Sanofi entre en négociations exclusives pour céder 50% d'Opella à CD&R et 2% à Bpifrance

Sanofi annonce le 21 octobre le début des négociations exclusives avec le fonds américain CD&R pour lui céder 50% du capital d’Opella, sa division Santé grand public. Le laboratoire français resterait à hauteur de 48%, tandis que l’Etat interviendrait à hauteur de 2% via Bpifrance, estimant qu’il a déjà obtenu les garanties de maintien d’emplois, de production et de gouvernance en France. Plusieurs sanctions financières éventuelles ont été inscrites dans un accord tripartite.

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Doliprane
Sanofi projette de conserver 48% du capital de sa division Opella, centrée sur les médicaments sans ordonnance, les vitamines et compléments alimentaires. Le fonds américain CD&R prendrait 50% des parts, tandis que Bpifrance entrerait à hauteur de 2%.

Dernière ligne droite pour le Doliprane. Sanofi a annoncé le 21 octobre le démarrage de négociations exclusives avec le fonds américain CD&R pour lui céder potentiellement 50% du capital d’Opella, sa division Santé grand public. Sur la base de la valeur d’entreprise, estimée selon Sanofi à 16 milliards d’euros, soit 14 fois l’Ebitda annuel, cela représenterait une opération d’un potentiel de 8 milliards d’euros, soit une des plus grandes transactions mondiales dans la pharma cette année.

Le projet comporte aussi l’arrivée de Bpifrance, à hauteur de 2%, ce qui représenterait, au regard de la valorisation, environ 320 millions d’euros en valeur pour cette prise de participation. Toutefois, lors d'une conférence de presse, Nicolas Dufourq, directeur général de Bpifrance évoquait un montant « de 100 à 150 millions d'euros » pour une participation de «1% à 2% ». Bpifrance disposera aussi d'une présence au conseil d'administration. Au total, Sanofi conserverait ainsi au moins 48% du capital d’Opella. L’opération pourrait être finalisée «au plus tôt pour le deuxième trimestre 2025», indique Sanofi dans un communiqué.

Le gouvernement atteste de garanties obtenues sur l’emploi et la production en France pour Opella

«Rien ne changera pour le Doliprane», assure Paul Hudson, le directeur général de Sanofi, au cours d’une conférence de presse en ligne, alors qu’une certaine inquiétude est palpable depuis plusieurs semaines dans le grand public et du côté des politiques. A Bercy, après plusieurs jours d’agitation et de demandes de garanties, on souffle avoir «obtenu le plus haut cadre de garanties possible».

Dans un message sur son compte X le 20 octobre, Antoine Armand, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie a indiqué avoir «obtenu les garanties du maintien et du développement d’Opella en France. Nos exigences sur l’emploi, la production et l’investissement seront respectées. Pour le Doliprane et les autres médicaments essentiels du pays». Et l’Etat s’inscrit d’ailleurs dans l’opération avec cette participation de Bpifrance qui devrait lui permettre d’obtenir une représentation au conseil d’administration d’Opella.

70 millions d’euros d’investissements sur 5 ans pour Opella, et des sanctions financières prévues

Ces garanties sont inscrites dans un accord tripartite, avec des sanctions prévues. Lors d’une conférence de presse, Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l’Industrie a indiqué que Sanofi et CD&R s’étaient engagés sur « 70 millions d’euros d’investissements sur cinq années en cumulé » pour Opella en France, un engagement assorti de « sanctions proportionnelles » s’il n’était pas concrétisé. En termes de sanctions prévues, la plus importante est liée au maintien de l’approvisionnement par des fournisseurs et sous-traitants français, en premier lieu pour le paracétamol qui sera produit par Seqens à Roussillon (Isère). La pénalité prévue par le gouvernement en cas de défaut pourrait atteindre 100 millions d’euros.

Le maintien de la production sur les sites de Lisieux (Calvados) et de Compiègne (Oise), pour au moins 5 ans, est garanti par une pénalité qui « pourrait s’élever jusqu’à 40 millions d’euros en cas d’arrêt de la production sur ces deux sites », selon un communiqué du ministère. Des pénalités de 100 000 euros par emploi sont également prévues en cas de « licenciement économique contraint ». Enfin, des sanctions financières non détaillées sont envisagées pour le « maintien de volumes minimaux de production en France pour les produits sensibles d’Opella : Doliprane, Lanzor et Aspegic ».

Sanofi veut créer un champion mondial de la santé grand public

Sanofi n’a pas indiqué de possible échéance pour son maintien au capital d’Opella, mastodonte des médicaments sans ordonnance, des vitamines et des compléments alimentaires, présenté comme le numéro 3 du secteur, engrangeant plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, recensant 11000 salariés et 13 sites industriels dans le monde, et abritant près de 120 marques consommées par un demi-milliard de personnes dans le monde.

Paul Hudson affirme que l’association avec CD&R avait pour ambition de créer un «champion mondial de la santé grand public avec une gouvernance basée en France», et qu’il y a un «engagement absolu» de Sanofi «pour participer à long terme». Ajoutant que le laboratoire entendait «rester longtemps» au capital d’Opella dans le cadre d’une participation «à durée indéterminée».

Le laboratoire français a annoncé il y a à peine un an son projet de désengagement dans sa division Santé grand public. Au départ, l’option privilégiée était celle d’une introduction en bourse, comme Sanofi avait procédé avec EuroAPI, sa division de chimie pour les principes actifs pour tiers, en conservant 30% du capital. Au final, avec Opella, le laboratoire resterait visiblement plus impliqué, même s’il laissera finalement la majorité à son partenaire américain alors qu’il avait été question, ces derniers jours, de rester à hauteur de 50%.

Ce désengagement, décrit par Sanofi comme destiné à créer plus de valeur pour Opella en ayant plus de moyens pour se développer, permettra au laboratoire français d’être entièrement focalisé sur ses activités dans les vaccins et la biopharma, avec toujours l'ambition de devenir leader mondial de l’immunologie.

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