Du vert partout, mais de la clarté nulle part. Difficile pour le consommateur de ne pas se perdre au milieu des étals, cerné par des labels aux propositions d’apparence analogues : «issu de l’agriculture biologique» par-ci, «haute valeur environnementale» par-là, «sans résidu de pesticides» un peu plus loin... Si le chaland manque de repères sur le type de production, sur la mesure de l'empreinte carbone de son alimentation c'est encore pire. Et même les industriels s'y perdent.
Démonstration est faite fin août au congrès de l’Association des économistes agricoles européens à Rennes. Dans une présentation au titre évocateur, «Fast & Furious», sur le développement du reporting environnemental, Marion Jansen, la directrice agriculture de l’OCDE, alerte quant au risque de morcellement des échanges mondiaux face multiplication des référentiels et labels d’évaluation de l’impact carbone par les entreprises.
Quel outil utiliser?
«Le reporting de l’empreinte carbone se développe à un rythme rapide et furieux, a-t-elle développé. Un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial provient des systèmes alimentaires.» Sans surprise, le gros des impacts est à trouver côté fermes. Mais avant de savoir quelles actions engager, il faut mesurer avec précision ces émissions.
C’est là que le bât blesse. «Contrairement à un secteur comme l’acier où il y a quelques gros producteurs au niveau mondial, il y a une multitude de petits acteurs dans l’agroalimentaire», a-t-elle détaillé. La collecte des données le long des chaines de valeur a vite fait de relever de la «science-fiction».

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Si elle pointe que l’agroalimentaire soit à la traîne quant à l’évaluation de ses impacts par rapport à la moyenne des entreprises, Marion Jansen met aussi en avant la difficulté liée à la multiplication des standards et labels d’évaluation, conséquence de l’éparpillement des chaines de valeur dans le secteur. Tel fermier adopte telle méthode de mesure de ses émissions et décroche une cocarde pour certifier ses résultats, tel agriculteur fournisseur d'une grande entreprise de l'agroalimentaire est incité à en choisir une autre, tel transformateur s'éprend d'un autre label précis…
«Quel outil utiliser ?», interroge Marion Jansen, indiquant que l’OCDE travaille à mettre de l’ordre dans le domaine. En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) notait déjà fin 2021 que «les entreprises dont les objectifs ont été validés par SBTi adoptent en moyenne des objectifs plus ambitieux que les autres sociétés», cette méthode d'évaluation, portée notamment par l'ONU, permettrait donc de dissiper la confusion.
Fragmentation
Le risque, si rien n'est fait, d’après Marion Jansen, est ni plus ni moins celui d’une «fragmentation des échanges mondiaux», la circulation des produits alimentaires étant entravée en raison d’une succession de désaccords lié au manque de référentiel commun sur les méthodes d’évaluation des impacts climatiques. Une idée qui trouve écho dans l’article “Revisiting the promise of carbon labelling” paru dans la revue "Nature climate change" début 2022. «Les systèmes de labellisation (…) diffèrent dans leur façon d’appréhender l’impact environnemental du produit», notent alors les chercheurs. «Les institutions les plus importantes, via leur pouvoir d’achat, peuvent utiliser la donnée sur les émissions pour inciter leurs fournisseurs à réduire ces dernières. Cependant, de telles organisations peuvent aussi faire obstacle au consensus (nécessaire à l’élaboration des labels) ou l’orienter vers leurs intérêts. Ces possibilités peuvent affecter la confiance dans les systèmes de labélisation», relèvent-ils par ailleurs. Une confusion qui peut donc être parfois entretenue.



