Si, en Europe continentale, les vapocraqueurs connaissent une hécatombe, le géant saoudien de la pétrochimie Sabic se mêle à la danse au Royaume-Uni, en actant l'arrêt définitif du vapocraqueur Olefins 6 à Wilton (nord-est de l'Angleterre). En 2020, des rumeurs couraient déjà quant à l'avenir de l'intégralité des actifs du complexe pétrochimique de Teesside, son vapocraqueur affichant une capacité de production annuelle de 865 000 tonnes métriques d'éthylène, 415 000 tonnes métriques de propylène et 100 000 tonnes métriques de butadiène, selon les données de Platts.
330 emplois dans la balance
En effet, depuis un arrêt provisoire effectué en septembre 2020 – un arrêt programmé en raison d'une opération de maintenance qui devait se dérouler au printemps 2020 – l'usine n'a jamais vraiment redémarré. Le syndicat britannique et irlandais Unite précise que « certains de ses membres ont été rémunérés pour assurer la sécurité de l'usine et la préparation à sa remise en service pour les opérations futures ». Le mois dernier, il aurait été rapporté au syndicat que Sabic pourrait envisager de vendre ses activités pétrochimiques européennes dans un contexte de coûts énergétiques élevés.
« C'est une honte que d'estimés travailleurs soient menacés de licenciement par une entreprise rentable », témoigne la secrétaire générale d'Unité, Sharon Graham, dans un communiqué. Elle rappelle ainsi que le géant saoudien a réalisé un bénéfice net de près de 300 millions de livres sterling (près de 350 millions d'euros) l'an dernier. Les opérations de polyéthylène basse densité (PEBD) de la société à Teesside et la logistique associée devraient continuer à fonctionner normalement, précise Sabic. Le nombre exact d'emplois supprimés n'est pour l'instant pas connu, en sachant que le site emploie près de 330 personnes.
Sixième fermeture de vapocraqueur en un peu plus d'un an
Pourtant, Sabic se voulait confiant sur l'avenir du site, il y a encore cinq ans. En octobre 2020, le Saoudien révélait sa volonté d'investir près de 850 millions de livres sterling auprès des autorités locales. L'investissement devrait permettre, dans un premier temps, de réduire les émissions de carbone du site de production de 60 %. L'usine Olefins 6, mise en service par l'Imperial Chemical Industries (ICI) en 1979 (société rachetée en 2008 par AkzoNobel, les actifs ayant été dispersés par la suite), est un craqueur de naphta liquide, actuellement en cours de conversion pour fonctionner entièrement au gaz.

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L'usine d'éthylène de Wilton devient donc le sixième craqueur a fermé, dans l'écosystème européen, en un peu plus d'un an. En avril 2024, ExxonMobil a annoncé la fermeture de Notre-Dame de Gravenchon (Seine-Maritime) en France. Le même mois, Sabic a débuté un arrêt prolongé pour maintenance de son cracker Olefins 3 sur son site de Geleen (Pays-Bas), avant de confirmer qu'il ne redémarrerait jamais. En octobre, Versalis, la branche chimie du géant pétrolier italien Eni, a dévoilé la fermeture prévue en 2025 de ses deux derniers craqueurs en Italie, à Priolo et Brindisi. Enfin, TotalEnergies a annoncé, en avril 2025, se passer de l'un de ses deux craqueurs situés sur le site d'Anvers – le plus ancien – d'ici fin 2027. Avec ce nouvel arrêt définitif, l'Europe se retrouve amputée, au total, d'une capacité de production de près de 4,3 millions de tonnes d'éthylène par an.
LyondellBasell a, quant à lui, décidé de vendre deux de ses vapocraqueurs, dont celui de Berre (Bouches-du-Rhône) en France. Le manque de compétitivité, les coûts de l'énergie élevés, la surcapacité sur le marché européen… Entre les géants de la pétrochimie, les raisons évoquées restent considérablement les mêmes pour justifier la mise au rebut des vapocraqueurs. En France, ils ne sont plus que cinq en fonctionnement sur le territoire.



