Sans solution d’exportation, Orano suspend l'activité de son usine d’uranium au Niger

Orano a annoncé, mercredi 23 octobre, la mise en pause à partir du 31 octobre de son complexe minier d’uranium naturel de La Somaïr au Niger. Le spécialiste du cycle du combustible nucléaire français est en difficulté dans le pays depuis la prise de pouvoir d’une junte militaire en juillet 2023.

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mines d'uranium à ciel ouvert au Niger Orano
La dernière mine d'uranium Orano au Niger, opérée par La Somair, suspendra ses activités à la fin du mois d'octobre.

La situation n’en finit pas de se dégrader pour Orano au Niger, au point que la pérennité du groupe dans le pays d’Afrique se pose. Mercredi 23 octobre au soir, le géant français du combustible nucléaire a annoncé la mise à l’arrêt de ses activités d’extraction et de raffinage d’uranium naturel dans le pays – réunies dans sa filiale Société des mines de l’Aïr (Somaïr), qu’il détient à 63,4% aux côtés de l’État Nigérien – dès la fin du mois ! C'est un symbole de la descente aux enfers du groupe dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, longtemps une place forte du groupe français. Orano y connaît d’importantes difficultés depuis le coup d’État du général Abdourahamane Tiani, en juillet 2023.

«Silence radio», de Niamey

«C’est une triste nouvelle, réagit un porte-parole d’Orano joint par téléphone. Le site a les ressources humaines et la capacité de produire, et fonctionnerait très bien si les frontières étaient ouvertes, avec la possibilité d’importer des intrants et d’exporter la matière». Depuis le coup d’État, Orano fait face à diverses difficultés opérationnelles, concernant l’approvisionnement en réactifs nécessaires pour raffiner l’uranium (qui avait conduit le groupe à mettre l’usine à l’arrêt), mais aussi l’exportation de sa production.

Le site, qui emploie 700 salariés et autant de sous-traitants, a redémarré à vitesse réduite en février 2024 et dispose aujourd’hui d’un stock de 1050 tonnes d’uranium naturel, dévoile Orano. Mais la matière première des réacteurs nucléaires ne peut sortir du pays en raison de la fermeture de la frontière terrestre entre le Niger et le Bénin, d’où est habituellement exporté l’uranium par voie maritime. Orano précise qu’il prendra en charge les salaires et le maintien de l’outil industriel «jusqu’à la fin de l’année», sans se prononcer sur la suite.

Le groupe français avait déjà lancé l’alerte au début de l’été. Sans succès : «les difficultés financières se sont aggravées et nécessitent la suspension de l’activité du site», juge le porte-parole du groupe, alors que la solution proposée par Orano d’exporter l’uranium par avion vers la Namibie n’a semble-t-il pas convaincu la junte au pouvoir, qui oppose au groupe «un silence radio».  Au début de l’été, la junte au pouvoir à Niamey, en rupture diplomatique avec Paris et qui semble se rapprocher de la Russie, avait déjà retiré au groupe français les permis liés au grand projet de nouvelle mine qu'il portait dans le pays Imouraren.

L'arrêt de l'extraction au Niger, septième producteur mondial d'uranium, ne met pas en danger l'approvisionnement des énergéticiens, qui peuvent se fournir sur un marché diversifié et disposent de stocks conséquents. Le pays est par contre important dans le portefeuille d’Orano, qui a produit 1130 tonnes d’uranium naturel dans le pays en 2023 pour une capacité normale de 2000 tonnes. La même année, le groupe avait extrait un peu plus de 7000 tonnes d’uranium naturel, notamment au Kazakhstan et au Canada.

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