En pleine fermeture de ses vapocraqueurs, Versalis inaugure un démonstrateur de pyrolyse des plastiques

Versalis, la branche chimie du géant pétrolier italien Eni, a annoncé en juin la mise en route d’une usine de démonstration basée sur le procédé « Hoop », technologie exclusive de Versalis permettant le recyclage chimique des déchets plastiques mixtes. Si ce démonstrateur est installé sur le site de Mantoue (nord-est de l'Italie), la première usine, d’une capacité de traitement presque sept fois supérieure, devrait être implantée à Priolo (Sicile), où l’Italien fermera son dernier vapocraqueur d'ici la fin de l'année.

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Sur son centre de recherche de Mantoue, Versalis a inauguré son usine de démonstration équipée de sa technologie exclusive « Hoop ».

Dans le sillage du plan de transformation lancé par Versalis en octobre 2024 – engagement de près de deux milliards d'euros à investir sur les cinq prochaines années afin de renouer avec la rentabilité tout en maintenant une trajectoire de décarbonation – le pétrochimiste italien a validé en juin sa technologie exclusive « Hoop » au stade de la démonstration, en vue d'un passage à l'échelle industrielle. L'innovation combine un réacteur de pyrolyse à haute performance thermique avec le savoir-faire de Versalis en matière d'analyse des propriétés des polymères et d'optimisation des processus de production grâce à des systèmes d'IA.

Traiter jusqu'à 6 000 tonnes/an de matières premières secondaires

Concrètement, la technologie, complémentaire du recyclage mécanique, permet de transformer des déchets plastiques mixtes en naphta recyclé (r-naphta ou encore appelé huile de pyrolyse), matière première alternative au procédé de vapocraquage, pour produire de nouveaux intermédiaires ainsi que des polymères (emballages alimentaires, emballages pharmaceutiques…). La société italienne a fondé de grands espoirs dans ce procédé, affirmant que sa technologie « Hoop » présente « des rendements de récupération de matériaux élevés et une excellente flexibilité en termes de matériaux d'entrée ».

Entamée fin octobre 2023, la construction de l'usine de démonstration « Hoop » s'est conclue par des tests de production réalisés ces dernières semaines. L'installation d'environ 5000 m2 est implantée sur le site de Mantoue, plus grand centre de recherche de Versalis chargé du développement des technologies propriétaires du groupe lié aux produits chimiques de base et aux plastiques. L'unité est capable de traiter jusqu'à 6 000 tonnes/an de matières premières secondaires. « L'usine Hoop que nous inaugurons aujourd'hui symbolise la voie que nous suivons : exploiter l'innovation pour remodeler notre activité grâce à de nouvelles initiatives industrielles basées sur la circularité, la biochimie et la spécialisation, dans une optique de durabilité accumulée », se félicite Adriano Alfani, p-dg de Versalis.

La mort programmée du dernier vapocraqueur italien

Dans le cadre du protocole d'accord sur le plan de transformation chimique Eni-Versalis, signé en mars 2025 avec le ministère des Entreprises et du Made in Italy (MIMIT), une installation, capable de traiter 40 000 t/an de déchets plastiques mixte, est maintenant prévue sur le site de Priolo en Sicile. L'étude de faisabilité est déjà terminée et la phase de conception est actuellement en cours, en vue du lancement de la procédure d'autorisation. La décision d'investissement finale devrait être prise l'année prochaine, précise le p-dg, en marge de l'inauguration du démonstrateur.

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C'est sur cette même commune que Versalis fermera le vapocraqueur de Priolo (440 tonnes/an d'éthylène selon les données de l'association Petrochemicals Europe) – dernier vapocraqueur d'Italie – d'ici à la fin de l'année. En mars dernier, le groupe italien mettait fin aux activités du vapocraqueur de Brindisi (dans la région des Pouilles), l’autre unité de craquage que Versalis possédait encore en Italie.

Depuis plusieurs mois, Eni s'évertue à réduire drastiquement son exposition aux produits chimiques de base, ce secteur d'activités subissant « un déclin structurel et irréversible en Europe », explique le géant italien, ayant engendré près de 7 milliards d'euros de pertes financières au cours des quinze dernières années, dont 3 milliards rien que sur les cinq dernières années. À l'heure actuelle, le secteur pétrochimique européen reste surcapacitaire par rapport à la demande, dans un contexte macroéconomique toujours perturbé.

Versalis se détourne ainsi de ses sites pétrochimiques majeurs, la fermeture du vapocraqueur de Porto Marghera en mai 2022 en est un autre exemple, en accord avec la stratégie impulsée par Eni. La maison mère souhaite « s'occuper de la chimie de Versalis sur un portefeuille aval à haute valeur comprenant des polymères composés et spécialisés, de la biochimie et des produits issus de l'économie circulaire », détaille le géant pétrolier qui fournira donc son huile de pyrolyse à des tiers.

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