Alors que la France ne compte plus que cinq vapocraqueurs en activité, l’unité opérée par le pétrochimiste américain LyondellBasell (LYB) sur le site de Berre (Bouches-du-Rhône) devrait bientôt changer de main. L’opération s’inscrit dans le cadre d'une revue stratégique des actifs européens de ses divisions oléfines, polyoléfines, intermédiaires et dérivés démarrée il y a plus d’un an maintenant. L’Américain laissait, dès lors, planer le doute sur la possibilité de cession de la plateforme de Berre (Bouches-du-Rhône) – employant plus d’un millier de collaborateurs –, qui abrite un vapocraqueur d'une capacité de 470 kt d’éthylène par an en 2021, selon les données de l'association Petrochemicals Europe, et des unités de production de polyoléfines.
Plusieurs milliers d'emplois concernés
Pour compléter la liste des actifs vendus par LyondellBasell se trouve le site de Münchsmünster (nord de Munich) opérant un vapocraqueur de 400 kt d’éthylène par an selon Petrochemicals Europe, auquel s’ajoute une installation de pointe pour la production de polyéthylène haute densité (PEHD), l’unité de production de résines de polypropylène de Carrington (Angleterre) et l’important complexe pétrochimique de Tarragone en Espagne, également producteur de résines de polypropylène et de polyoléfines avancées.
L’acquéreur de l’ensemble des actifs se trouve être la société d'investissement Aequita basée à Munich. « Chaque site bénéficie d'une base opérationnelle solide et d'un effectif hautement expérimenté et engagé. Nous sommes confiants dans notre capacité à accélérer leur développement grâce au modèle actionnarial d'Aequita », se réjouit Christoph Himmel, fondateur et directeur associé du fonds de retournement allemand. La clôture de la transaction proposée est actuellement prévue pour le premier semestre 2026, sous réserve de l'achèvement des processus d'information et de consultation des instances représentatives du personnel concernées. Aucune garantie n’a été fournie, pour l’heure, concernant le maintien de l’ensemble des milliers d'emplois qui pourraient être impactés.
Les vapocraqueurs sous pression
Pourtant, le p-dg de LyondellBasell, Peter Vanacker, souhaite se montrer rassurant quant aux desseins du groupe en ce qui concerne le Vieux continent. « L'Europe reste un marché clé pour LYB et nous continuerons d'y participer après cette transaction, en mettant davantage l'accent sur la création de valeur en établissant un leadership rentable dans les solutions circulaires et renouvelables », affirme-t-il. En 2024, le chimiste américain avait ouvert les discussions autour de ses actifs européens – dans le sillage de la décision d’ExxonMobil d’acter la fermeture de son vapocraqueur de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime) – avec l’objectif de bâtir une entreprise rentable de solutions circulaires et bas-carbone, et d'améliorer sa performance et sa culture d'entreprise. Les difficultés de la pétrochimie européenne en termes de compétitivité étaient déjà le sujet à l’époque, la conjoncture n’ayant fait que se dégrader au fil des mois, notamment en raison de la croisade commerciale menée par Donald Trump.
En avril 2025, France Chimie avait dénombré près de 47 usines menacées en France (les plus électro-intensives) sur la période 2024-2026. En Europe, c’est près de 200 à 350 usines (y compris le vapocraquage) qui se retrouvent en porte-à-faux, pour un total de 150 000 à 200 000 emplois menacés. Et les vapocraqueurs restent largement en ligne de mire. L’Italie va voir le dernier site de craquage du pays, l’unité de Priolo opérée par Versalis, s’arrêter d’ici à la fin 2025. D’ici à la fin 2027, TotalEnergies prévoit aussi l’arrêt de l’un de ses deux vapocraqueurs – le plus ancien – de son complexe de raffinage et de pétrochimie d'Anvers (Belgique) en raison d’une offre excédentaire de produits pétrochimiques en Europe, notamment sur l’éthylène.



