SNCF, RATP... Mobilisation générale dans les transports franciliens pour les Jeux Olympiques de Paris

Extensions de lignes, trafic renforcé, navettes, applis, plans B, … La région Île-de-France, RATP, SNCF, Keolis et Transdev sont dans les starting-blocks pour l'organisation des Jeux Olympiques de Paris. A condition que les négociations à la SNCF aboutissent. Elles reprennent ce 22 mai au lendemain d'une grève.

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Station de  métro parisien RATP Ligne 9
La ligne 9 du métro parisien sera particulièrement sollicitée avec 70% de rames supplémentaires par rapport à une période estivale habituelle.

Sans transports publics efficaces, les Jeux Olympiques de Paris peuvent rapidement tourner au cauchemar. La région et les opérateurs de transport, - la RATP et la SNCF en première ligne - ne veulent surtout pas devenir le maillon faible. Ils ont élaboré des plans de transport qui doivent permettre d’acheminer spectateurs et athlètes sans anicroche. «L’organisation de ces Jeux est un immense défi, rappelait Valérie Pécresse, présidente d’IDFM et de la région lors de la présentation du plan transport à la presse, le 25 mars à Saint-Ouen. Il faut arrêter le dénigrement et le scepticisme. Le bilan va être extrêmement positif. Grâce aux Jeux, nous avons fait en sept ans ce que l’on réalise habituellement en plusieurs décennies. Nous allons avoir les premiers Jeux 100% accessibles en transports en commun et 100 % décarbonés. »

Le réseau ferré sera renforcé avec une offre supérieure à 15% par rapport à une période estivale habituelle, des navettes gratuites vont relier les gares et les sites excentrés. 10 lignes avec 300 navettes biogaz, diesel ou hybrides (biocarburant) et 1000 bus décarbonés pour transporter les athlètes, médias et publics accrédités. «La particularité, c’est que nous ne sommes pas sur le même rythme que durant l’année avec des heures de pointe et des heures creuses, précise Delphine Comolet, cheffe de projet JO de Transilien (SNCF). Et il faut mobiliser du monde y compris sur des lignes qui ne sont généralement pas très fréquentées (P et J) comme pour le stade nautique ou le stade Yves du Manoir à Colombes, dont la desserte bénéficiera d’une offre spécifique avec 8 trains par heure depuis la gare Saint-Lazare, ce qui n’a jamais été fait. Nous avons travaillé main dans la main avec la RATP.»

10 millions de voyageurs par jour sur le réseau RATP

La RATP est d’ailleurs en première ligne. Elle attend 10 millions de voyageurs par jour contre 8 millions pour une période estivale habituelle, soit l’équivalent d’une journée de plein trafic hivernal. Sur certaines lignes, la capacité d’emport sera augmentée de 60 à 70% (RER A et C, ligne 9 du métro). Aux abords des sites de Saint-Denis, l’affluence sera la plus importante. IDFM prévoit des pics de flux de transport de 60 000 spectateurs par heure. Une zone plutôt bien desservie (RER B & D, lignes métro 12 &13, Transilien ligne H…). Jean Castex, le PDG de la RATP relativisait les difficultés, le 15 mai dernier, devant l’Association des journalistes des transports et de la mobilité (AJTM) : «Il n’y aura pas plus de monde que pour un match du tournoi des VI nations». Mais les entrées et sorties seront multiples dans une même journée. Pour gérer ces flux, les caméras augmentées qui ont été testées pour les concerts de Taylor Swift devraient être déployées pour cet évènement, si le Conseil d’Etat donne son feu vert. Le plus compliqué concerne le transport jusqu’aux sites excentrés qui ne sont pas forcément très bien desservis quotidiennement comme le château de Versailles et Paris Ouest. «Il faut prendre des dispositions exceptionnelles, car les lignes 9 et 10 ne suffiront pas», indique-t-on à la RATP. D’où les navettes de bus depuis la Porte Dauphine pour Roland Garros et Place de l’Etoile pour le Parc des Princes, avec sur chacune des lignes des bus toutes les minutes.

Les autres opérateurs sont également concernés. Keolis aura la lourde tâche de transporter une partie des athlètes. Et il est aussi concerné par les épreuves qui se jouent en régions, où il exploite certains réseaux comme à Bordeaux, Lille ou Châteauroux. Chez Transdev, on précise qu’on transportera environ 175 000 passagers par jour, notamment les accrédités (collaborateurs de Paris 2024, bénévoles, médias) sur une cinquantaine de lignes de bus, dont certaines lignes de navettes pour acheminer les spectateurs vers les sites olympiques de Vaires-sur-Marne (nautisme).

