[Édito] Ineos à Anvers, ça redémarre

Project One vient de se voir délivrer un nouveau permis de construire, à Anvers, pour l'installation d'un vapocraqueur de 1,45 million de tonnes par an d'éthylène. Un enjeu de souveraineté pour l'Europe qui doit aussi se renforcer dans la production de matières premières, en amont, à l'heure de la réindustrialisation.

 

Réservé aux abonnés
Ineos Anvers
Installations d'Ineos à Anvers.

Une superficie de 128 terrains de football. Une consommation d’acier équivalent à quatre tours Eiffel. 2 000 km de tuyauteries et environ huit millions d'heures de travail. Ces quelques chiffres suffisent à qualifier le gigantisme du vapocraqueur d’Ineos qui est en cours de construction sur le port d’Anvers, en Belgique, et dont la capacité de production d’éthylène est annoncée à 1,45 million de tonnes par an. C’est un projet à quatre milliards d’euros, dont on parle depuis janvier 2019, et qui, à son annonce, avait marqué les esprits. Depuis plus de vingt ans, aucun vapocraqueur n’avait vu le jour en Europe. Pire, on était plutôt en phase de fermetures, notamment en France où il ne reste plus que six unités de ce type en service. D’autre part, l’unité allait utiliser comme matière première de l’éthane, et non plus du naphta, comme cela se pratique plus couramment en Europe, avec une alimentation en provenance des États-Unis. Autrement dit, en gaz de schiste.

Comme on pouvait s’en douter, même si Project One (c’est son nom) est une aubaine pour le port d’Anvers et toute la région de Flandres, compte tenu de ses retombées économiques, tout le monde n’a pas applaudi des deux mains. En particulier, des organisations de défense de l’environnement. On a vu, par exemple, tourner des polémiques autour du déboisement d’une partie du site pour y installer une unité de déshydrogénation du propane. Au final, déboisement ou pas, la construction de cette unité a été reportée pour se concentrer sur le craqueur. Puis, en juillet 2023, les travaux relatifs à ce dernier ont été interrompus, à la suite de l’annulation du permis de construire, délivré en juin 2022. Des questions « d'impact d’émissions d'azotées (NOx) sur la nature » ont alors été évoquées. Ineos n’a cependant pas lâché l’affaire, déposant une nouvelle demande de permis de construire. Du coup, nouvelle annonce en ce début de mois de janvier 2024. La ministre flamande de l'Environnement, Zuhal Demir, a donné son feu vert au redémarrage du projet. Sous conditions toutefois. Entre autres, Project One devra être climatiquement neutre dans les dix ans suivant sa mise en service (annoncée en 2026), tandis que des normes d'émission et de rejet ont été imposées pour les PFAS. L’impact des azotés a, cette fois, été jugé minimal.

Un enjeu de souveraineté

Quoi qu’il en soit, Ineos considère que son projet est extrêmement vertueux, rappelant qu’il respecte le plus strictement possible les réglementations en vigueur. Les émissions de carbone du craqueur sont d’ailleurs prévues pour être trois fois inférieures à celles d’une installation de craquage européenne moyenne, et deux fois inférieures à celles de 10 % des craqueurs les plus performants d’Europe. Et puis, en transformant Anvers en premier pôle chimique européen, Ineos rappelle qu’il va contribuer à l’autonomie stratégique du continent au début de la chaîne de valeur. Il est bien vrai que réindustrialiser en aval – dans les matières actives pharmaceutiques, comme dans les batteries – sans sécuriser l’amont, n’a pas de sens car on ne résout pas les problèmes de dépendance vis-à-vis de pays tiers. Frédéric Gauchet, président de France Chimie, l’avait récemment rappelé, lors d’un colloque à la Maison de la chimie : « l’industrie de la chimie s’appuie sur un double écosystème, celui des PME et des grands groupes, mais aussi celui des entreprises de l’amont et de l’aval ». Si l’objectif est de maintenir une filière chimie en Europe, Ineos à Anvers est, sans nul doute, un projet de bon sens.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs