L’avenir du Doliprane pourrait se jouer dans quelques jours. Et visiblement, Sanofi ne semble plus privilégier l’option d’introduction en bourse d’Opella, sa division Santé grand public. Selon différentes sources, le laboratoire français a écarté le fonds PAI Partners des discussions et se concentre sur un accord avec le fonds américain CD&R.
Le projet sur la table consisterait en une cession de 50% des parts d’Opella, dans le cadre d’une valorisation à hauteur de 15 milliards d’euros de cette entité qui avait généré 5,18 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023. L’opération serait l’une des plus importantes de l’année dans l’industrie pharmaceutique. Une décision définitive pourrait intervenir ces prochains jours.
L'Etat peu enclin à laisser filer des fleurons de la pharma française
Le gouvernement appliquera très probablement la procédure de contrôle des investissements étrangers en France dans le cadre d’une acquisition par CD&R, indique-t-on du côté de Bercy. Ces derniers mois, comme avec la vente finalement abandonnée de Biogaran, l’Etat ne se montre pas enclin à voir filer des fleurons tricolores de la pharma, surtout dans ce contexte de manque de souveraineté sanitaire. Toutefois, Marc Ferracci, ministre délégué en charge de l’Industrie considère CD&R comme «un fonds d'investissement sérieux qui présente des perspectives positives pour le développement global d'Opella ainsi que pour les sites implantés en France». Assurant même que «ce projet de cession ne remet en question ni la production en France du Doliprane ou des autres médicaments essentiels produits par Opella sur notre territoire, ni l'approvisionnement du marché en ces médicaments».
Garantir l'avenir industriel d'Opella mais aussi du paracétamol en France
Des garanties sociales et industrielles ont toujours été réclamées par le gouvernement dans ce dossier pour la possible cession de cette division de 11000 salariés dont 1700 en France et ses deux usines, à Compiègne (Oise) et Lisieux (Calvados). Du côté du ministère de l’Industrie, on précise que les priorités sont «le maintien des capacités de production en France au même niveau d’activité et des emplois» et également le «respect des engagements pris par Sanofi vis-à-vis de Seqens dans le cadre de la relocalisation du paracétamol».
Parmi les 117 marques de médicaments sans ordonnance, de vitamines et de compléments alimentaires d’Opella, il y a évidemment la tête de gondole Doliprane, dont le principe actif est le paracétamol. Or, le projet industriel de 100 millions d’euros de Seqens de relocaliser à Roussillon (Isère), et ce pour la première fois en Europe depuis 2008, une production de paracétamol tient en particulier aux engagements d’approvisionnements des deux consommateurs principaux que sont Sanofi et UPSA.
Quelques garanties naturelles pour les deux usines d'Opella en France
De toute façon, certaines garanties sembleraient évidentes, dans les faits, sur le plan industriel. Doliprane est essentiellement vendu sur le marché français, fait partie des 15 marques prioritaires d’Opella, et Sanofi finalise un investissement sur le site de Lisieux pour y renforcer les capacités. Stratégiquement, une délocalisation prochaine n’aurait pas de sens. Par ailleurs, parmi les 15 marques jugées prioritaires chez Opella, «5 sont produits à Compiègne, qui est le seul site au monde, hors Etats-Unis, à être agréé par la FDA [l’autorité sanitaire américaine, ndlr], c’est un joyau», indique une source proche du dossier au sujet du second site français. Ce qui, là encore, apporterait certaines garanties, d’autant que le marché américain, comptant pour 24% des ventes d’Opella, demeure le principal marché pour ses produits.