La ligne 14 prête pour le jour J

Au niveau des nouvelles lignes promises lors de la candidature, c’est finalement la portion congrue avec essentiellement les extensions de la ligne 14 prolongée au sud jusqu’à l’aéroport d’Orly et au nord jusqu’à Saint-Denis Pleyel, ce qui fait une solution supplémentaire pour se rendre au Stade de France et au village olympique. De plus, «nous avons renouvelé entièrement le système automatique qui datait de 1998, rappelle Edgar See, directeur délégué JOP et Paralympiques à la RATP. Les rames circulent déjà à blanc sur les deux extensions. Les trains ont été livrés par Alstom en nombre suffisant. Même si le nombre est inférieur à la commande initiale.» L’inauguration devrait avoir lieu dans la semaine du 20 juin. La ligne 14 va transporter 1 million de personnes par jour, soit le double par rapport à aujourd’hui, avec un intervalle de 85 secondes entre deux rames, du jamais vu. Et à l’ouest, le RER E vient d’être prolongé jusqu’à Nanterre La-folie, le tram T3b jusqu’à la Porte Dauphine, d’où partiront des navettes vers Roland Garros … Finalement, ne manque à l’appel que le tronçon commun des futures lignes 16 et 17 du Grand Paris Express entre Saint-Denis-Pleyel et Le Bourget. «C’est le Covid qui a flingué le chantier, rappelle Jean Castex. Pour la ligne 14, nous n’avons pas arrêté le chantier pendant le confinement, contrairement à tous les chantiers dans le monde.»

Maintenance préventive et plan B

Afin d’éviter tout couac, il est aussi essentiel d’éviter au maximum les pannes. «Pour la maintenance nous avons travaillé en anticipation, précise Delphine Comolet. Habituellement nous réalisons les opérations de maintenance préventive importantes en été. Et nous avons mis en place des équipes de dépannage mobiles pour être très réactifs en cas de problème.» Après, il faut avoir un plan B sur chaque ligne en cas d’avarie de matériel roulant ou d’infrastructure et d’accident de voyageurs. Un plan de transport a été conçu pour chaque site avec notamment les itinéraires alternatifs que l’on peut retrouver sur l’appli «Transport public Paris 2024» en six langues. Pour aider les personnels d’accueil dans les gares et les stations, la RATP a développé l’appli Tradivia basée sur I’IA pour répondre dans une quinzaine de langues aux questions avec traduction instantanée et SNCF Voyageurs a lancé TradSNCF qui répond dans 130 langues. «On a beaucoup plus de stress avant que pendant les Jeux. En général, le spectateur arrive trois heures à l’avance», prévient Clément Michel, directeur général de Keolis France, qui s’est entretenu avec d’anciens responsables des transports pendant les JO de Londres.

Mobilisation générale

Pour répondre à ce défi, les ressources humaines sont primordiales. « Les JOP sont avant tout un sujet RH à un moment où les gens sont en vacances », résume Jean Castex. La SNCF négocie encore avec les syndicats sur les primes à accorder aux salariés volontaires. A la RATP, les négociations ont abouti avec des primes pouvant atteindre 2500 euros brut pour les conducteurs particulièrement mis à contribution (5% des effectifs mobilisés au maximum). Pour les autres, elles se situeront entre 400 et 1900 euros brut. Car la mobilisation est à l’image de l’évènement. «Nous aurons 19 000 agents par jour sur le terrain et même 21 000 pendant les Paralympiques, précise Edgar See. 35 000 salariés sont appelés à travailler durant les 31 jours. Il faut y ajouter un millier de saisonniers et 2500 volontaires sans oublier des prestataires extérieurs.» Les transporteurs ont généralement anticipé les recrutements, comme la RATP avec environ 300 conducteurs. Transdev va mobiliser 3000 collaborateurs durant les deux évènements, dont 1000 par jour. Il a fait appel à tous ses réseaux en France, mais aussi de Tchéquie, de Suède, ou d’anciens collaborateurs retraités. Chez Keolis, 1000 conducteurs seront dispatchés dans toute la France et regroupés sous la bannière d’une nouvelle filiale éphémère «Keolis 2024».  A la SNCF, ce sont plus de plus de 5000 renforts qui sont prévus pour prêter main forte aux équipes opérationnelles. «Pour les conducteurs, nous avons anticipé les recrutements qui étaient prévus, afin qu’ils aient le temps de suivre leur formation complète, explique la cheffe de projet Transilien. Nous en avons recruté 600 en plus de ce qui était prévu. Nous avons également fait appel à des conducteurs de TER et de TGV, et des conducteurs occasionnels sur la base du volontariat.»

Avec de tels moyens, il faut espérer que les transports franciliens feront taire les sceptiques et qu’ils seront bonifiés dans le futur. «Il faut être bons pendant les Jeux, et après, meilleurs qu’avant», anticipe Edgar See.

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