Une faible demande combinée à des coûts élevés. Face à « l’excès important d’éthylène attendu en Europe », TotalEnergies décide de tailler à la hache. Sur sa plateforme d’Anvers (Belgique) — troisième raffinerie d'Europe avec une capacité de 338 000 barils de pétrole par jour — où le pétrochimiste français est présent depuis près de 75 ans, la compagnie prévoit d’arrêter son vapocraqueur le plus ancien d’ici à la fin 2027. « Nos adaptations et investissements réguliers dans la plateforme d’Anvers permettent de lui assurer un avenir à long terme et de continuer à faire de ce site intégré de raffinage-pétrochimie le plus performant de TotalEnergies en Europe », justifie la directrice du site, Ann Veraverbeke.
Selon les données de l’association Petrochemicals Europe, les deux usines d'éthylène de TotalEnergies présentes à Anvers affichent une capacité de production de 550 000 tonnes d'éthylène par an pour l’unité la plus ancienne et 610 000 tonnes d'éthylène par an pour l’autre. Dans un communiqué, la société précise que son vapocraqueur historique était dépendant d’un contrat majeur avec un utilisateur tiers de l’éthylène produit. Ce client, dont l’identité n’a pas été divulguée, aurait décidé de ne pas renouveler, son contrat arrivant à échéance fin 2027. En conséquence, la compagnie explique se retrouver sans débouchés pour sa production. TotalEnergies déclare aussi que ce vapocraqueur n’est pas intégré à ses usines de polymères d’Anvers et de Feluy (Belgique) qui produisent du polyéthylène haute densité, en précisant que les besoins des deux sites étaient largement couverts par son unité restante.
S'ouvrir à d'autres projets
« Cet arrêt permettra au site de se concentrer sur son vapocraqueur le plus récent », souligne TotalEnergies. Ce repositionnement industriel se fait sans qu’aucun licenciement — des 253 personnes concernées — ne soit à prévoir. La compagnie maintient qu’une solution adaptée à chaque situation sera trouvée, « grâce à des mobilités internes au sein de la plateforme d’Anvers et des départs en retraite ».
TotalEnergies s’ouvre à de nouveaux horizons. Dans le cadre du projet d'électrolyseur d'Air Liquide de 200 MW, la compagnie multi-énergie a signé un contrat de sous-traitance portant sur 130 MW dédiés à la production de 15 000 tonnes par an d'hydrogène vert pour le complexe d'Anvers. En amont de l'électrolyseur, TotalEnergies fournira de l'électricité verte issue de son parc éolien offshore OranjeWind, détenu à parts égales entre la compagnie et RWE, et via des contrats PPA (achats d’énergie renouvelable à long terme) sécurisé auprès de Vattenfall. Prévu pour fin 2027, ce projet permettra de réduire les émissions de CO2 du site d'Anvers jusqu'à 150 000 tonnes par an et contribuera aux objectifs européens (RED III) en matière d'énergies renouvelables dans les transports, a indiqué l'entreprise. La compagnie mise aussi sur la production de biocarburant destinée à l’aviation ou le stockage par batteries pour s’assurer de l’activité à long terme.
Les vapocraqueurs européens sous pression
Ailleurs en Europe, les vapocraqueurs naviguent dans des eaux troubles. En 2024, le géant américain ExxonMobil annonçait la fermeture de son vapocraqueur, à Notre-Dame de Gravenchon (Seine-Maritime), installation d’une capacité de 425 000 tonnes d'éthylène par an, en 2021, selon les données de l'association Petrochemicals Europe. Au terme de l'opération, la France ne comptait plus que cinq vapocraqueurs en activité. Côté belge, la situation des vapocraqueurs pourrait s’améliorer avec la concrétisation du Project One, immense vapocraqueur de 1,45 million de tonnes par an d'éthylène impulsé par le pétrochimiste britannique Ineos. Aucune date de début d’exploitation n’a réellement été confirmée à ce jour, mais le projet n’est pas au point mort. En février 2025, deux fours de craquage en provenance de Thaïlande faisaient leur entrée dans le port d’Anvers.



