Analyse

Dans l’ombre de l’usine de Doliprane de Sanofi, celle de paracétamol de Seqens

A Lisieux (Calvados), l’usine de Doliprane d’Opella, qui appartient encore intégralement à Sanofi, sera le principal client de la future usine de paracétamol que construit Seqens en Isère. Symbole de l’ambition de souveraineté sanitaire, l’ensemble est hautement stratégique pour l’Etat et confère à l’usine normande une certaine sécurité, même en cas de rachat partiel par l'américain CD&R.

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Doliprane Dafalgan
Produits à partir de paracétamol importé des Etats-Unis ou d'Asie, les spécialités comme le Doliprane de Sanofi ou le Dafalgan d'Upsa seront fabriqués en partie à partir de 2026 avec le paracétamol produit par l'usine que construit Seqens en Isère.

Dans le dossier de cession d'Opella, la véritable pression politique sur Sanofi réside probablement sur la chaîne du paracétamol. La petite phrase d’Emmanuel Macron, lors de sa visite au Mondial de l’Automobile à Paris le 14 octobre est loin d’être anodine : «On s'est battu pour que le Doliprane soit reproduit en France et que l'on reproduise des molécules et des médicaments qui sont indispensables. C’est un acquis du plan de relance pendant le Covid et de France 2030, et on va continuer.»

Le 16 juin 2020, en visite chez Sanofi à Marcy L’Etoile (Rhône), le chef de l’Etat avait posé la toute première brique de l’ambition française de relocalisation de médicaments essentiels, avec le projet de reproduire en France du paracétamol, principe actif de médicaments anti-douleur et anti-fièvre comme le Doliprane. C’est le groupe Seqens, aux racines françaises mais aux capitaux désormais américains, qui s’est emparé du projet, lançant un plan d’investissement de 100 millions d’euros sur sa plateforme de Roussillon, en Isère, pour construire la seule usine de paracétamol de l’Union européenne.

L'usine de Lisieux, premier client de l'usine de Seqens

Seqens est loin d’avoir embarqué seul dans ce projet qui doit permettre d’utiliser un procédé innovant, moins impactant sur l’environnement que les productions existantes, largement délocalisées vers l’Asie il y a près d’une vingtaine d’années. C’est d’ailleurs sur ce même site de Roussillon que Rhodia avait arrêté de produire du paracétamol en 2008. Entre les subventions et les avances remboursables, le soutien financier de l’Etat est colossal, estimé entre 30% et 40%. Et les deux producteurs de médicaments à base de paracétamol en France – Sanofi pour ses gammes de Doliprane et Upsa pour celles de Dafalgan et d'Efferalgan – se sont engagés à travers des contrats d’approvisionnement à long terme, garantissant au projet une certaine longévité.

Dans un communiqué le 14 octobre, Sanofi a d’ailleurs souligné qu’Opella, sa division Santé grand public qu’il est prêt à mener en coentreprise avec le fonds américain CD&R, sera «le premier soutien, y compris financier, au projet de relocalisation du paracétamol porté par Seqens». Et que «Opella s'est déjà engagée à en être le premier client lorsque le site sera opérationnel» – ce qui est désormais prévu en 2026, avec un peu de retard. Pour ces futures productions françaises de paracétamol, l’usine d’Opella à Lisieux (Calvados) se pose donc comme un client indispensable et lié contractuellement.

L'usine de Doliprane dispose de garanties industrielles et économiques en France

Avec cet approvisionnement depuis l’Isère, l’usine normande se garantira une intégration en amont en France pour ses productions de Doliprane. Or la France représente 96% du marché de ce médicament vedette, quasi inconnu à l’international, à part dans quelques pays d'Afrique.

Sanofi a par ailleurs investi 50 millions d’euros ces dix dernières années dans son usine de Lisieux et a même ajouté 20 millions d’euros pour renforcer encore de 40% ses capacités de production de Doliprane à partir de 2026. Enfin, Sanofi entend s’accrocher à hauteur de 50% dans le capital d’Opella, alors que le projet initial était d'en céder une part majoritaire. Dans ces conditions, il serait extrêmement étonnant qu’un nouvel arrivant au capital, comme CD&R, dispose de l’envie ou des moyens de délocaliser ces productions.

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