact carbone des pratiques sur l'exploitation.

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Comment fonctionne l'autoproclamé «premier programme européen de paiement certifié du carbone» ? L’agriculteur volontaire va faire l’objet d’un audit de ses parcelles : des prélèvements et analyses de ses sols sont réalisés au début de ce programme qui dure cinq ans. L’exploitant va alors mettre en place un certain nombre de pratiques : couverts végétaux, évolution des rotations, agroforesterie... Avec un agronome de Soil capital et à grand renfort d’algorithmie, l’impact de ces pratiques sur le bilan carbone de l’exploitation va faire l’objet d’un suivi annuel. Toute baisse de carbone émis va générer un certificat. L’ensemble du processus peut faire l’objet d’un contrôle de la part d’un cabinet d’audit indépendant.

Les certificats sont alors vendus, principalement à des grosses entreprises de l’agroalimentaire (Cargill et Royal Canin ont sauté le pas), soucieuses de diminuer l’empreinte carbone de leur amont ou Scope 3 et d’améliorer la résilience de leurs chaines d’approvisionnement à long terme. Ces entreprises se tournent vers Soil capital faute d'avoir la capacité à mener ces programmes en interne. 

Plus de 1000 agriculteurs sont engagés depuis la première campagne il y a quatre ans, très majoritairement en France, mais aussi en Belgique, mère-patrie de Soil Capital, et au Royaume-Uni. Pour les 400 premiers agriculteurs engagés – les autres ont rejoint le programme encore trop récemment - Soil capital assure que 90% ont été rémunérés pour leur carbone, les paiements moyens étant de 8000 euros par récolte.

Chasse au greenwashing

Attention toutefois à l’effet "les bons élèves d'abord", alors que le taux d'abandon est de «5 à 10%» faute de rentabilité économique pour ces exploitations. «La première année, la moitié des agriculteurs qui nous ont rejoints stockaient déjà du carbone sur leur exploitation, détaille Chuck de Liedekerke. Désormais, la proportion est d’un quart. Pour chaque profil nous identifions bien les leviers d’actions. Nous estimons à cinq ans le délai de bascule pour un statut d’émetteur moyen à celui de stockeur moyen.»

Si pour la grande majorité l'opération est rentable, le sujet des rendements reste tabou : «Le coût de l’absence de changement des pratiques est bien plus important que celui du changement, formule Chuck de Liedekerke. Pour l’instant, je ne vois pas d’amélioration du rendement chez les agriculteurs que nous accompagnons, mais il n’y a pas de pertes.»

Pour s’assurer que l’agriculteur modifie bien ses pratiques durablement, Soil capital a créé une «réserve d’assurance» : 20% des crédits sont bloqués pendant dix ans, durée pendant laquelle est suivi l’agriculteur. Ces crédits ne seront vendus qu’à la fin de la période. Un mécanisme qui doit permettre d’éviter l’effet «Verra», entreprise américaine épinglée dans une enquête du Guardian pour avoir vendu massivement des crédits carbone bidons. Chuck de Liedekerke appelle d’ailleurs à faire «converger le nombre de labels» et espère l’intervention rapide du régulateur afin de limiter les risques de greenwashing. L’entreprise bruxelloise espère bien tirer son épingle du jeu et faire valoir son antériorité. Après cinq ans d’activité, et malgré un abonnement annuel à près de 1000 euros pour les agriculteurs et des commissions prises sur les certificats vendus, l’affaire n’est pas rentable. Fin du monde et fin du mois convergent parfois de manière inattendue.

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